Revue de presse

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Présidentielle 2027 : les plans B sortent leurs plans B

Les Échos · 03/09/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Boulimie de sondages ne rassasie pas forcément. Avant l'été, gauche et droite avaient cet espoir : « Ce sera mieux après. » Après est pire. Marine Le Pen reste au zénith. Jean-Luc Mélenchon « fait un sans-faute », parole de philippiste. Aucun candidat du bloc central ne s'impose, aucun ne s'effondre totalement. Quant au contexte économique, il s'est dégradé. Trop pour qu'il soit judicieux de « rajouter du bordel au bordel », dit Sébastien Lecornu en privé. Les plans B, ces candidats en réserve pour la présidentielle, qui espéraient une nouvelle donne pour jouer leur carte, sont obligés de la rentrer. Ils se rêvaient en candidat de substitution, ils ont compris qu'ils ne seraient vus qu'en diviseurs. Pays trop fragile. « Il n'y aura pas de sauveur », note Bruno Le Maire dans « Les Echos ». Il ne dit pas si la formule s'applique à lui, mais c'est tout comme : le paysage décrit est trop noir pour dessiner un chemin. L'ancien ministre veut exister dans le débat et poser une vision bien sûr, mais tout se passe comme s'il le faisait pour plus tard. Il n'est pas le seul. De là à entériner le fait que le RN l'emportera dans huit mois, il n'y a qu'un pas.

Purger le RN

Gérald Darmanin est le premier plan B à avoir officiellement renoncé à être candidat et à mettre en oeuvre son ou ses propres plans B. Il soutient Edouard Philippe, obtient de lui d'être chargé des investitures et de trouver une majorité pour après. Au service de son candidat s'il est élu ; pour reconstruire la droite après un mandat Le Pen s'il ne l'est pas. S'y préparer n'est pas anodin, c'est même autoréalisateur, s'inquiète Xavier Bertrand, cet autre plan B qui, lui, y croit encore et ne veut pas considérer comme perdue la partie face au RN. « On ne parle que du duel Le Pen-Mélenchon, il y a un vent de défaitisme dangereux », s'est-il irrité après l'université de Jean-Michel Blanquer à Sens. Si reconstruire le paysage politique est impossible aujourd'hui, cela le sera en 2032 quand l'hypothèse Le Pen sera purgée. Y a-t-il un moins de 60 ans qui ne fasse ce calcul, Emmanuel Macron compris ? Vincent Bolloré a cela en tête lorsqu'il veut réunir sous la même bannière Sarah Knafo, David Lisnard, Bruno Retailleau, croit savoir Xavier Bertrand. Jordan Bardella ne permet plus l'union des droites pour 2027, ce sera donc pour après. Notez bien, le partage des rôles qui se dessine entre Eric Zemmour et Sarah Knafo. Elle ne se bat pas pour 2027, mais se réserve pour 2032. Le vrai scrutin. Il y a au moins deux problèmes à préparer trop avant le coup d'après. Cela fragilise les candidats en lice : même les poids lourds de leur camp ont l'air de faire l'impasse sur leurs chances. Cela repose sur un vrai pari : après les extrêmes, retour à une certaine normalité politique ? Rien n'est moins sûr. La preuve par les Etats-Unis.

Cécile Cornudet