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Présidentielle 2027 : « La tournure de cette campagne m'inquiète »… Au sein du bloc central et de la droite, la cacophonie va s'amplifiant

Les Échos · 09/09/2026 · ← revue

Par Grégoire Poussielgue, Ulysse Legavre-Jérôme

Au sein de la droite et du centre, tout le monde appelle à une candidature unique et au rassemblement, mais l'heure n'est pas encore venue pour mettre le processus en place. En début de semaine, deux macronistes canal historique - l'ancien ministre Clément Beaune et l'ex-conseiller d'Emmanuel Macron Philippe Grangeon - ont appelé à une vaste coalition allant de la social-démocratie à la droite modérée, pour sortir de l'étau entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qu'ils craignent pour le second tour de l'élection présidentielle. « L'idée clé tient en une phrase : nul ne gagnera ni ne gouvernera seul en 2027. Il faut donc, pour la première fois sous la Ve République, essayer de bâtir une coalition avant l'élection présidentielle, plutôt que de l'improviser, à chaud, au soir d'un second tour, puis nécessairement en vue des élections législatives », écrivent les deux hommes dans une tribune diffusée sur La Grande Conversation.

Edouard Philippe met la pression

Leur initiative est intervenue au moment où Edouard Philippe accélère et accentue la pression sur les candidats de la droite et du centre pour rassembler autour de sa candidature. Mais pas exactement dans le périmètre imaginé par les deux macronistes. Mardi, à l'occasion de la première réunion de son comité de campagne largement mise en scène à Paris, le maire du Havre a appelé à une rencontre vers la Toussaint entre les différents candidats et partis de la droite et du centre. Il veut « discuter de [s] convergences programmatiques » et des élections législatives. Le maire du Havre a rapidement reçu une fin de non-recevoir de deux candidats à la présidentielle, Bruno Retailleau et David Lisnard. Le premier, qui ne veut pas d'une « saison 3 du macronisme » a parlé d'une « réunion pour les macronistes et entre les macronistes ». « C'est un peu tôt pour parler rassemblement. Les candidats doivent développer leurs projets », confirme un ténor de chez LR qui ne doute pas que l'union se fera un jour. On parle de circonstances exceptionnelles, de menace du RN, mais on fait comme d'habitude.

Un macroniste

Mais à sept mois du premier tour, certains estiment que le temps est compté. « La tournure de cette campagne m'inquiète. On parle de circonstances exceptionnelles, de menace du RN, mais on fait comme d'habitude », regrette un macroniste. L'accueil a été également plus que timoré chez Gabriel Attal. « Il y a déjà ces réunions. Avant cette question du rassemblement, l'enjeu, c'est d'abord de parler aux Français de ce qu'on veut proposer pour eux et le pays », a-t-il déclaré sur France Info. L'initiative d'Edouard Philippe est un « non-évènement », soutient un proche du candidat Renaissance, qui continue à labourer le terrain. Il était ce mercredi à Saint-Malo, sera vendredi à Metz et dimanche à la Foire du Mans.

Balayer l'hypothèse d'une primaire

Chez Horizons, ces réactions ne surprennent pas. « Hier on a montré notre capacité à rassembler. On savait très bien qu'ils allaient tous dire non, mais on tend un peu le piège », analyse un proche d'Edouard Philippe. « C'est tout à fait logique que Bruno Retailleau réponde ça à ce stade. Cependant, il y a des gens chez LR qui ont entendu le message, et c'est le plus important », abonde un autre proche du candidat. Le maire du Havre joue les ralliements et espère entraîner avec lui des ténors de chez LR qui ne se retrouvent pas dans la candidature de Bruno Retailleau. Pour Edouard Philippe, c'est aussi une façon de balayer l'hypothèse d'une primaire, qui reste demandée par plusieurs personnalités de la droite et du bloc central ainsi que par leurs électorats. Le maire du Havre veut capitaliser sur son avance dans les sondages, même si elle reste fragile. Selon un sondage Cluster 17 pour « Le Point », une primaire est réclamée par 75 % des électeurs Renaissance et 52 % de ceux de LR. Mais là aussi, son périmètre est loin de faire consensus. Quel périmètre ? Le rassemblement semble encore loin, et son étendue continue à faire débat. Chez Gabriel Attal, on rappelle que LR et son candidat, Bruno Retailleau, ont été exclus du « comité de liaison » mis en place au printemps et qui réunit les partis du bloc central (Renaissance, Horizons, Modem, UDI et Parti radical). Un nouveau déjeuner a eu lieu ce mercredi avec, au menu, les futures législatives. Il n'y a pas de candidat du centre, qui en porte véritablement les valeurs et la vision

Elisabeth Borne, ex-Première ministre

Au sein de Renaissance, les propositions de plus en plus chocs de Bruno Retailleau, sur l'Etat de droit, le référendum ou encore le droit du sol qu'il veut abolir en France, passent de plus en plus mal, rendant une union de plus en plus difficile au fur et à mesure que les semaines passent. Dans « Le Figaro », Elisabeth Borne est venue critiquer les prises de position des uns et des autres, et a déclaré ne pas se retrouver dans les candidatures actuelles. « Il n'y a pas de candidat du centre, qui en porte véritablement les valeurs et la vision. Edouard Philippe dit qu'il est de droite, ce n'est pas une nouveauté, même s'il a compris qu'il fallait rallier le centre pour gagner. Et Gabriel Attal s'éloigne nettement des valeurs et de la vision du centre », dénonce-t-elle. Elle accuse aussi Bruno Retailleau de « perte de repères » à la suite de ses propositions concernant le Conseil constitutionnel. Plus le temps passe, moins le brouillard se lève.

Grégoire Poussielgue (avec Ulysse Legavre-Jérôme)