Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Présidentielle 2027 : l'ennemi, c'est le mou

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

Par Dominique Seux

Le débat entre sept candidats à la prochaine présidentielle qui s'est déroulé jeudi dernier à Roland Garros dans le cadre de l'université d'été du Medef a tenu ses promesses : il a été de bonne qualité, est rentré sur le fond des sujets économiques sans se noyer dans les délices mortifères de la « popol » (la politique politicienne). Et il a mis en évidence de vraies divergences. L'audience sur LCI, qui en avait l'exclusivité, a été forte : un million de téléspectateurs en moyenne, avec un pic à 1,6 million. Bref, du fond et des chiffres que l'on voit généralement davantage en fin de campagne qu'en tout début. Mais voilà, ce qui a frappé aussi, c'est la relative « gentillesse » des candidats des partis dits de gouvernement à l'égard de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, les représentants de la droite et de la gauche radicales. Mon confrère Eric Le Boucher l'avait déjà relevé la semaine dernière d'une façon générale, les échanges sur le court de tennis parisien n'ont démenti cette analyse qu'à la marge. C'est surprenant alors que la possibilité d'un duel entre eux au second tour apparaît possible - avec bien sûr toutes les réserves nécessaires sur tout pronostic à huit mois d'une échéance. Le leader de la France Insoumise parle tout de même d'annuler une partie de la dette publique (sans exclure de spolier les créanciers privés) et de désobéir à toutes les règles européennes qui ne lui conviendraient pas. La candidate RN promet d'abaisser les drapeaux européens des bâtiments publics. Des candidats bien élevés, trop ? Leurs opposants leur ont certes lancé ici ou là des piques, principalement à Jean-Luc Mélenchon sur la dette. Sur ce sujet, la colère affleurait. Mais c'est resté malgré tout courtois, bien élevé. Alors que le tandem LFI-RN ne compte pas ses coups contre le « système » (Marine Le Pen), « l'officialité » (Jean-Luc Mélenchon) et tout ce qui a été fait depuis trente ans, le camp d'en face retient ses coups sur tant d'absurdités : l'âge de la retraite à 60-62 ans, les alliances internationales, l'avenir de l'euro, une préférence nationale absurde, etc. Cela amène à une deuxième question, cette fois sur le contenu des projets alternatifs à ceux des extrêmes : comment se faire entendre tout en restant « sérieux », en clair sans dire n'importe quoi ? Dans un univers où le cash et le clash dominent, qu'on le regrette ou pas, l'ennemi c'est le discours mou. La force de Le Pen et Mélenchon, c'est qu'ils sont facilement identifiables et résumables à quelques idées simples. Le Pen : la sécurité et l'ordre. Mélenchon : non à l'argent qui corrompt tout. Les deux ajoutent : on ne nous a jamais essayés. C'est très construit. Ces discours s'appuient sur des boucs émissaires bien identifiés (les immigrés, les riches) et quelques mesures faciles à mémoriser par tout le monde, qui ont des impacts concrets sur la vie de chacun. Au RN : la baisse des prix des carburants via les taxes et l'âge de la retraite. A LFI : la taxation de tout ce qui est au-dessus de 4.000 euros qui permettra, là aussi, de maintenir l'âge de fin d'activité le plus précoce au monde. Ce qui disqualifie la droite et la gauche de gouvernement, c'est le sentiment qu'ils ont été impuissants. Le piège est mortel pour Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et même Raphaël Glucksmann, coincés entre le bilan de la gestion des trente dernières années et le réalisme. Quel est le seul moyen de s'en sortir ? C'est d'abord de faire comprendre que porter Jean-Luc Mélenchon au second tour, c'est garantir la victoire de Marine Le Pen. C'est ensuite de trouver quelques idées extrêmement fortes, deux ou trois maximums, faisant passer le reste d'un programme de gouvernement au second rang. Un levier d'action sur le régalien (les frontières, la sécurité), une mesure économique (pas cinquante), une autre sur le climat.

Bavards mais inefficaces

Ce qui disqualifie la droite et la gauche de gouvernement, c'est le sentiment qu'ils ont été impuissants. Bavards mais sans effet réel sur les choses et les vies concrètes. C'est souvent faux, mais c'est ce qui domine dans la plupart des pays démocratiques complexes et pilotés par des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Donald Trump a résolu l'équation, sur le fond, par des décisions très souvent dangereuses et improductives. Mais sur la forme, sa communication comporte, mais oui, de bonnes idées. Pas tellement ses messages en majuscule sur les réseaux sociaux que la mise en scène de l'effectivité de ses décisions, comme ses décrets présidentiels signés face caméra dans le Bureau ovale, avec des entrées en vigueur très rapides. A suivre. Parce que l'ennemi, c'est la discrétude !

Dominique Seux