Revue de presse

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« Si tous les débats pouvaient être comme ça… » : l'échange au Medef entre les candidats à la présidentielle jugé positivement par les patrons

Les Échos · 31/08/2026 · ← revue

Le débat entre les candidats à l'élection présidentielle a fait salle comble, jeudi à la clôture de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), même si tous les spectateurs n'ont pas pu rester jusqu'à la fin. « Cette année, tout le monde est intéressé par la politique », commentait l'un d'eux à la sortie. « Il y a eu un peu de longueurs et de répétitions, mais c'était très intéressant de voir tous ces candidats », résumait de son côté Sophie Riottot, directrice commerciale de Map & Match. « Si tous les débats qui suivent pouvaient être comme ça, on aurait une campagne intéressante », estime Véronique Echemann, du groupe de conseil RH Batka.

Une ambiance saluée

Nombre de participants ont vu une forme de reconnaissance de l'importance des entreprises dans cette première confrontation de la campagne, à moins de huit mois de l'échéance. « Sur la forme, c'était assez unique et exceptionnel de voir ainsi tous ces présidentiables débattre », constatait à la sortie Thomas Menu, cadre RH dans une grande entreprise. L'ambiance du débat aussi a été saluée. « J'ai aimé la façon dont les candidats se sont respectés les uns les autres », explique-t-il encore, ajoutant que « sur le fond, on a bien vu les similarités et les grands désaccords ». « Cela a permis peut-être à ceux qu'on entendait moins, qu'on connaissait moins, de sortir du bois », juge-t-il, citant Raphaël Glucksmann. Morad Hadjaz, de CNP Assurances, confirme : « Je ne connaissais pas son programme et il a des idées intéressantes qu'il mettait bien en avant, chiffres à l'appui. » Pour autant, il n'y a « pas eu de surprise sur les programmes, constate Patricia Niego, administratrice de Femmes Business Angels. Mais ce sentiment est peut-être dû au fait que nous, entrepreneurs, suivons de près l'actualité économique compte tenu des enjeux pour notre activité », ajoute-t-elle. Si elle juge, elle aussi, que « le débat a été constructif et instructif », Valérie Tartacède-Bollaert, du cabinet de géomètre-expert du même nom, « invite les candidats à travailler quatre mois dans une entreprise et ils comprendront les difficultés des entrepreneurs, parce qu'ils n'ont jamais travaillé de leur vie ». VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?

« De la politique à l'ancienne »

Pour elle, « ils ont plein d'idées, mais le problème, c'est qu'ils ne les appliquent pas quand ils sont au gouvernement, qu'ils soient de gauche ou de droite ». D'aucuns, comme Maxime Delesalle, de Batka, ont regretté que, trop souvent, les candidats aient « des réponses alambiquées et tournent autour du sujet ». « Il y avait de l'empathie avec le public, mais je n'ai pas ressenti une vraie compréhension », estime pour sa part le dirigeant d'une société de conseil en investissement dans les entreprises technologiques, qui voit dans le débat une « incarnation du désenchantement, du déclassement français ». Un pessimisme tranchant cependant avec l'impression majoritaire. Renée Kaddouch-Kulbach a, elle, ainsi été « très agréablement surprise » à la fois parce qu'elle a trouvé les candidats « très courtois entre eux » - « de la politique à l'ancienne » - et parce que « tous ont parlé d'un sujet qui [la] tient particulièrement à coeur : « l'inflation normative ». « Nous, juristes, sommes devenus des officiers de conformité et non plus des stratèges », regrette cette associée du cabinet Squair. « Chez tous les candidats, on n'est plus dans l'ère des réformettes, il y a une bonne prise de conscience », se félicite Guillaume Richard, PDG de Oui Care. Mais « certains sont beaucoup plus conscients de la réalité économique que d'autres », ajoute-t-il, soulignant que « bien évidemment, en tant que chef d'entreprise, il y a des propositions qui [l']intéressent beaucoup plus que d'autres ».

Hériter d'une entreprise, « une responsabilité »

« Aux entrepreneurs de créer la richesse, aux politiques de la répartir, j'ai l'impression que la plupart l'ont compris. » Guillaume Richard évoque en particulier l'affirmation qu'il faut « faire grossir le gâteau pour faire grossir la part de chacun », évoquée en conclusion par Gabriel Attal, dont plusieurs spectateurs ont trouvé qu'il s'est le mieux préparé au débat. Il évoque aussi la proposition de Bruno Retailleau de « no cash no tax » lors des successions avec la nécessité de sortir l'entreprise des éléments taxés. Hériter d'une entreprise est une « responsabilité », contrairement à hériter de biens matériels comme une maison ou une voiture, justifie-t-il. Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon n'a pas séduit mais n'a pas essuyé de bronca, l'auditoire s'en tenant à la demande de Patrick Martin de « respecter chacune des interventions ». Une discipline qui n'a pas été respectée avec Marine Tondelier. Marine Le Pen a été « moins percutante » qu'attendu, juge un patron, son plan de 125 milliards d'économies et son projet sur les retraites laissent dubitatif.

Valeur des propos tenus

Si elle a déroulé son programme, la candidate du Rassemblement national a été prudente sur l'immigration. « Elle n'a pas joué sur ce tableau, même si elle a eu la maladresse d'en parler assez vite, et elle a été mouchée par Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann sur le fait que l'immigration de travail est tout à fait importante », se satisfait un dirigeant d'entreprise. Un autre salue Edouard Philipe « intelligent dans sa façon de faire, [qui] a de l'humour et c'est important aussi pour détendre l'atmosphère ». Il reste à savoir la valeur des propos tenus par les candidats sur le court central de Roland-Garros. « On les a sentis très investis sur la cause des dirigeants, ils étaient en quête d'applaudissements, mais est-ce que ça va perdurer dans la suite de la campagne ? », s'interroge Gilles Pantini, de CNP Assurances.

Leïla de Comarmond