Présidentielle 2027 : la rentrée mitigée du RN pris dans ses contradictions sur le voile et l'économie

Par Anne Feitz
Rentrée agitée pour le Rassemblement national. Quelques jours après le grand débat entre candidats organisé par le Medef, qui a relancé les questions sur la crédibilité de son programme économique, c'est sur sa volonté d'interdire le voile dans l'espace public que le parti d'extrême droite doit se justifier aujourd'hui. Ce mardi matin, sur France Info, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy a eu le plus grand mal à expliquer que cette proposition, défendue par Marine Le Pen depuis 2012, visait non pas « les femmes qui portent le voile », ni même « un symbole religieux », mais le « fer de lance de l'islamisme », « une idéologie qu'il faut combattre ».
Atteinte à la liberté de religion
Le parti à la flamme est vivement attaqué sur sa proposition par toute la classe politique depuis que le même Jean-Philippe Tanguy, dimanche soir sur BFMTV, a reconnu que le sujet, tranché en interne, figurerait dans le programme de 2027, précisant que « les femmes qui portent le voile alors qu'il est interdit, elles auront une amende ». Jean-Luc Mélenchon a qualifié la mesure d'« ignoble », Edouard Philippe a invoqué « le principe de liberté religieuse », le gouvernement a souligné, par la voix de sa porte-parole Maud Bregeon, les « réserves évidentes » qu'elle soulève « tant sur sa constitutionnalité que son applicabilité », tandis que l'ex-ministre de l'Intérieur et candidat LR Bruno Retailleau estimait que « nos policiers ont autre chose à faire ». Pour les cadres du RN, le sujet est d'autant plus difficile à défendre qu'une telle interdiction, potentiellement contraire à la Constitution et à la Convention européenne des droits de l'homme pour atteinte à la liberté de religion, est controversée au sein même du parti. Un référendum ? Jugeant son application compliquée, le président du RN, Jordan Bardella, a lui-même émis des doutes par le passé - et à nouveau au cours d'un séminaire interne en juin dernier. Interrogé lundi, il s'est montré très prudent, se défendant de vouloir mettre en place une « police du vêtement » et rappelant que le RN consulterait les Français sur le sujet, s'il est élu, via un référendum « sur la question de l'idéologie islamiste ». Mais Marine Le Pen n'en démord pas. Lundi, elle revendiquait encore sur X le « courage » nécessaire à la mise en place de cette mesure, qui représente l'un des marqueurs de son programme. Interpellée par une dame âgée sur un marché en 2022, elle avait pourtant dû alors reconnaître qu'elle soulevait « des problèmes complexes ». Mais, rappellent systématiquement les cadres du RN, selon un sondage CSA (pour CNews, Europe 1 et « Le JDD ») de novembre 2025, 69 % des Français y sont favorables.
Règle d'or à préciser
Pour le RN, la rentrée est d'autant moins confortable que le parti est aussi bousculé sur son programme économique, l'un de ses grands points faibles. Marine Le Pen espérait profiter du débat au Medef, la semaine dernière, pour « répondre aux interrogations » des milieux économiques et rectifier les « caricatures qui sont faites » de son projet dans ce domaine. Mais les chefs d'entreprise n'ont pas été dupes de son numéro d'équilibriste, visant à la fois à rassurer les marchés financiers ou les Français inquiets de l'explosion de la dette, et à donner des gages à son électorat populaire en conservant l'essentiel de sa réforme des retraites (qui prévoit un départ entre 60 et 62 ans, avec 40 à 42 ans de cotisations). Marine Le Pen a promis de rembourser la dette et d'inscrire dans la Constitution une « règle d'or » pour encadrer le déficit budgétaire - dont les modalités seront toutefois précisées plus tard. Sur BFMTV, dimanche soir, Jean-Philippe Tanguy a laissé entendre qu'elle serait plus stricte que les 3 % du PIB autorisés par les traités européens. « La règle d'or à 3 %, ça n'a pas d'intérêt. Jusqu'à 3 %, vous êtes encore en déficit », a-t-il déclaré.
125 milliards d'euros d'économies
Marine Le Pen a aussi voulu frapper fort en annonçant que le RN présenterait en octobre, avant les débats budgétaires, « une trajectoire de rétablissement des finances publiques, avec 125 milliards d'euros d'économies », évoquant aussi sur X un « nettoyage des écuries d'Augias », sans plus de détails à ce stade. « C'est le sérieux de ce plan qu'il faudra regarder… », relève le dirigeant d'une organisation patronale, dubitatif. D'autant que le RN chiffre le coût de sa réforme des retraites à « 9 milliards d'euros en année pleine » - loin des estimations de 2024 de l'Institut Montaigne : entre 23,5 milliards et 38,5 milliards d'euros.
Dissensions internes
S'il n'espérait sans doute pas lever si tôt les doutes sur son programme économique, le RN tablait cependant sur l'été pour faire taire la petite musique des dissensions internes sur la ligne, plus libérale chez Jordan Bardella, plus étatiste et sociale chez Marine Le Pen. En vain. Le départ fracassant du conseiller économique de Jordan Bardella, François Durvye, en plein débat du Medef, a relancé les spéculations. D'autant que ce dernier a justifié son départ auprès du « Figaro » par son incapacité à défendre des positions auxquelles il ne croit pas, que Marine Le Pen a, elle, déclaré avoir souhaité ce départ - pour « déloyauté », selon « Libération » - et que Jordan Bardella, lui, a juré que François Durvye était parti « pour raisons personnelles ». Depuis, les dirigeants du RN n'échappent pas aux questions sur le sujet. Prochaine étape : les deux dirigeants du RN ont prévu de s'afficher ensemble le 12 septembre au Touquet, pour la rentrée parlementaire du parti, puis à Hénin-Beaumont, où Marine Le Pen prévoit d'effectuer sa rentrée politique le 13 septembre. Leur bonne entente devrait être scrutée de près.