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Présidentielle 2027 : le plan de l'Institut Montaigne pour relancer la compétitivité française

Les Échos · 07/10/2026 · ← revue

Par Nathalie Silbert

La France souffre d'un déficit de compétitivité, ce qui la maintient sur une trajectoire de très faible croissance. « La quantité de travail ne suffit plus à financer notre modèle social », relève l'Institut Montaigne. Le sujet est suffisamment grave pour que le think tank libéral lui consacre l'une des notes thématiques qu'il a préparées pour nourrir la campagne présidentielle. Le diagnostic posé dans ce document publié mardi et dévoilé en exclusivité par « Les Echos » est sévère : « Les signaux d'alerte s'accumulent depuis des années, et les tentatives de réponses, réelles mais incomplètes, n'ont pas suffi à inverser la trajectoire de déclassement », déplore l'institut.

Un plan décliné en quatre volets

L'économie française continue de souffrir de faiblesses bien ancrées : sa fiscalité sur les entreprises plus lourde que celle de ses voisins, la quantité de travail plus réduite - les Français travaillent « en moyenne 14 % d'heures à temps plein en moins que la moyenne de l'OCDE », note-t-il -, la bureaucratie persistante. Cette moindre compétitivité se lit dans le déficit du commerce de biens - 69 milliards d'euros en 2025 - et le recul du pays dans les dépôts de brevets liés à l'intelligence artificielle dans le monde, pointe le rapport. A un moment où le projet de budget 2027 alourdit les taxes sur les entreprises, l'Institut Montaigne prend le contrepied dans un plan décliné en quatre volets. Le premier, qui est clairement la priorité du rapport, consiste à alléger massivement les coûts de production. « C'est le levier dont les effets peuvent se matérialiser le plus rapidement », estime François Chimits, coauteur. Le think tank exhorte donc le gouvernement à reprendre le chantier interrompu de la réduction des impôts de production en supprimant la CVAE et la C3S - et en réduisant progressivement la CFE, pour remettre la France dans la moyenne européenne. Ce, malgré la pression sur les finances publiques.

Rendre le travail plus rémunérateur

Alors que la France peine à conserver sur son territoire ses emplois qualifiés, le rapport propose de plafonner certaines cotisations patronales à 4 SMIC. Cela permettra « de retenir les talents et d'encourager l'activité à forte valeur ajoutée », selon le rapport. L'industrie, qui souffre d'un surcoût du travail de 30 % par rapport à la moyenne européenne, serait la première bénéficiaire de cette mesure. Pour l'institut, il s'agit aussi de rendre le travail plus rémunérateur. Pour cela, il propose de transférer une partie du financement de la protection sociale sur les consommateurs, via une hausse de la TVA de l'ordre de 3 points. Cette bascule induirait à terme une hausse d'environ 4 % des salaires nets des Français, selon ses calculs. Par ailleurs, il faut aussi augmenter la quantité de travail. C'est tout l'objet du second volet du plan. Pour y parvenir, le rapport préconise d'encourager les accords d'entreprise ou de branche afin de permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus de 35 heures, suggérant de mobiliser des leviers telles l'exonération partielle sur les heures supplémentaires ou la monétisation des RTT. Il relance aussi la piste polémique d'un durcissement des règles de l'assurance-chômage avec une durée d'indemnisation réduite 12 et 18 mois, contre 18 à 24 mois, espérant dégager ainsi 7 milliards d'économies par an qui « seraient répercutées en baisse de cotisations ».

Un coût très élevé pour les finances publiques

Là où le bât blesse, c'est que le coût pour les finances publiques serait très élevé, estimé à 60 milliards d'euros par an. L'Institut Montaigne évalue à 110 milliards d'euros le manque à gagner pour les caisses de l'Etat des allègements de charges sur l'activité, « dont 69 milliards sur le seul travail », précise-t-il. Environ 43 milliards d'euros de recettes supplémentaires seraient attendues, dont 37 milliards liés au relèvement de la TVA. En dépit de l'impératif de réduction du déficit public, « nous avons voulu montrer ce qu'il était nécessaire de faire pour donner à la France les armes pour être compétitive à l'international », reconnaît Nicolas Laine, autre coauteur. Pour le think tank, l'amélioration de la compétitivité du pays passera également par sa capacité à faire émerger des entreprises innovantes et à assurer la montée en gamme du tissu productif. Le troisième train de mesures du plan propose pour cela de créer un contrat de travail spécifique pour les « projets innovants à haut risque » et de recentrer le crédit d'impôt recherche sur les activités les plus innovantes. Il défend par ailleurs une stabilisation de la fiscalité du capital, avec un retour à un prélèvement forfaitaire unique de 30 %. L'institut considère toutefois que réformer le pays ne suffira pas. Dans le dernier volet de son plan, il appelle ainsi l'Europe à mieux protéger ses entreprises face aux pratiques déloyales de certains concurrents - les Chinois en tête -, et à envisager une application moins stricte du « principe de précaution » jugé paralysant pour l'action économique.

Nathalie Silbert