Revue de presse

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Présidentielle 2027 : Poujade, sors de ce corps !

Les Échos · 15/09/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Officiellement, Sarah Knafo n'est candidate à rien et pourtant, elle est partout, courant les plateaux de télévision et squattant les studios capitonnés des radios. Ici une matinale, là un entretien prétendument exclusif. Si vous l'avez manquée, c'est que vous vivez dans une hutte en pleine forêt ou que vous êtes Sophie Adenot. La raison de cette omniprésence ? La candidate défaite à la Mairie de Paris assure la promotion de son livre, « Le Casse du siècle ». Sur la couverture, elle pose à la manière de Christophe Hondelatte dans Faites entrer l'accusé. Normal, elle est là pour mener une « enquête » et résoudre un cold case : qui a tué Nicolas Durand, salarié, marié, père de famille, Français moyen ? « Spoiler alert » : le coupable, c'est l'Etat, ce sont les gouvernements incapables qui se sont succédé depuis des décennies, c'est la bureaucratie tatillonne et étouffante. L'arme du crime ? Les impôts, les cotisations.

Version colorisée

On ne s'attardera pas sur les approximations et les raccourcis contenus dans son ouvrage, déjà un best-seller (le matraquage, c'est efficace), ni sur les chiffres, auxquels on fait dire ce qu'on veut. Non, ce qu'on retient, c'est à quel point le discours, malgré la jeunesse et la fraîcheur de celle qui le porte, n'est pas nouveau. C'est peu ou prou celui que tenait - vous en souvenez-vous ? - un dénommé Nicolas Miguet (tiens, Nicolas, déjà) au début du siècle, lequel se voulait le Zorro des contribuables français (et qui, au passage, a fini condamné à deux ans de prison pour manipulation de cours de Bourse). C'est aussi, évidemment, celui que vociférait un certain Pierre Poujade dans les années 1950. D'ailleurs, c'est bien simple : quand on regarde Sarah Knafo, on a l'impression de regarder la version colorisée d'un film en noir et blanc. Une version colorée et souriante, car c'est cela, l'autre particularité de ce « media blast » : notre héroïne apparaît toujours pimpante, avenante, enjouée. C'est l'esprit de défaite avec une allure de conquérante. Ce sont les passions tristes avec un rictus aimable et carnassier. Ce qui est certain, c'est que la démagogie ne lui fait pas peur. Elle n'a pas son pareil pour dire aux Français ce qu'ils ont envie d'entendre et flatter les instincts les moins avouables. Et Dieu sait que, dans le domaine, la concurrence est sévère. Romans de campagne : On prétend qu'avec ce battage promotionnel, elle prépare le terrain à la candidature de son compagnon et mentor, Eric Zemmour, attendue pour décembre. Les naïfs y croiront peut-être. Les autres supputent que, travaillant à sa propre gloire, elle a bien l'intention de le forcer à lui céder la place. Et, du reste, ce serait presque réjouissant de voir un misogyne supplanté par une femme, en même temps qu'un réac débordé sur sa droite par une politicienne qui juge qu'il est très injuste de qualifier de néonazis les Allemands de l'AfD (lesquels sont effectivement des néonazis, pour information). On a les consolations qu'on peut.