Revue de presse

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Présidentielle 2027. François Ruffin et Dominique de Villepin : ce qui les rapproche, ce qui les sépare

Ouest-France · 03/09/2026 · ← revue

Que des politiques changent d’avis au fil du temps, c’est commun. Parfois jusqu’à changer radicalement de camp, c’est arrivé plus d’une fois. Mais que le député reporter François Ruffin, ancienne figure des Insoumis, puisse s’entendre aussi bien avec Dominique de Villepin, ancien Premier ministre chiraquien, « qui aurait pu prédire ? » comme dirait l’autre… C’est pourtant ce qu’ont vu de leurs yeux vus celles et ceux qui ont suivi le débat organisé ce mercredi 2 septembre par Libération, en partenariat avec BFM, entre les deux hommes que tout oppose. D’accord sur de nombreux points, ils ont même donné l’impression d’être mûrs pour une « bromance » des plus inattendues. « C’était un premier rendez-vous Tinder, on était là pour se renifler et on voit qu’on a des choses à partager », résume François Ruffin en sortant du plateau…

Ce qui ne fait pas débat entre eux

Leur principal point d’entente ? Empêcher Marine Le Pen d’accéder à la présidence de la République, l’un et l’autre refusant de tenir son élection pour inéluctable. Il n’y a pas de « train de la fatalité », estime François Ruffin, quand Dominique de Villepin veut arrêter le « train fou de l’histoire qui aujourd’hui crée les circonstances pour une arrivée de Marine Le Pen au pouvoir en 2027 ». Pour ce faire, « il est important qu’il y ait une capacité d’un certain nombre de responsables de politiques à faire autrement, à sortir même de leurs intérêts particuliers », assure l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac. « Il y a un diagnostic partagé et un horizon qui a des points communs », soutient l’ancien condisciple de Jean-Luc Mélenchon. Des rapprochements manifestes sont apparus entre eux autour des questions de climat, de souveraineté économique et de dette, même si les deux débatteurs ne sont pas toujours raccord sur les approches et solutions à mettre en œuvre. Dominique de Villepin, partisan de « l’éco-gaulisme », veut renforcer la planification écologique et instaurer une « taxe carbone » conséquente pour accélérer la transition écologique. François Ruffin, adepte du « travaillisme écologique », redoute les effets de ladite taxe carbone sur les plus précaires. Il veut mettre les plus fortunés et les grandes entreprises à contribution quand son contradicteur veut revoir les niches sociales et fiscales ou la contribution sociale généralisée (CSG). « Dominique de Villepin est peut-être en train de faire cession d’avec son camp, et peut être d’avec sa classe. Il pose un programme qui ne correspond pas à ses intérêts particuliers », estime l’ancien Insoumis à la sortie du débat. Sur des thèmes comme « l’indexation des salaires sur l’inflation, le référendum d’initiative citoyenne, ou le retour à un impôt de solidarité sur la fortune, c’est 80 % des Français et Dominique de Villepin qui s’accordent avec ça », estime François Ruffin après la bataille.

Leur vrai point commun

Bien plus qu’une proximité idéologique et politique, c’est une proximité de situation qui rapproche les deux hommes. L’un comme l’autre veulent faire la course à l’Élysée en 2027, en quasi-solitaires. François Ruffin, en rupture avec La France Insoumise, a créé son propre mouvement - Debout ! - quand Dominique de Villepin a lancé La France humaniste. Des embryons de partis, aux moyens limités, en argent comme en militants, qui font de la chasse aux 500 parrainages une montagne à gravir avant de pouvoir se présenter. François Ruffin, qui ne passera pas par la primaire PS-Place Publique pour mettre sa candidature en avant, s’est déjà déclaré. Dominique de Villepin, tout aussi seul, attend encore pour se déclarer officiellement, mais il a une équipe au travail à plein temps, au printemps, pour aller chercher les fameux parrainages. Un sujet qu’il connaît bien, lui qui n’avait pas pu se présenter à la présidentielle de 2012 faute d’avoir réussi à réunir les fameuses 500 signatures…

Leur grande différence

Proches dans les idées, la courtoisie et le ton ce mercredi, François Ruffin et Dominique de Villepin restent - et resteront - éloignés sur le terrain des idées. L’un et l’autre n’occupent pas le même coin de l’échiquier politique. Ils n’ont pas le même parcours non plus. Dominique de Villepin a été Premier ministre, deux fois ministre (des Affaires étrangères, d’abord, puis de l’Intérieur) il a fait l’essentiel de sa carrière à droite, membre du RPR dès 1977, et affilié à l’UMP jusqu’en 2011. François Ruffin a été élu trois fois député de la Somme, dont deux sous la casaque LFI avant sa rupture avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon en 2024. S’ils peuvent s’entendre sur le rejet du Rassemblement national, il y a fort à parier qu’ils ne puissent aller guère plus loin sur tout le reste. Sans compter le poids de l’histoire. En 2006, Dominique de Villepin, alors Premier ministre, avait porté le CPE, le contrat première embauche pour relancer l’emploi des jeunes de moins de 26 ans. « J’ai manifesté contre », a rappelé François Ruffin pendant le débat Libération, clin d’œil à son interlocuteur. La mobilisation populaire avait contraint le gouvernement à retirer la mesure. Vingt ans plus tard, on imagine mal les deux hommes se retrouver du même côté de la barrière…