Présidentielle : Bayrou à la recherche d'une troisième voie face à Le Pen et Mélenchon

L'été s'attarde en Provence, mais les dernières chaleurs estivales ne réussissent pas à masquer les inquiétudes qui montent dans le camp centriste à sept mois du premier tour de l'élection présidentielle. A l'occasion de la rentrée du Modem à L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), son président, François Bayrou, a de nouveau plaidé pour un large rassemblement allant de la gauche sociale-démocrate à la droite modérée. Depuis le mois d'août, François Bayrou milite pour une grande primaire couvrant cet espace politique. Il a franchi une étape en en détaillant les modalités dimanche lors de son discours de clôture : les candidats auraient jusqu'à la fin du mois d'octobre pour se déclarer (il leur faudra le soutien de 10 parlementaires), ils feraient campagne jusqu'à la fin de l'année, le premier tour aurait lieu à la mi-janvier, le second fin janvier ou début février. « Après, il restera deux mois et demi pour faire campagne », a-t-il dit devant ses partisans. Largement suffisant.
« Trancher la question de l'unité avant »
Pour lui, la division au premier tour des candidats de l'actuel socle commun telle qu'elle se dessine actuellement est synonyme de défaite assurée. La force de Marine Le Pen (RN) et la dynamique de Jean-Luc Mélenchon (LFI), plus forte que celle affichée dans les sondages selon le président du Modem, change la donne. « On ne peut pas se permettre le luxe de la division au premier tour, donc on doit trancher la question de l'unité avant », a-t-il plaidé, le ton grave. Face aux désordres du monde et aux crises qui risquent de durer, comme l'a rappelé Emmanuel Macron vendredi dernier lors d'une réunion avec les chefs de partis à l'Elysée, face à la situation financière en France, à deux doigts d'une crise majeure, l'ancien maire de Pau veut jouer le rôle de sonneur d'alerte et de rassembleur. Il a alerté sur les dangers de voir la France basculer avec une présidente RN ou un président LFI.
Partage d'un même constat
L'ancien Premier ministre avait invité à son université d'été plusieurs personnalités (Bernard Cazeneuve, Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand, Elisabeth Borne, Thierry Breton ou encore Eric Lombard) venus de la gauche, de la droite et du centre, non encartées au Modem mais partageant le même constat. Pour gagner en 2027 et pour gouverner ensuite, il faudra se parler entre camps qui, avant 2017, s'affrontaient. « Aucune force politique ne peut plus à elle seule faire avancer le pays », a argumenté Marc Fesneau, premier vice-président du Modem. La question du départage entre ceux qui sont candidats - Gabriel Attal, Edouard Philippe - ou ceux qui veulent l'être - Xavier Bertrand, Bruno Le Maire - reste l'épine dans le pied que le socle commun n'arrive pas à enlever. A la sortie de l'été, François Bayrou a milité pour Thierry Breton, mais sans recevoir l'écho qu'il espérait en attendre.
Pas convaincu par Attal et par Philippe
L'ancien Premier ministre (décembre 2024-septembre 2025) n'est pas convaincu par les candidatures de Gabriel Attal (Renaissance) et d'Edouard Philippe (Horizons). Pour François Bayrou, aucun des deux n'a de dynamique ni de légitimité pour incarner le bloc central. « L'élection présidentielle est devant nous et ne se prépare pas très bien », estime-t-il. Manque de dynamique, profils pas assez rassembleurs… Les deux hommes qui tentent de forcer le passage au sein du bloc central ne trouvent pas grâce à ses yeux. Son inquiétude est partagée. « Pour l'instant, je ne vois pas Edouard Philippe gagner ni le premier tour, ni le second. Cela ne suffit pas d'être le plus fort de son camp. En face, on a Jean-Luc Mélenchon qui a une forte dynamique et Marine Le Pen qui est très haut dans les sondages », estime un de ses lieutenants.
« Refaire le coup de 2007 »
Tout peut encore se jouer, veut croire François Bayrou. « La présidentielle est ouverte, pas close, y compris dans les candidatures », a-t-il répété samedi. Comme en 2017 et en 2022, quand il s'était effacé derrière Emmanuel Macron, il ne sera pas lui-même candidat. Mais l'absence de représentant du Modem à la présidentielle ne signifie pas que le parti centriste ne veut pas peser. « Il veut une grande primaire pour ouvrir, refaire le coup de 2007 et la troisième voie », argumente le député Modem Richard Ramos. En 2007, pour sa deuxième candidature à la présidentielle, le président du Modem avait récolté près de 19 % des voix mais avait raté la qualification pour le second tour face à Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. En 2017, Emmanuel Macron avait réussi ce pari face aux représentants de la droite et de la gauche.
Loin de faire l'unanimité
Son initiative est loin de susciter l'enthousiasme. Le message porté par beaucoup était clair : rassembler ? Oui. Une primaire ? Non. Invité à L'Isle-sur-la-Sorgue, Bernard Cazeneuve, qui réfléchit à sa propre candidature, a exprimé ses réserves. « Je viens d'une famille politique où la démonstration n'a pas encore été faite que la primaire permettait d'éviter les problèmes », a-t-il déclaré. Depuis son échec lors de la primaire de la droite en 2021, Xavier Bertrand y est également opposé. Edouard Philippe ne veut pas en entendre parler, tout comme François Hollande. Seul Gabriel Attal, en panne dans les sondages, laisse la porte ouverte. La primaire pourrait permettre au candidat de Renaissance de trouver une porte de sortie. « François Bayrou veut une primaire mais il est seul », confie un élu de poids du bloc central. Même au sein du Modem, la primaire à la mode Bayrou est loin de faire l'unanimité.