Tabac : à qui profiterait le gel des taxes réclamé par les buralistes et poussé par Marine Le Pen ?

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Par Claude Fouquet
C'est la mobilisation contre la fiscalité que le gouvernement, en pleine phase d'arbitrage pour le budget, n'avait peut-être pas anticipée. Celle des buralistes, qui ont lancé ce lundi une semaine de mobilisation nationale pour réclamer un gel des prix et des taxes. Au cours de la semaine, cinq rassemblements régionaux (les premiers ayant lieu ce lundi en Haute-Garonne et en Ille-et-Vilaine) sont prévus. Et si vendredi sera le jour d'un rassemblement national, il n'aura pas lieu à Paris, mais dans l'Eure, à Vernon, ville où le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est premier adjoint au maire. Pour l'heure, la question n'a pas encore été largement saisie par la classe politique. A l'exception, notable, de Marine Le Pen. Dimanche soir, la candidate du Rassemblement national (RN) pour la présidentielle a opportunément défendu, dans un courrier aux buralistes, le « gel des taxes sur le tabac », affirmant vouloir « protéger » une activité « vitale pour la vie sociale » des communes. Dans ce courrier, elle défend également l'idée d'« alourdir fortement les sanctions contre les trafiquants et la vente à la sauvette » et de renforcer les prérogatives des policiers municipaux pour qu'ils puissent notamment « participer aux saisies de produits illicites ». L'enjeu est important pour l'exécutif, sur le plan budgétaire comme sur le plan sanitaire. Les volumes vendus dans le circuit officiel ne cessent de baisser. Selon les buralistes, ils ont à nouveau reculé de 6,3 % depuis le début de l'année, après un recul de 20 % sur la période 2023-2025. Un repli également constaté par la Douane. Et qui devrait se poursuivre tout au long de l'année. En valeur, le marché ne recule pas aussi vite, en raison des hausses de tarifs décidées par les fabricants. Le prix moyen du paquet de cigarettes est ainsi passé de 11 euros en 2023 à près de 13 euros cette année. Il n'empêche, les recettes fiscales sont désormais en baisse régulière. « Pour 2026, une nouvelle diminution du rendement est anticipée, dans le prolongement de la tendance observée depuis 2023 sur les volumes mis à la consommation », avertissait au printemps dernier le rapport de la commission des comptes de la Sécurité sociale. Qui anticipait une chute de 8 %, à moins de 12 milliards d'euros (contre 12,6 milliards en 2025). Les buralistes dénoncent depuis plusieurs années le développement des achats de contrebande de cigarettes lié à la forte hausse des taxes. Pour le président de la fédération, Serdar Kaya, « trop c'est trop, le ras-le-bol fiscal a atteint ses limites ». Les buralistes revendiquent un moratoire sur la fiscalité « courant sur plusieurs années », et « la fin de l'indexation du prix du tabac sur l'inflation. » En réalité, les prix des cigarettes ne sont pas indexés sur l'inflation. Ce sont les taxes sur les produits du tabac qui sont indexés sur l'inflation constatée l'année précédente, et sans aucun plafond depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 (auparavant, la hausse était plafonnée à 1,8 %). Avec une inflation qui pourrait dépasser 2 % en 2026, l'enjeu de l'indexation des taxes prend donc d'autant plus d'importance. Les buralistes dénoncent ainsi une « trajectoire fiscale » déguisée. Cette trajectoire fiscale a eu un effet sanitaire, en diminuant le tabagisme, comme le souligne l'exécutif, qui pointe « une baisse d'ampleur inédite de la prévalence du tabagisme quotidien, passé de 29,4 % en 2016 à 17,4 % en 2024 selon l'édition 2024 du baromètre de Santé publique France. » Tout en reconnaissant aussi la progression du marché parallèle (trafic, achats transfrontaliers…). Dans une étude, les Douanes faisaient état en 2025 d'un marché parallèle « en moyenne équivalent à 17,7 % de la consommation nationale. » Avec à la clé un manque à gagner fiscal de plus de 4 milliards d'euros. Un gel des taxes réduirait-il ce marché parallèle ? Tout dépendrait en fait de la politique de prix des industriels, qui ont eu tendance ces dernières années à augmenter les tarifs des cigarettes plus vite que les taxes, augmentant ainsi leurs marges. Un moratoire sur les taxes irait en tout cas dans leur sens. Tout dépend aussi de l'évolution des prix et de la fiscalité dans les pays frontaliers. La fiscalité du tabac ne manquera en tout cas pas d'animer les débats budgétaires. Chaque année, des parlementaires poussent en effet à relever les taxes. En mobilisant en faveur d'un gel fiscal, les buralistes cherchent à couper court à de telles velléités.