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Présidentielle 2027 : la taxe du RN sur les salariés étrangers qui fait bondir les entreprises

Les Échos · 10/10/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Dans certains secteurs, le contre-budget du Rassemblement national présenté par Marine Le Pen le 6 octobre a fait sursauter. Car il comporte une mesure qui, si elle devait être appliquée, mettrait sérieusement en danger leurs entreprises : le parti d'extrême droite veut instaurer une taxe annuelle de 1.000 euros sur chaque salarié extracommunautaire employé. Par cette mesure, le parti d'extrême droite entend appliquer au monde du travail le principe qui lui est cher de la « préférence nationale ». Cette nouvelle disposition, qui exclut les employeurs particuliers, viserait à inciter les entreprises à employer en priorité des personnes de nationalité française, ainsi que les ressortissants de l'UE et de la Suisse, en respect des traités en vigueur.

Taxe annuelle récurrente

Il s'agit aussi sur le papier de s'attaquer au chômage : selon l'amendement au projet de loi de finances pour 2027 déposé par Jean-Philippe Tanguy sur le sujet, la taxe disparaîtrait si le taux de chômage passait sous le seuil de 5 % (8,3 % aujourd'hui)… Il existe déjà une taxe spécifique à verser lors de la première admission sur le territoire tricolore de salariés extracommunautaires (55 % du salaire mensuel brut dans la limite du plafond réglementaire), mais elle n'est versée qu'une fois. Jean-Philippe Tanguy explique vouloir instaurer une taxe récurrente - de laquelle serait déduite la taxe spécifique à l'embauche, pour éviter la double imposition. Le député de la Somme estime à 1,3 million le nombre de salariés concernés. De quoi faire bondir les secteurs les plus concernés par le recrutement d'étrangers extracommunautaires, faute de candidats français. La main-d'oeuvre étrangère coûte à la société, il est parfaitement normal d'envisager une taxe

Marine Le Pen, candidate RN à la présidentielle

En déplacement sur le Salon de l'élevage à Cournon-d'Auvergne (Puy-de-Dôme), le 7 octobre, Marine Le Pen n'a pas manqué d'être interpellée sur les travailleurs saisonniers. Elle a reconnu la nécessité parfois de recourir à des étrangers, mais a justifié la mesure. « La main-d'oeuvre étrangère coûte à la société, il est parfaitement normal d'envisager une taxe », a-t-elle répondu.

Clé sous la porte

Dans des secteurs comme le BTP, l'hôtellerie-restauration, les services à la personne ou encore la sécurité privée, gros employeurs de travailleurs étrangers selon la Dares et l'Insee, certains sont déjà très remontés. Ayant le plus grand mal à recruter, ils estiment que la mesure ne servira qu'à alourdir le coût du travail, sans effet sur l'origine de leurs recrutements. « Une nouvelle taxe ne fera pas apparaître un cuisinier ou un maçon français ! », soupire Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des indépendants et TPE, qui représente les entreprises de 0 à 10 salariés. « On ne peut pas tout résoudre par des taxes ! » Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations, ne dit pas autre chose. « On a déjà des restaurants qui ferment parce qu'ils ne trouvent pas de personnel. Même si on le voulait, on ne pourrait pas recruter autrement : sur des postes de plongeurs ou d'employés d'étage, par exemple, on n'a pas d'autres candidats… » Certains métiers, personne n'en veut ! On ne peut tout simplement pas se passer de ces salariés étrangers

Julien Jourdan, DG de la Fédésap

Même constat dans le secteur des services à la personne. « Nous n'arrivons pas à satisfaire 40 % des demandes de nos clients, faute de personnel », explique Julien Jourdan, directeur général de la Fédésap, qui représente des structures oeuvrant dans la petite enfance ou le grand âge (au total 170.000 salariés). « Certains métiers, personne n'en veut ! On ne peut tout simplement pas se passer de ces salariés étrangers », poursuit-il. Compte tenu des faibles marges dans ces secteurs, rares sont les entreprises qui pourraient assumer la taxe, affirment leurs représentants. « Un bon nombre d'entre elles mettraient tout simplement la clé sous la porte », assure Julien Jourdan.

Pas de baisse de rendement

Le Rassemblement national balaie ces arguments, appelant les entreprises concernées à améliorer les conditions de travail afin d'attirer des candidats français. « Dans les grandes villes, il y a certes aussi des problèmes de logement, reconnaît un cadre du parti à la flamme. Mais ils seront résolus grâce à notre politique. » Le parti lui-même ne semble toutefois pas réellement y croire : la trajectoire budgétaire présentée le 6 octobre ne prévoit aucune baisse de rendement de la taxe à 1.000 euros sur la durée du quinquennat (1 milliard d'euros par an).

Anne Feitz