Présidentielle 2027 : en France, les candidats de la gauche et du centre s'emparent de la victoire de l'AfD pour agiter le chiffon rouge

Par Anne Feitz, Hadrien Valat
La victoire de l'AfD en Allemagne s'invite aussi dans l'élection présidentielle en France. Alors que le parti d'extrême droite a remporté 43,8 % des voix dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, qui compte 2,1 millions d'habitants à l'est de l'Allemagne, plusieurs candidats pour 2027 ont exprimé leurs inquiétudes et alerté sur la dynamique à l'oeuvre du « programme de haine » qui prospère en Europe, agitant le chiffon rouge d'une victoire de l'extrême droite en France. Face au vote allemand pour un parti russophile et pro-Trump, violemment anti-immigration, le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, a ainsi appelé à « tirer les enseignements » de ce qu'il considère comme « un signal d'alerte pour tous ceux qui pensent que faire barrage à l'extrême droite constitue un projet politique », tandis que les candidats de gauche pointaient les responsabilités de ces résultats.
Stratégie de radicalisation
« La droite néolibérale par ses politiques austéritaires a mis le pied à l'étrier d'une extrême droite qui prospère sur les malheurs des classes populaire et moyenne », écrit sur X Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. La victoire de l'AfD est la conséquence de la « politique économique, qui limite l'investissement, qui produit du chômage, qui met les travailleurs d'ici en concurrence avec les Roumains ou les Indiens », pointe également François Ruffin. Jean-Luc Mélenchon inclut, lui, jusqu'à une partie de la gauche modérée dans le cercle des coupables. « La victoire de l'AfD est le résultat de la politique néolibérale des gouvernements allemands de grande coalition droite-PS », étrille-t-il, érigeant son projet de « rupture » comme seul rempart à l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite. Les sociaux-démocrates de centre gauche, à l'instar de Bernard Cazeneuve, font le constat inverse et appellent au « rassemblement qui résistera au dégagisme ». Cette « coalition des engagés », composée de « la gauche qui veut gouverner, les républicains du centre et les modérés », doit trouver « un compromis historique, gaullien » pour « éviter le pire », explicitait fin août l'ancien Premier ministre. Une position proche de celle de François Hollande, qui, ce lundi matin sur France Info, appelait à nouveau à « l'union » en allant « chercher des électeurs […] qui ne sont pas aujourd'hui dans le camp de la gauche ».
Positions « pas acceptables »
Le Rassemblement national est, de son côté, plus embarrassé. S'il ne peut que se réjouir d'une victoire de l'extrême droite outre-Rhin, qui le fait apparaître moins isolé en Europe, il a rompu depuis 2024 avec l'AfD, dont la stratégie de radicalisation n'est pas compatible avec sa propre volonté de dédiabolisation. Notamment à la suite des propos de l'un de ses leaders, qui avait affirmé qu'un « SS n'était pas automatiquement un criminel ». Ni la candidate du parti, Marine Le Pen, ni son président, Jordan Bardella, n'ont réagi à ce stade aux résultats de l'AfD. Mais les porte-parole du RN ont dû composer, sur les plateaux de télévision, avec cette contradiction. « Nous prenons acte d'un vote populaire de ras-le-bol, face à des partis du système qui ne gèrent pas l'immigration, qui ne gèrent pas l'économie, qui ne contrôlent pas le prix de l'énergie… » a déclaré Jean-Philippe Tanguy, sur LCI dimanche soir. Prenant soin de se distancier d'une formation ayant pris des positions « pas acceptables pour un parti républicain », sur « la guerre mondiale ou la vision de l'histoire », le député de la Somme a toutefois jugé que la diabolisation de l'AfD n'avait « pas lieu d'être ».
« L'heure de vérité » selon Reconquête
Interrogé samedi sur l'AfD, Jordan Bardella avait de son côté indiqué qu'il n'était « pas prévu » de renouer même en cas de victoire dimanche. Seul le parti Reconquête d'Eric Zemmour, qui prône comme l'AfD la « remigration », s'est ouvertement félicité de ses résultats. C'est « l'heure de vérité », a-t-il réagi, tandis que sa compagne, Sarah Knafo, se réjouissait sur X d'une « victoire historique », liée à « cinquante ans d'impuissance volontaire, sur des sujets que les peuples tiennent pour existentiels ». Alors que Reconquête est toujours allié à l'AfD au Parlement européen, l'eurodéputée a jugé que le parti allemand était qualifié « à tort » de néonazi, ce lundi sur TF1.