Présidentielle 2027 : « la radicalité tranquille » ou quand le flegmatique Olivier Faure passe la seconde

Par Hadrien Valat
Pour Olivier Faure, c'est le moment ou jamais, et il ne le sait que trop bien. A la tête du Parti socialiste depuis huit ans, toujours plus malmené par ses opposants en interne, le premier secrétaire n'aura probablement pas d'autres occasions d'accomplir son destin élyséen. En 2022, il avait laissé la maire de Paris, Anne Hidalgo, représenter sa famille politique. Pas question, cette fois-ci, de rester sur la touche. Après avoir officialisé sa candidature fin août, il s'est lancé tête baissée dans la primaire sociale-démocrate et entend bien faire mentir les augures qui donnent Raphaël Glucksmann vainqueur. Jusqu'à maintenant, le député de Seine-et-Marne n'est jamais parvenu à faire sauter le plafond de verre qui le sépare du grand public. Il y a bien eu l'épisode des négociations budgétaires avec le gouvernement, lors duquel Olivier Faure avait enfin pris la lumière. Mais la greffe avec l'opinion n'avait pas pris et il était resté cantonné aux profondeurs sondagières.
« Homme-sandwich »
Deuxième chance maintenant, à seulement trois semaines du premier tour de la primaire. Depuis 48 heures, le patron du PS multiplie les passages dans les médias à l'occasion de la sortie de son nouveau livre « La Loi du plus juste » (éditions Robert Laffont). « Est-ce qu'Olivier va avoir ce moment où il rencontre les Français ? » s'interroge un lieutenant. « Soit il se révèle, les gens se disent qu'il peut réussir à fédérer la gauche et incarner une alternative, soit Glucksmann plie le match. » En tout cas le chef des roses ne va pas au combat à reculons. « C'est évident qu'il part challenger, mais Olivier est en forme et il en a envie », se réjouit une proche. « Jusqu'ici, j'ai été présenté comme l'homme-sandwich du PS. […] Je vais montrer que je ne suis pas seulement celui qui a géré les contradictions d'un parti. L'heure est venue de faire entendre mes combats. J'entends être la surprise de cette élection », a promis le principal intéressé dans « L'Obs » mercredi. Comment piquer l'intérêt des Français ? En leur parlant identité, un sujet pas vraiment « assumé » à gauche, estime Olivier Faure. Entre « la France éternelle » défendue par l'extrême droite et « la nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon, lui défend une « France vivante », prête notamment à régulariser les travailleurs sans-papiers. Dans son livre, le patron du PS propose trois « nouvelles odyssées » aux Français : la transition écologique, la souveraineté alimentaire, et la souveraineté numérique. Parmi les mesures qu'il met sur la table figure l'introduction d'une « règle d'or verte » : « plus aucun budget, plus aucun investissement ou aide publique ne se réalise en dehors des objectifs de protection de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique ».
Gauche de gouvernement
Le quinquagénaire met aussi l'accent sur la « protection des communs », aux premiers rangs desquels la Sécurité sociale et les services publics. Dans le même geste, il réaffirme son souhait de revenir à un âge légal de départ à la retraite de 62 ans ou d'augmenter le SMIC à 1.700 euros. Pour faire de sa « loi du plus juste » une réalité, il met également sur la table une autre règle : « Dès lors qu'un euro de dividende est versé aux actionnaires, il doit y avoir au moins l'équivalent pour les salariés, sous forme de participation, d'intéressement ou de salaire. » « La gauche ne devient de gouvernement que lorsqu'elle s'assume de gauche », justifie-t-il, sans quoi « nous ne sommes plus perçus que comme des sociaux-libéraux, simple variante du macronisme ». Une allusion plutôt limpide à Raphaël Glucksmann, dont Olivier Faure critique la proposition de rapprocher le salaire net du brut en baissant la CSG, ou à François Hollande, à qui il est reproché de promouvoir la retraite à 63 ans et de vouloir introduire une dose de capitalisation. Ce n'est pas qu'Olivier Faure ménage LFI, soulignant certains propos « inexcusables » de Jean-Luc Mélenchon et son « campisme » sur les conflits internationaux. Pour autant, le premier des socialistes, qui entend incarner « la radicalité tranquille » et se défend d'être « un sous-marin Insoumis », n'écarte pas de nouvelles alliances avec les Insoumis après la présidentielle, par exemple aux élections législatives.