REPORTAGE. Présidentielle 2027 : quel avenir pour l’école ? On a suivi une réunion d’appartement avec Édouard Philippe
Un « meeting à domicile », par écran interposé, face à des Français prenant l’apéro ou en train de passer à table, tous réunis devant la télévision ou un ordinateur. C’est ce qu’a proposé Edouard Philippe, jeudi 15 octobre 2026 au soir, à ses partisans, mais pas uniquement. En visio depuis chez lui au Havre (Seine-Maritime), la ville dont il est maire, le candidat Horizons a animé, assure-t-il, « la plus grande réunion d’appartements de France » à distance. Selon ses équipes, plus de 5 000 personnes, connectées depuis quatre-vingt-deux départements, ont pris part à ce rendez-vous consacré à l’éducation, depuis la France hexagonale et même de plus loin encore : la Guyane, New York, Washington…
Depuis Rennes
La soirée a duré une heure et demie, sans gros pépin technique, contrairement à la première édition à la fin du mois de juin en pleine canicule. Nous l’avons suivie depuis Rennes (Ille-et-Vilaine), à quelques pas de la gare SNCF et du centre-ville. Pour l’occasion, Quentin, un militant Horizons, avait invité six amis, un homme et cinq femmes. Deux mères de famille, évidemment concernées par l’avenir de l’école, une dentiste de 23 ans tout juste diplômée, ou encore une étudiante à Sciences Po, privée de cours depuis la montée en puissance du mouvement de colère des lycéens. Le vin blanc et les boissons sans alcool étaient de sortie, tout comme les gâteaux salés et quelques amuse-bouches.
« J’aime la politique et les apéros. Cette soirée avec Edouard Philippe, devant la télé, me permet donc de joindre l’utile à l’agréable », explique Quentin. « Oui, c’est sympa de nous retrouver entre nous de temps en temps, on se connaît toutes et tous », poursuit Marie. C’est l’occasion de parler du quotidien, des études, du travail, sans oublier l’éducation, le gros sujet de la soirée. « J’ai un fils de douze ans. Je suis donc très intéressée », ajoute une autre Marie. « On a également des proches qui sont profs. On sait que leur quotidien n’est pas simple : des enfants pas toujours faciles à gérer, des parents intrusifs, des salaires pas très élevés », constatent Maëlle et Quentin.
Des sondages en direct
Assis sur un canapé sombre, en chemise bleue sans cravate, une bière à portée de main, le Normand a décliné son programme présidentiel pour l’école et répondu en direct aux nombreuses questions des Français. La rencontre se voulait avant tout interactive. « Chaque prise de parole ne doit pas dépasser les trois minutes », a rappelé l’animatrice à intervalles réguliers… sans forcément être écoutée. Plusieurs sondages en direct ont aussi ponctué la soirée. Les participants ont été invités à flasher un QR code sur l’écran et à se positionner sur différentes thématiques : ce qui pourrait faire progresser le plus l’école, ce qui paraît le plus inquiétant à l’école…
À la première question relative aux priorités à mettre en place pour améliorer le système éducatif tricolore, la maitrise des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter) dès le plus jeune âge est apparue en numéro un, juste avant la revalorisation du salaire des enseignants et la sécurisation des établissements scolaires. À la seconde question sur ce qui angoisse le plus les parents actuellement, c’est la violence entre les élèves qui est ressortie largement en tête, juste avant la baisse du niveau des jeunes et les situations de violence dans le périscolaire, après les événements parisiens, notamment.
Salaires, rythmes scolaires et Parcoursup
S’il est élu président de la République en mai prochain, Edouard Philippe fait plusieurs promesses. Il commencera par augmenter le salaire des enseignants de 20 % en milieu de carrière, en plus de l’inflation. « Soit 7 000 € de plus par an. Je ne le fais pas pour être populaire, mais pour rendre ce métier essentiel attractif ». Autre mesure annoncée en lien avec le mouvement des lycéens : une évolution des rythmes scolaires, avec des heures d’apprentissage en matinée, du sport et de la culture l’après-midi et une réduction de la durée des vacances au moment de la Toussaint et de Pâques.
La question de l’avenir de Parcoursup est évidemment revenue sur la table. Cette plateforme d’orientation post-bac est décriée. Elle a été mise en place en 2018 quand le Havrais était en responsabilités à l’hôtel Matignon. Faut-il la débrancher ou l’améliorer ? « Quand nous l’avons créée, on avait mis deux professeurs principaux par classe de terminale pour faciliter l’orientation des élèves. La vérité, et je ne critique pas ici les enseignants, c’est que les professeurs ne sont pas les mieux placés pour aider à l’orientation. […] Donc, il faut qu’on améliore très largement cette orientation », a insisté Edouard Philippe, avant de répondre également à des questions sur le harcèlement, l’école inclusive…
« Un moment de partage »
Chez Quentin à Rennes, comme ailleurs en France probablement, la soirée s’est prolongée bien au-delà de la fin du « meeting à domicile » du candidat Horizons. L’occasion de discuter encore et encore de l’école et de digresser sur d’autres sujets parfois. « C’était un vrai moment de partage entre nous, dans le calme et l’amitié, à un moment où c’est plus que jamais nécessaire de le faire », souligne Quentin, prêt à repartir sur les marchés et dans les rues pour soutenir son candidat, à coller des affiches, à distribuer des tracts… À six mois de l’échéance nationale, la campagne va s’accélérer.