Présidentielle 2027 : la rentrée compliquée de Bruno Retailleau, sous pression des sondages

Discret cet été, Bruno Retailleau reprend ses bonnes habitudes pour la rentrée. Candidat officiel à l'Elysée depuis février, le président du parti Les Républicains (LR) continue de dévoiler des pans entiers de son programme, comme indifférent aux mauvais sondages et aux doutes qui ne cessent de grandir dans son camp. Devant des professeurs et des parents d'élèves réunis à la médiathèque Landowski de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), l'ancien ministre de l'Intérieur a exposé, ce lundi, son projet pour « refonder notre école ». A l'instar d'Edouard Philippe et de Gabriel Attal, ses deux rivaux à droite et au centre, la rémunération des enseignants a été érigée au rang des priorités. S'il est élu en 2027, chaque professeur gagnera entre 135 et 300 euros net supplémentaires par mois selon son expérience, s'est engagé Bruno Retailleau.
Des « écoles libres »
Pour rendre plus attractif le métier et mieux former les enseignants, une « Ecole Normale du professorat » sera mise en place par académie. Et un examen conditionnera l'entrée au collège, avec des groupes de niveau, soit la fin du collège unique. « C'est un projet de rupture avec l'égalitarisme qui prévaut depuis des années, où on abaisse le niveau de tout le monde pour que tout le monde soit en capacité de suivre », se félicite le sénateur Max Brisson, qui a contribué à la rédaction du programme. Dans la droite ligne de sa famille politique, Bruno Retailleau souhaite aussi créer « 1.000 écoles libres » sur un quinquennat. Les chefs d'établissement y auront toute latitude pour organiser leur projet pédagogique avec les familles. « Ce seront des écoles publiques qui fonctionneront comme des écoles privées », résume le porte-parole de LR au Sénat. Les sanctions à l'encontre des élèves perturbateurs seront en outre durcies et des « internats disciplinaires » mis sur pied. Ce cocktail de mesures est le troisième présenté en moins d'une semaine, un rythme censé conforter l'image d'un candidat préparé et sérieux. Bruno Retailleau promettait ainsi, le 26 août, de baisser les droits de succession « au maximum du possible », parce que « la transmission est une aspiration profondément humaine », affirmait-il dans un entretien à « L'Opinion ». Trois jours plus tard, c'est auprès du « Figaro » qu'il présentait « un pacte famille et logement », assorti de prêts immobiliers attractifs pour relancer la natalité. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?
La situation devient délicate
Une frénésie programmatique qui, à huit mois de l'élection, laisse les électeurs de marbre dans les enquêtes d'opinion. Selon la dernière vague de l'institut Elabe, dans certains scénarios, Bruno Retailleau ne dépasse pas les 6 % d'intentions de vote au premier tour. Lui qui avait prophétisé que les « courbes se croiseront avec Edouard Philippe en octobre », recueille parfois trois fois moins que l'ancien Premier ministre dans les sondages. Lequel continue de mettre la pression sur le candidat LR pour qu'il le rejoigne dans son aventure élyséenne. Si les proches de Bruno Retailleau répètent que « la campagne n'a pas encore vraiment commencé » et que « les Français finiront par voir qu'il a le meilleur projet », certaines voix dans son équipe commencent à admettre, sous le couvert de l'anonymat, que la situation devient délicate. « Ce n'est pas une bonne rentrée. S'il ne remonte pas dans les sondages après les sénatoriales [le 27 septembre], on va se retrouver dans un moment compliqué où la peur de ne pas se faire rembourser la campagne, comme avec Valérie Pécresse, va gagner tout le monde », reconnaît un conseiller de sa garde rapprochée. Les prochaines semaines seront stratégiques pour le candidat de LR, d'autant que les poids lourds de son propre parti risquent de continuer à miner sa position déjà fragile. De Laurent Wauquiez à Jean-François Copé, en passant par Gérard Larcher et Valérie Pécresse, nombre de figures de la droite ne cachent pas leur souhait d'un candidat unique de la droite et du centre, quitte, pour certains, à vanter les mérites d'Edouard Philippe. Quand Xavier Bertrand et David Lisnard sont, eux, bien décidés à jouer leur carte pour 2027.
Les gens qui me soutiennent veulent autre chose que la saison 3 du macronisme
Bruno Retailleau, président de LR
Face à ceux qu'ils appellent parfois « les chapeaux à plumes », Bruno Retailleau n'en démord pas. A la foire de Châlons-en-Champagne (Marne), où il s'est rendu le 28 août, le candidat de la droite s'est dit conforté dans son choix d'aller jusqu'au bout. « Les gens qui me soutiennent veulent autre chose que la saison 3 du macronisme », a-t-il martelé. Mais que faire si sa candidature ne décolle pas ? « Le matériel dans lequel est fait Bruno Retailleau peut résister à la pression pendant plusieurs mois », veut croire son entourage. Elle est déjà bien lourde sur les épaules du Vendéen.