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Présidentielle 2027. « Le recyclage, j’y crois en écologie, mais pas en politique »

Ouest-France · 27/09/2026 · ← revue

À 39 ans, Perrine Sailly est une femme aux multiples casquettes. Maman de trois enfants âgés de 20 mois, 7 et 11 ans, cette éducatrice spécialisée depuis quinze ans - ancienne attachée parlementaire de la députée Sandrine Josso auprès de qui elle avait pour mission d’animer le parlement du territoire - coordonne l’association Victimes mais pas démunies (VMPD), qu’elle a fondée début 2023, à la suite d’un cambriolage à son domicile, à Herbignac. J’ai travaillé dans plusieurs secteurs du handicap et notamment accompagné des auteurs. C’est aussi pour ça que j’ai créé VMPD, explique-t-elle, parce que je voyais que les auteurs étaient accompagnés, mais pas les victimes.

Présente sur la presqu’île de Guérande, l’association est de plus en plus sollicitée sur d’autres secteurs, se félicite Perrine Sailly. Aujourd’hui, on peut dire que l’on a une portée nationale. Dans le même temps, la presque quadragénaire a également créé son entreprise d’écriture publique Stylet consulting. L’idée est d’aider les gens qui auraient un frein à l’écriture, un frein à parler d’eux.

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Presse Océan : De quelle France rêvez-vous en 2032, à la fin du mandat du prochain chef de l’État ?

Perrine Sailly : « Je crois très fort en la justice restaurative qui permet de limiter la récidive des auteurs et de réparer les victimes ailleurs qu’au tribunal. Je rêve d’une France orientée vers la solidarité et l’entraide, parce qu’on voit aujourd’hui que tout est cloisonné. La France est désorientée. On ne sait plus vers qui aller. Ce matin, une dame m’a appelée parce que sa grande-tante s’est fait voler ses bijoux. Elle ne sait pas si elle doit porter plainte, si elle doit appeler l’association, son médecin… On est sur un système chamboulé. »

Que redoutez-vous que la France soit devenue en 2032 ?

« Une France clivante, dans le clivage permanent. Il faut que l’on arrive à partager un message d’unité. Les victimes ne vont pas obtenir réparation par l’emprisonnement des auteurs. Il faut être dans une dynamique de compréhension de l’autre. On vit dans une France qui ne sait plus gérer ses émotions. On sait tous qu’on doit exprimer nos émotions, nos ressentis, mais on n’a plus d’espace pour le faire. On ne sait plus où déposer nos émotions. »

« Il faut arrêter ces effets d’annonce et revenir à des choses plus simples. »

Le ressentez-vous parmi les victimes ?

« Oui, certaines ont emmagasiné des traumatismes, pour certaines depuis leur plus jeune âge. L’association Les Papillons, qui veut mettre des boîtes aux lettres dans des écoles pour recueillir la parole des élèves, a essuyé un refus de l’Éducation nationale. Pourquoi ? Parce qu’on ne va pas savoir les gérer. Plein de professionnels disent que le 119 - le numéro d’Allo enfance en danger - ne fonctionne pas. C’est assez inquiétant. Idem pour le 3114 (ndlr, numéro national de prévention du suicide). Il faut arrêter ces effets d’annonce et revenir à des choses plus simples. Je ne crois plus à ces accompagnements nationaux. Il faut revenir à quelque chose de plus local. »

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Parmi les victimes que vous accompagnez, certaines parlent-elles de se faire justice elles-mêmes ?

« Ça arrive. Parmi les 25 victimes de cambriolage début 2023, un monsieur avait intercepté les auteurs avec son arme de chasse. On est dans un système qui est tellement essoufflé que les gens n’ont plus envie d’aller déposer plainte. Généralement, les gens ont envie de se faire justice eux-mêmes non pas avant mais après le dépôt de plainte, c’est-à-dire une fois qu’ils sont engagés dans le parcours de justice parce que ce parcours est imbuvable, incompréhensible. Personne ne comprend le parcours pénal. Expliquer vient apaiser le système nerveux, mais aujourd’hui, on est dans une France de paumés. »

« Je pense qu’une société qui se sent en sécurité, c’est une société qui va bien. »

Est-ce que l’accompagnement des victimes est d’autant plus précieux que la France est connue pour son millefeuille administratif ?

« Tout à fait. On manque de pédagogie en France. On manque de clarté sur le volet numérique, sur le volet de la santé et celui de la justice. On n’apprend pas ces sujets-là. On lutte contre le millefeuille. Quand j’ai été victime du cambriolage et que j’ai appelé les autres victimes, personne ne voulait entendre parler des auteurs. Je pense qu’une société qui se sent en sécurité, c’est une société qui va bien. À l’inverse, un sentiment d’insécurité va nourrir les extrêmes et c’est ce qu’il se passe. »

Justement, pour qui voterez-vous le 18 avril 2027 ?

« Je pense que la personne pour qui je vais voter n’est pas encore déclarée. Je ne crois pas du tout au’’on prend les mêmes et on recommence’’. Je pense que les gens expriment tellement un ras-le-bol tout le temps… Le recyclage, j’y crois dans l’écologie mais pas dans la politique. Ceux en place ont épuisé le système. Laissons la place à la jeune génération. Je crois que quelqu’un va sortir du chapeau. Et pas chez les extrêmes… »