Présidentielle 2027. « Il faut davantage accompagner les jeunes parents une fois que bébé est né », selon cette maman
Mélanie a 42 ans, elle vit à la campagne, dans un lieu-dit proche de Machecoul-Saint-Même, au cœur du Pays de Retz. Elle a deux enfants de sept et cinq ans. Depuis quelques années, elle a lancé son activité d’accompagnante parentale, enseignant par exemple aux jeunes parents le portage ou le décodage des pleurs du bébé. Après l’arrivée de son deuxième enfant, elle a fait une dépression du post-partum.
Presse Océan : De quelle France rêvez-vous en 2032, à la fin du mandat du prochain chef de l’État ?
Mélanie Godard, maman de deux enfants : « J’aimerais que d’ici là soit mise en place une vraie politique d’accompagnement de la parentalité. Et qu’on vienne consulter au cœur des territoires. Parce qu’aujourd’hui, une fois que bébé est né, on arrive à la maison, et c’est bonne chance ! (rires). Si en plus on a un baby blues* ou une dépression du post-partum*, qu’on est une famille monoparentale, on peut se retrouver vraiment démunie. Lors de ma dépression du post-partum, ça m’aurait fait du bien d’avoir quelqu’un pour échanger, sur le sommeil de mon fils. Comme on est peu accompagnées, on décèle tout ça une fois qu’il est trop tard, quand le médecin nous prescrit des antidépresseurs. Pourquoi on ne met pas en place un suivi du parent ? Mettre l’accent sur les 1 000 premiers jours, c’est très bien, mais il faudrait créer des structures partout, avec des antennes locales. Il y a les PMI (protection maternelle et infantile) mais cela reste du médical. En tant que jeune maman on a juste parfois besoin de parler, et de se déculpabiliser. »
Le quotidien des familles est de plus en plus lourd. — Mélanie Godard
Vous pensez à quelles initiatives concrètes ?
« En tant que jeunes parents, on manque d’aide ! Le linge, le ménage, préparer à manger. Pour que nous, on s’occupe uniquement de l’enfant. Ça existe ailleurs, dans d’autres cultures, on appelle ça’’le mois d’or’’. Aux Pays-Bas, il existe les kraamzorg, des professionnelles de santé qui viennent à la maison au retour de la maternité, pendant une semaine, un service pris en charge. Dans le cadre de mon activité, j’ai créé des’’cafés parentalité’’ à Machecoul en 2024, avec des familles qui venaient pour échanger et il y avait un réel besoin de libérer la parole, de dire qu’on fait des erreurs en tant que parents, qu’on apprend. J’ai aussi fait’’des bichonnages’’ au sein d’une association qui s’appelle’’Supermamans’’, ce sont des femmes qui donnent de leur temps pour apporter un repas à une jeune mère, ou qui viennent chez elle pour l’aider, donner une heure de leur temps. Ce qui me gêne aujourd’hui c’est que toutes ces initiatives viennent des associations. Les Papillons sont un bon exemple. C’est une association qui cherche à installer des boîtes aux lettres dans les écoles pour que les enfants qui ont subi des violences puissent l’écrire. »
Que redoutez-vous que la France soit devenue en 2032 ?
« Qu’on en rajoute encore plus aux parents au niveau de la charge mentale. Le quotidien des familles est de plus en plus lourd. Comment faire quand les deux parents travaillent à 100 % ? À une époque, mes enfants passaient près de 50 heures par semaine chez la nounou. Qu’est-ce qu’on veut prioriser ? Pour créer du lien avec son enfant, il faut passer du temps avec lui. Et du temps, on en a de moins en moins. Il faut un cerveau à 1000 à l’heure pour penser à tout. Pourquoi on a de plus en plus de gens en dépression ? Parce qu’on a cette pression de la société dans laquelle on nous demande toujours plus. Ce que je redoute c’est qu’on ne change pas de direction, que ça continue ainsi. On voit aussi de plus en plus de jeunes qui vont mal psychologiquement. Il faut peut-être que la société se questionne. Pourquoi il y a de moins en moins de naissances ? Il y a le coût de la vie aussi, et l’état de la planète. »
Vous parlez du climat, les multiples canicules de cet été vous ont fait réfléchir sur votre manière d’élever vos enfants ?
« J’en parle beaucoup avec les enfants. Je pointe du doigt dans notre secteur les dépôts sauvages dans la nature. Mon fils aîné l’a intégré, et dès qu’on va se balader, il ramasse les papiers, j’en ai plein les poches à chaque fois (rires). Les enfants sont dans une toute petite école primaire, ils font parfois classe dehors, apprennent à observer. Mais à l’inverse, je vois encore des gens jeter leurs mégots par la fenêtre quand je suis en voiture, même en pleine canicule. »
Pour qui voterez-vous le 18 avril 2027 ?
« La politique, je n’y crois plus. Je n’arrive plus à me positionner. Il y a un manque de cohérence chez tous les candidats. Pour moi, voter est un vrai casse-tête. On ne nous implique pas assez dans les décisions. Pourquoi on ne crée pas des commissions citoyennes sur les grandes thématiques, recueillir l’avis de la population, pour mettre en place des mesures concrètes qui viennent du terrain ? »
* État de déprime passager qui survient dans les jours suivant l’accouchement
*10 % à 20 % des mères sont touchées dans les semaines qui suivent l’accouchement