Présidentielle 2027 : Mélenchon règle ses comptes avec les détracteurs de son projet économique

Par Hadrien Valat
Les Insoumis estiment d'ores est déjà que le match à gauche est plié. Mais ils savent qu'ils font face à un défi de taille pour convaincre les électeurs indécis, prudents ou modérés, dont les voix leur permettraient d'accéder au second tour de l'élection présidentielle et d'entrevoir la victoire : réussir à « crédibiliser » leur projet, en particulier son versant économique. « Nous sommes le contraire des amateurs. Nous sommes formés, disciplinés, organisés », a insisté Jean-Luc Mélenchon samedi, lors d'un meeting à la Fête de l'Humanité. Depuis Brétigny-sur-Orge (Essonne), au sud de Paris, il a déployé les « mesures d'urgences » qu'il mettrait en application en cas d'arrivée à l'Elysée : le « blocage des prix » notamment sur les carburants, la possibilité de décréter « l'état d'urgence social » et « l'état d'urgence écologique » ou encore la mise en place de « l'échelle mobile des salaires », afin d'indexer automatiquement les revenus sur l'inflation.
« Violation pure du traité »
Mais il s'est surtout longuement appesanti sur les critiques dont a été la cible sa proposition de « geler » une partie de la dette française détenue par la Banque centrale européenne (BCE), critiques qui mettent à mal sa volonté d'incarner une ligne crédible. La mesure n'est pas faisable, pas souhaitable, dangereuse pour notre économie, notre capacité d'emprunt, dégraderait la confiance des marchés et des investisseurs, selon tout ce que la France compte de libéraux et un certain nombre d'économistes. « Juridiquement, techniquement, financièrement », effacer une partie de la dette française détenue par la BCE « n'est vraiment pas une bonne idée » et serait « une violation pure du traité » de l'Union Européenne, a notamment mis en garde jeudi Christine Lagarde, la patronne de l'institution monétaire. « Le bilan de son passage [au ministère des Finances, NDLR], c'est 100 milliards de dette ! Et elle vient nous faire la leçon », a rugi Jean-Luc Mélenchon. Face aux institutions financières, qui espèrent, d'après lui, presser la France « comme une orange », « nous allons résister » : « Le pays qui a inventé la dissuasion nucléaire est capable d'inventer la dissuasion financière ! », a-t-il menacé.
Le précédent de 1953
Christine Lagarde n'est pourtant pas la seule à exprimer de sérieux doutes quant à la viabilité de l'initiative. Joachim Nagel, le président de la banque centrale allemande, interrogé par « Le Monde », a argué que l'annulation de la dette d'un Etat « constituerait un financement monétaire des gouvernements, ce qui est interdit par les traités européens » et risquerait « d'ouvrir une boîte de Pandore ». Vendredi sur RTL, c'était son homologue français, Emmanuel Moulin, qui a jugé la proposition « illégale parce qu'elle est contraire aux traités », « dangereuse parce qu'elle crée de l'inflation » et « inutile » car elle « ne réduit pas le déficit budgétaire ». Deux sorties qui ont eu le don de sortir Jean-Luc Mélenchon de ses gonds. « Aucun Allemand n'a jamais dit en 1953 qu'il était contre l'annulation de la dette que nous avions consentie » après la guerre, a contre-attaqué le quadruple candidat à la présidentielle à destination du premier.Quant à Emmanuel Moulin, le gouverneur de la Banque de France, qui « a comme principale compétence ses amitiés politiques », un « banquier central n'a pas à dire qu'elle est la bonne ou la mauvaise politique », a tonné l'Insoumis en chef. Si Jean-Luc Mélenchon tient tant au gel d'une partie de la dette, c'est qu'il voit dans ce mécanisme un moyen de financer « des investissements « en masse » dans la « bifurcation écologique », un projet au coeur de son programme. Pour se donner des « marges de manoeuvre », le troisième homme de 2022 compte aussi se « débarrasser des aides sans contreparties au capital » et se servir de « la masse énorme » de l'épargne en France a-t-il expliqué samedi, devant une foule enthousiaste mais un peu groggy par ce long laïus sur l'économie.