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Présidentielle 2027 : Marine Le Pen, très critiquée, assume de vouloir couper l'aide à l'Ukraine

Les Échos · 16/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

L'incursion de Marine Le Pen en territoire bruxellois, mercredi, ne s'est pas seulement soldée par de vifs débats sur sa volonté de sabrer dans la contribution de la France au budget de l'Union européenne. Ses déclarations sur le soutien financier de la France à l'Ukraine, qu'elle a annoncé vouloir stopper six mois après son accession au pouvoir si elle est élue en 2027, ont aussi suscité une avalanche de réactions - y compris au-delà de nos frontières. Un soutien estimé à 27,3 milliards d'euros depuis 2022 par l'Institut Kiel.

« Nous n'avons plus les moyens »

L'opposition du Rassemblement national à tout versement financier à l'Ukraine n'est pas nouvelle. Jordan Bardella a voté contre le prêt de 90 milliards décidé par l'UE en février dernier. Plus récemment, le vice-président du parti d'extrême droite, Louis Aliot, a expliqué qu'il fallait « couper le robinet » des aides à Kiev. « Nous n'avons plus les moyens. […]. La France est au bord du défaut », a justifié Marine Le Pen mercredi à Bruxelles, invoquant « un discours d'honnêteté à l'égard de Zelensky ». Mais en fixant pour la première fois une échéance de six mois après l'élection, la candidate nationaliste a soudain rendu l'intention plus concrète. Surtout, formulée dans un contexte européen et doublée d'une interview au « Financial Times », au moment même où Donald Trump opérait une volte-face alarmante sur le soutien américain à Kiev, elle n'est pas passée inaperçue auprès de nos partenaires européens.

Nous donnons en retour. […] Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails

Volodymyr Zelensky, président ukrainien

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui-même réagi, répliquant que l'expérience de la guerre subie par son pays était utile aux autres Etats européens, notamment sur le plan technologique. « Nous donnons en retour. […] Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails », a-t-il déclaré - s'attirant immédiatement une accusation de « condescendance » par le vice-président du RN, Sébastien Chenu, ce vendredi matin. Sur CNews, jeudi soir, Marine Le Pen s'est en tout cas dite prête à discuter avec le président ukrainien. « Je n'ai rien à titre personnel contre Monsieur Zelensky. D'ailleurs, on pourrait parfaitement débattre de ce sujet quand il le souhaitera », a-t-elle lancé, se disant prête à se rendre à Kiev « si j'y suis invitée », sans toutefois rien lâcher sur le fond.

« Trahison », « Capitulation »

Considérant notamment qu'aider l'Ukraine est crucial pour se protéger d'une agression russe, les Etats membres de l'UE ont renouvelé leur soutien à Kiev, ce vendredi matin. « Ce n'est pas le moment de retirer notre soutien à l'Ukraine. Ce n'est pas le moment d'alléger les sanctions contre la Russie », a martelé le président du Conseil européen, Antonio Costa - à l'instar de la plupart des dirigeants européens. Même la présidente du conseil italien Giorgia Meloni, qui avait semblé fléchir ces derniers mois sous la pression politique intérieure, a clairement réitéré son soutien à Kiev dans un discours au Parlement italien, jeudi. Sur CNews jeudi soir, Marine Le Pen a assumé de vouloir « réserver à notre peuple l'argent qu'ils ont versé par l'intermédiaire de leurs impôts » - à contre-courant de la position de l'UE. Reste à savoir si l'électorat tricolore sera réceptif à l'argument, alors que de nombreux Français sont toujours sensibles à la question ukrainienne, et effrayés par la menace russe. Ses adversaires politiques ne se sont en tout cas pas privés de l'attaquer sur ses déclarations, ne manquant pas de rappeler l'ambiguïté des relations du RN avec Moscou. « Trahison » pour Edouard Philippe, « capitulation » et « soumission » pour Raphaël Glucksmann. « Marine Le Pen défend les intérêts de Vladimir Poutine », a aussi accusé Gabriel Attal. Après le prêt russe de 2014 ou les photos de Marine Le Pen aux côtés de Vladimir Poutine sur des tracts de campagne, début 2022, le RN a bien du mal à faire oublier sa proximité passée avec le Kremlin.

Anne Feitz