Présidentielle 2027 : la primaire de la famille socialiste s'envenime déjà

Par Hadrien Valat
Ce mardi, pour sa conférence de presse de présentation des règles et du calendrier de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique », la numéro deux du PS, Johanna Rolland, proche d'Olivier Faure, était scrutée de près. Au fond de la salle, l'ex-sénateur David Assouline, engagé aux côtés de Raphaël Glucksmann, s'est invité parmi les journalistes et a surveillé les réponses de la maire de Nantes comme le lait sur le feu. C'est que la tension autour du scrutin, dont les deux tours sont prévus par voie électronique les 9-10 et les 16-17 octobre, est montée d'un cran ces derniers jours. Encore récemment, ils étaient pourtant nombreux, dans tous les camps, à faire voeu de modération, à promettre que la campagne se déroulerait dans les plus nobles règles de l'art. Le pensaient-ils même vraiment ?
« De Ruffin à Glucksmann »
L'éventualité d'une candidature de François Ruffin a mis le feu aux poudres. Début juillet, l'option d'une primaire élargie à toute la gauche non-mélenchoniste a été rejetée par les militants socialistes, et le sujet des formations participantes semblait tranché - seuls le Parti socialiste, Place publique, et la Gauche républicaine et socialiste en seront. Mais Olivier Faure a remis une pièce dans le jukebox lundi matin sur BFMTV, réitérant son souhait d'un processus de désignation qui aille « de Ruffin à Glucksmann ». « Pour moi, c'est oui, a répondu François Ruffin sur X. Et toi [Raphaël Glucksmann], que réponds-tu ? » a lancé le chef de file de Debout!, qui a accusé « les apparatchiks, et notamment de Place publique », d'avoir jusque-là mis leur veto à sa participation par crainte de perdre. « Personne n'a peur de toi, François. Tu es anticapitaliste, tu es souverainiste, tu es contre le nucléaire civil, tu es opposé à la régularisation des travailleurs étrangers. […] Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale-démocrate ? » lui a vertement répondu le député Sacha Houlié, engagé auprès de Raphaël Glucksmann. Réplique illico de Philippe Brun, également candidat à la primaire de la gauche : « J'ai dix fois plus de points communs avec Ruffin qu'avec toi […] le sectarisme est une chose détestable. » Je ne comprends pas l'attitude d'Olivier Faure, il fait une primaire sur le processus de la primaire !
Un parlementaire socialiste pro-Glucksmann
De l'aveu même de Johanna Rolland, la présence sur la ligne de départ de l'ex-Insoumis semble néanmoins très improbable : « Nous sommes tous tenus par le vote du 9 juillet », et il faudrait, pour accueillir un candidat issu d'un quatrième parti, « le consensus des trois autres formations ». Peine perdue, donc ? « C'est un chemin très escarpé, mais la pression va monter en interne et depuis dehors pour faire vivre l'hypothèse », espère un parlementaire de l'aile gauche du PS, proche des idées de François Ruffin. Moins optimiste, l'entourage d'Olivier Faure estime que sa sortie sur BFMTV, si elle a peu de chance de faire bouger les lignes, a au moins le mérite de mettre à défaut Raphaël Glucksmann sur la question de l'union de la gauche. Un ou plusieurs débats ? « Je ne comprends pas l'attitude d'Olivier, il fait une primaire sur le processus de la primaire ! » s'indigne un parlementaire socialiste pro-Glucksmann. « C'est la logique de l'ancre, mais on refuse de se faire contaminer par son esprit de défaite », estime le même. Les échanges sur le fond n'ont pas encore débuté qu'un autre contentieux sur les modalités d'organisation déchire déjà les sociaux-démocrates. Dans le camp Glucksmann, on voudrait confier l'organisation du débat entre candidats de la primaire à France 2, qui proposerait un prime time en échange de l'exclusivité. Pas question de n'avoir qu'une seule joute télévisée pour s'affronter et s'adresser aux Français, rétorquent ses adversaires, qui font miroiter d'autres offres de TF1 ou de BFMTV.