Revue de presse

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Présidentielle : « Celui ou celle qui mérite de gagner sera celui ou celle qui n'aura pas peur de dire la vérité aux Français »

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

Par Michel de Rosen (Président d’une société industrielle française et cofondateur de l’Institut des Solutions) En mars 1968, Pierre Viansson-Ponté, alors célèbre journaliste au Monde, écrivit un article remarqué : « La France s'ennuie. » En effet, tout semblait aller bien en France : les finances publiques étaient en ordre, la croissance forte, le chômage pratiquement inexistant, la France respectée, la majorité unie derrière son chef le Général de Gaulle et son Premier ministre Georges Pompidou. Deux mois plus tard, la déflagration de mai 68 révéla que, derrière ce tableau heureux, montaient des aspirations nouvelles, notamment une recherche de valeurs non matérielles chez les jeunes, une volonté d'un meilleur pouvoir d'achat chez les salariés et un désir de participation aux décisions chez tous. En octobre 2026, qu'entend-on chez les Français ? Une colère, ou plutôt des colères ; une tentation de repli ; des esquisses de volonté. Il faut distinguer les colères individuelles et les colères collectives. Le pêcheur écrasé par le coût du carburant, l'agriculteur terrassé par une épidémie de ses vaches, le citoyen découragé par les lourdeurs de la bureaucratie, comment ne pas comprendre leurs colères ?

Exprimer le non-dit

Mais il y a aussi les colères collectives, parfois incomprises vues de Paris. Le pouvoir parisien avait mis du temps à prendre la mesure de la colère des Gilets Jaunes. Aujourd'hui, différentes études font apparaître une colère qui monte. Et une colère qui a tendance à se traduire dans les urnes. La colère est souvent salutaire, surtout lorsqu'elle permet d'exprimer le non-dit et de faire découvrir des problèmes aux gouvernants. Mais la colère ne peut être une boussole durable. Elle divise, elle radicalise, elle caricature. L'alternative est le repli. Un repli qui est parfois nostalgique, s'accompagnant de l'idéalisation du bon vieux temps. Ou identitaire, prônant le recentrage sur une nation, une culture, une religion. Ou encore protectionniste favorable à la fermeture des frontières, au repli économique.

Une volonté libre

Tout n'est pas faux dans le repli. Un pays doit savoir se défendre, se protéger, exister, respecter son passé. Mais le repli ne peut pas être une stratégie. Les pays qui gagnent et qui réussissent à produire du progrès économique et social sont ceux qui se tournent vers l'avenir : ils innovent, créent, produisent, construisent. Le repli peut être une composante de la stratégie d'un pays, il ne peut en être ni le coeur ni l'âme. VIDEO - La colère en politique, c'est de droite ou de gauche ? L'essentiel, pour qu'un pays gagne, c'est la volonté. La volonté n'est pas le sang et les larmes. Descartes disait que la volonté libre est ce qui marque la grandeur de l'homme. La phrase s'applique aussi aux pays. Il y a ceux qui s'abandonnent, qui se couchent, qui se désespèrent ou qui se déchirent et il y a ceux qui choisissent les bons combats et se battent pour gagner. Que vont nous proposer les candidats à la présidentielle ? Si c'est seulement la colère, le repli ou la mollesse, ils ne méritent pas d'accéder à la fonction suprême. A l'aube d'une élection présidentielle décisive, les Français peuvent décider de déployer leur volonté sur sept grands sujets. La volonté et le courage de dire la vérité sur l'état de la France. La volonté de redresser les finances publiques du pays pour lui redonner les marges de manoeuvre indispensables à notre souveraineté. La volonté de moderniser notre économie pour relancer la croissance et augmenter le pouvoir d'achat des Français. La volonté de lutter contre le dérèglement climatique. La volonté de construire une défense moderne, solide, indépendante, alliée de nos partenaires européens. La volonté de réformer et simplifier l'Etat et le millefeuille territorial. La volonté de rebâtir un système scolaire efficace, ouvert, exigeant. Le contraire de la volonté est la faiblesse, l'indécision, la veulerie, la mollesse. Que vont nous proposer les candidats à la présidentielle ? Si c'est seulement la colère, le repli ou la mollesse, ils ne méritent pas d'accéder à la fonction suprême. Qu'ils partent en vacances ! Celui ou celle qui mérite de gagner sera celui ou celle qui n'aura pas peur de dire la vérité aux Français et qui aura le courage d'expliquer les politiques et réformes nécessaires. Michel de Rosen est président d'une société industrielle française et cofondateur de l'Institut des Solutions.

Michel de Rosen