Revue de presse

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Manifestation du 5 novembre : Commerçants, salariés ou cadre informatique, ils ont aussi décidé de descendre dans la rue

20minutes.fr · 05/11/2026 · ← revue

Il a baissé le rideau de sa boutique presque toute la journée, délaissant pendant quelques heures ses livres pour aller manifester. « En solidarité avec le mouvement étudiant, mais aussi avec le mouvement de grève générale », indique Simon Pinel. Gérant de la librairie coopérative L’Astrolabe dans le quartier de Maurepas à Rennes, il constate bien tous les jours que la vie chère pèse sur ses clients. « Le panier moyen a clairement baissé car les gens n’ont plus d’argent, assure-t-il. C’est ça le véritable problème. Il existe des leviers pour bloquer les prix, mais le pouvoir en place ne les active pas. Donc en tant que commerçant, je me dois d’être présent aujourd’hui car je ne suis pas coupé du monde. » Dans le cortège rennais, qui a rassemblé ce jeudi entre 20.000 et 35.000 manifestants, selon les autorités ou les syndicats, on retrouve aussi Paul, qui a laissé sa compagne gérer leur food-truck pour la journée. Sur sa pancarte, il affiche gagner 1.200 euros par mois pour 40 heures de boulot par semaine. « Quand on voit les profits que dégagent les grosses entreprises, c’est un vrai scandale », lâche le restaurateur, qui préférerait « vivre de son travail que des aides sociales ». Lui aussi a bien vu que ses clients se faisaient plus rares ces derniers mois et regardaient à la dépense. « Avant, ils prenaient le menu complet, mais maintenant, ils enlèvent l’accompagnement ou le dessert », indique Paul, qui a dans le même temps vu ses charges exploser.

« Ce qui tue le commerce, ce n’est pas la casse »

Marie Genevois peut aussi en témoigner. Gérante de l’atelier-boutique L’Étoile dans le centre-ville de Rennes, cette commerçante indépendante importe beaucoup d’objets des États-Unis ou du Royaume-Uni avec des frais de port qui ont fortement augmenté. « Je le répercute un peu sur le prix des articles que je vends, mais pas beaucoup car je veux rester abordable et garder ma clientèle, assure-t-elle. Donc je suis obligée de rogner sur mes marges. » Comme le libraire, elle a donc décidé de laisser sa boutique fermée ce jeudi pour aller manifester. Pas par gaîté de cœur, mais « pour montrer à ma clientèle que je suis de leur côté et que je suis le mouvement ». Tous trois savent que leur discours de solidarité n’est pas majoritaire parmi les commerçants, excédés par les dégradations et les pillages. « Personne ne s’en réjouit, indique Paul. Mais ce qui tue le commerce, ce n’est pas la casse, mais la baisse du pouvoir d’achat et la politique du gouvernement qui préfère protéger les grosses entreprises. »

« C’est très compliqué dans l’agroalimentaire »

Au milieu des cheminots, travailleurs du social et personnels de l’Éducation nationale, d’autres corps de métiers moins habitués des cortèges sont également de la partie dans la manifestation rennaise. C’est le cas de Cait, cadre informatique chez Capgemini. « Même moi j’ai du mal à boucler mes fins de mois », indique-t-elle, dénonçant les profits dégagés par son entreprise « qui a dans le même temps supprimé 2.400 postes en France ». « Dans tous les métiers de l’informatique, il y a aussi une grande perte de sens de notre travail face à l’IA », poursuit la jeune femme. Des inquiétudes que l’on entend aussi dans la bouche de ce salarié de l’agroalimentaire. Représentant du personnel pour un gros groupe laitier dans la région, il est venu manifester pour exprimer le ras-le-bol de ses collègues « qui ne pouvaient pas venir car ils font les 3x8 ». « C’est très compliqué pour les salariés dans l’agroalimentaire, indique-t-il. Les salaires ne sont déjà pas très élevés et les conditions de travail pas terribles. Et avec la flambée des prix des carburants, notre pouvoir d’achat dégringole car on bosse en horaires atypiques et dans des zones où il n’y a pas de transport en commun. Donc on n’a pas d’autre choix que de prendre la voiture pour aller travailler. »