Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Présidentielle 2027 : Mélenchon ou la peur de mourir

Les Échos · 27/10/2026 · ← revue

Par Philippe Besson

Les sondages se suivent et se ressemblent. Ceux publiés ces derniers jours confirment que, si l'élection avait lieu dimanche prochain, Jean-Luc Mélenchon en serait l'un des deux finalistes et ces mêmes sondages nous assurent qu'il serait écrasé - littéralement écrabouillé - au second tour par Marine Le Pen. L'intéressé, parce qu'il est tout sauf un imbécile, est forcément conscient que ses chances de l'emporter sont nulles et qu'il est celui qui offrira au RN la plus éclatante des victoires. Il pourrait en être marri, ou, plus sûrement, être rattrapé par un vertige et rongé par un remords. Car ce n'est pas rien, d'une part d'être humilié, d'autre part de permettre à l'extrême droite d'entrer à l'Elysée, et ce en lui déroulant le tapis rouge. En réalité, non seulement il s'en fiche, mais il a de quoi s'en réjouir. Tel le Sisyphe de Camus, il faut imaginer Mélenchon heureux. Car demain, une fois qu'il aura été vaincu, et renvoyé au pied de la montagne, il deviendra le premier, et même l'unique, opposant. Debout sur son tas de gravats, seul enfin, il pourra pavoiser, planter son drapeau. Qui plus est, au passage, il se sera octroyé l'inégalable plaisir d'avoir fait perdre tous les autres, ceux de gauche, du centre, de droite, ceux du système, qui gouvernent ou ont gouverné, ceux qui le trouvent mal élevé, qui l'ont toujours dévisagé en se pinçant le nez.

Campagne tambour battant

Pour parvenir à ses fins, il mène donc campagne tambour battant et cela aussi contribue à son bonheur. Car, dans une campagne, il est au centre de l'attention. Des foules l'acclament, des ébahis boivent ses paroles, des micros se tendent, des centaines de milliers de likes couronnent le moindre de ses posts. Comment ne pas savourer pareille ivresse ? Il peut, par ailleurs, galvaniser ses clientèles, si savamment bichonnées, entretenues à longueur d'année. Se livrer au communautarisme le plus assumé lui procure une délectation visible. Dans une campagne, il a aussi l'assurance de provoquer ce qui lui importe le plus : le bruit et la fureur. Il trouve l'occasion rêvée de tout bordéliser, tout antagoniser. Rien ne lui plaît davantage que la confrontation et l'éruption. Au point - on l'a vu lors des violences du 17 octobre - de ne pas hésiter à souffler sur les braises les plus brûlantes (tout en opposant des dénégations outragées qui ne convainquent à peu près personne). De toute façon, la colère des Français est sa rente, leur souffrance est son carburant. Mélenchon ne va bien que si le pays va mal. Il ne prospère que sur les passions tristes. Au fond, ce combat raconte, peut-être avant tout, sa peur de mourir. Car, à 75 ans, si Jean-Luc Mélenchon se retire du jeu, c'en est fini de lui. Il ne s'agit, bien sûr, que d'une mort politique mais, quand on a consacré toute sa vie à la politique, quand on n'a absolument rien fait d'autre, quand on ne sait rien faire d'autre, siffler la fin de la partie, c'est comme se précipiter dans le vide. Du reste, prenons les paris. Il sera de nouveau candidat en 2032.