Que change la déroute de Trump pour l'élection présidentielle française ?

Par Eric Le Boucher (Editorialiste)
Donald Trump n'est pas le seul populiste de droite à subir une défaite. L'ont précédé Viktor Orban, Les Démocrates en Suède, Aleksandar Vucic en Serbie, Nigel Farage en Grande-Bretagne qui est retombé de 35 % à 10 % et Flavio Bolsonaro au Brésil. Le vent a tourné jusqu'en Asie, où la génération Z mène depuis trois ans la vie dure aux régimes forts au Sri Lanka, au Bangladesh, au Pakistan, au Népal ou encore en Inde. Mais, bien entendu, l'échec de Trump est un summum par son ampleur et par l'importance des Etats-Unis. Le mouvement américain Maga était le phare de cette « Internationale réactionnaire ». Marine Le Pen n'avait-elle pas, début 2017, été chercher, en vain, aux pieds de la Trump Tower la bénédiction du grand chef après sa victoire ? Aujourd'hui, le recul mondial des amis de la candidate populiste d'extrême droite française devrait lui être défavorable. A cause de son programme d'abord qui est un copié-collé sur celui de son héros d'hier : nationalisme, protectionnisme, anti-immigration, anti-Europe et admiration affichée pour Vladimir Poutine. Mme Le Pen se distingue de M. Trump sur le volet social où elle promet des aides et encore des aides, mais, c'est écrit, la dette du pays va la forcer à l'abandonner pan après pan jusqu'à ce qu'il n'en reste rien. L'accord est complet sur le fond : Marine Le Pen est, idéologiquement, une Trumpette : elle promet la « Renaissance » d'une France blanche et chrétienne c'est-à-dire, exactement, le « great again ».
Illusions démagogiques
L'autre motif d'un attendu recul de Marine Le Pen est l'argument massue qui la promeut en favorite des sondages : « on n'a jamais essayé ». Justement ! Tout ce qu'elle annonce pour la France, de la fermeture des frontières au demi-tour écologique, vient d'être essayé, et en pleine force, par Trump ! Le résultat, sur les prix et l'économie, sur le climat de violence, sur la compétition avec la Chine, vient d'être jugé catastrophique par les électeurs. En bonne logique, même si on peut faire crédit à la française d'être nettement moins erratique que l'Américain, l'opinion publique française devrait comprendre que les promesses populistes sont faciles à faire mais impossibles à réaliser et qu'elles forment une illusion démagogique qui, après avoir entraîné la guerre et l'inflation, vient d'éclater outre-Atlantique. A nouveau, en 2027, la France est tentée d'aller à contresens du vent des autres et de l'histoire. Mais les Français ne regardent pas l'international. En 1981, alors que tous les grands pays basculaient dans le libéralisme, Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, Ronald Reagan aux Etats-Unis puis Helmut Kohl en Allemagne, la France s'était distinguée en plongeant seule dans le socialisme. La correction à 180° (la « rigueur ») n'avait pas tardé, deux ans, même délai que pour Trump aujourd'hui. A nouveau, en 2027, la France est tentée d'aller à contresens du vent des autres et de l'histoire.
Cécité et crédulité
Il y a beaucoup de raisons à ce cavalier seul. La cécité d'abord. Le pays vient de porter Marc Bloch au Panthéon mais ignore son message. Il ne regarde plus que son petit nombril (voyez les députés à l'Assemblée) et ignore les basculements du monde. Le bravache ensuite, les Français n'ont pas de leçon à recevoir, ce sont ses « Lumières » qui illuminent le monde. La crédulité sotte enfin, les Français vont croire les sornettes de Madame Le Pen : « l'Amérique n'est pas la France », « Trump et moi, rien à voir ». Qu'en Asie et partout dans le monde, les jeunes rêvent de la démocratie à l'européenne, malgré ses hésitations, ses lenteurs et ses insuffisances. Que dans les pays riches, les fumisteries du berlusconisme, du Brexit et maintenant du trumpisme aient toutes abouti, à l'inverse de leur promesse, à une chute économique et à un déclassement de leur pays. Que les Etats-Unis reviennent, comme l'ensemble du monde, vers un centre gauche de raison et ne paraissent pas en mesure de détourner les électeurs français de leur irrépressible envie de démagogie. Que le dégagiste Trump vienne de se faire dégager avec fracas, ne paraît pas assez pour leur faire renoncer à leur rage dégagiste. Ils veulent leur Trump. Les Américains viennent de les prévenir de ce qui les attend. Les Français ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.