Revue de presse

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Présidentielles 2027 : à la foire de Châlons

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Ah, il fallait les voir défiler, les candidats, ces derniers jours, à Châlons-en-Champagne, à l'occasion du célèbre comice agricole ! Ils n'auraient raté ça pour rien au monde. Et c'est ainsi qu'ils ont déambulé dans les allées, faisant halte à chaque stand ou presque, hochant la tête doctement alors qu'ils écoutaient des paysans et des exposants leur présenter leurs doléances, s'extasiant devant des vaches, serrant des mains, crottant leurs mocassins. Il faut dire que la foire est devenue pour chaque aspirant au pouvoir suprême un passage obligé, surtout depuis qu'ils se sont rendu compte que les trois derniers vainqueurs de la compétition présidentielle l'ont visitée quelques mois avant leur sacre. Au fond, y venir, c'est comme espérer jouer dans la cour des grands ou frotter une patte de lapin. On objectera à mon ironie facile que c'est cela, précisément, une campagne : aller à la rencontre des Français, s'imprégner de leur quotidien, entendre leurs colères ou leurs espoirs, appréhender le réel. Et l'exercice est d'autant plus indispensable que nos hommes politiques sont accusés, souvent à raison, d'être déconnectés de ce que vivent leurs compatriotes, parce que, formés à l'ENA, élevés dans des partis, passés par des ministères, se déplaçant en véhicule de fonction avec chauffeur, paradant à la télé, drogués aux réseaux sociaux.

Belles images pour les JT

Sauf que ces déplacements - ne nous voilons pas la face - demeurent, avant tout, de la communication. Ils servent essentiellement à produire de belles images qui seront diffusées dans les JT et exposées sur Instagram. Ils ne nourrissent pas une réflexion. Car, de deux choses l'une : soit nos politiciens ont besoin de cette immersion pour comprendre les problèmes du pays et cela démontre qu'ils sont effectivement hors-sol, soit ils savent ce qui les attend et, dans ce cas, ils n'apprennent rien. De toute façon, que voient-ils, sinon les caméras qui les précédent et les journalistes qui les suivent ? Et à quelles questions répondent-ils, sinon celles qui renvoient à la micro-polémique du jour, à la déclaration vaguement fracassante d'untel ? Les entend-on s'exprimer sur le coeur battant de la France ? Qui plus est, où est la sincérité quand on vient par calcul ? Où est la bonne foi, l'authenticité ? Du reste, combien reviendront, une fois qu'ils auront été battus ? Ou élus ? Il serait probablement cruel de faire le compte. Enfin, quelles propositions concrètes formuleront-ils, après coup, quand on sait que leurs programmes sont concoctés, en amont, par des conseillers de l'ombre, souvent directement sortis de grandes écoles ? Et qu'un déplacement chassant l'autre, le jour suivant, ils parleront d'éducation, et celui d'après, d'écologie. En réalité, une campagne sert, hélas, rarement à entendre le peuple, elle permet avant tout à celui-ci de se faire une opinion. À Châlons, comme ailleurs, ce qui se joue, ce n'est pas d'embrasser le réel et de bâtir un avenir, c'est de commencer à départager des candidats.