Présidentielle 2027 : dette, retraites, travail… Ce qu’il faut retenir du premier débat entre les principaux candidats
En lieu et place du tennis, le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros, a accueilli un autre type de match, ce jeudi 27 août 2026. Les sept principaux candidats et candidates à la présidentielle 2027 étaient invités par le patronat français à un débat organisé et retransmis par la chaîne LCI. Patrick Martin, président du Medef, a ouvert la séquence : « Nous savons tous combien il est essentiel que l’entreprise, l’économie retrouve toute sa place dans les débats publics tant elles sont essentielles à la bonne marche et à l’avenir de notre pays. » La journaliste Amélie Carrouër a pris le relais, invitant les candidats à présenter leurs idées en deux minutes et précisant que l’ordre de prise de parole a été déterminé par tirage au sort avant une série de questions posées par cinq chefs d’entreprises sur les grands enjeux économiques, notamment la dette et les dépenses publiques, la réindustrialisation, le coût du travail, les normes et la simplification ainsi que la fiscalité.
Premier tour de table
Bruno Retailleau, président des Républicains, s’est exprimé le premier : « Le premier problème n’est pas la concurrence, ni les changements technologiques. Le premier problème c’est l’État, un État vorace qui prend les entreprises pour les vaches à lait. L’État doit être au service des entreprises, il faudra une rupture », a-t-il scandé. Raphaël Glucksmann s’est, lui, dit « très heureux que le thème de ce débat soit le courage », car « le courage, c’est ce qui manque aux dirigeants français et européens depuis trop longtemps ». Le social-démocrate explique être venu proposer « un nouveau contrat patriotique » en trois axes : « la révolution écologique, bâtir une société de travailleurs, redevenir une société de créateurs. » « La situation n’est pas bonne et les entreprises souffrent, elles sont inquiètes, a de son côté lancé le président d’Horizons, Édouard Philippe. Je suis sûre que nous pouvons collectivement créer la richesse nécessaire à ce pays pour lui permettre d’être souverain, libre […] en remettant les comptes en ordre, notamment en acceptant de travailler plus. » Au tour, ensuite, de la dirigeante du Rassemblement national Marine Le Pen, de prendre la parole : « L’État a un rôle essentiel de créer les conditions d’un environnement économique maximal, c’est-à-dire mettre en place les conditions pour que vous autres entrepreneurs puissiez créer de la richesse ». Elle a aussi appelé à « à l’union des salariés et des entrepreneurs pour opérer la renaissance de la France », en clin d’œil à son adversaire Gabriel Attal. « L’économie-monde va prendre de rudes chocs et la France ne pourra pas les encaisser : le premier est écologique et perturbera tout le champ des activités humaines », a ensuite déclaré le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon. Il a affirmé « croire à l’État et à la planification écologique », notamment en fondant « l’économie circulaire face à la crise climatique qui arrive. » Pour Gabriel Attal, qui doit faire face aux critiques de ses concurrents sur son propre bilan, a estimé que « tout n’avait pas été mauvais ». « Ce qui m’empêche de dormir aujourd’hui, c’est trois choses : Quand nos entrepreneurs craquent, c’est le pays qui craque ; une politique chinoise assumée qui veut couler notre industrie ; et le défi de l’intelligence artificielle, on doit être au rendez-vous. » L’Écologiste Marine Tondelier a fermé le tour d’introduction : « Une journée de canicule coûte à notre économie le même prix qu’une demi-journée de grève. C’est ça la réalité. Et donc, vous voulez être libres ?, a-t-elle questionné. Moi aussi, je veux que nous soyons libres. Et pour ça, on va avoir besoin de décisions ici et partout dans le pays. »
L’épineuse question de la dette publique
Éric Malenfer, président du groupe d’ingénierie spécialisé dans le bâtiment Gexpertise, a été le premier à poser une question parmi les entrepreneurs invités : « Si vous êtes à la tête de l’État, en quelle année on n’empruntera plus pour [le] faire fonctionner ? », demandant au passage si la réforme des retraites sera de nouveau appliquée. « La question de la suppression de la dette est posée depuis dix ans, il y a un débat parmi les économistes […] qu’il ne faut pas caricaturer, a répondu Jean-Luc Mélenchon, proposant de « supprimer la dette » et de baisser les taux d’intérêt si une proposition commune est faite à l’échelle de l’Union européenne. Pour Édouard Philippe, les propos du chef de file de La France insoumise sont « dangereux », estimant qu’il faut « mettre les comptes en ordre », notamment en travaillant davantage. « Brûler la dette », comme le propose Jean-Luc Mélenchon, mettrait la France en « interdit bancaire », croit-il. De son côté, Marine Le Pen estime que l’État doit « baisser son train de vie drastiquement », et que des économies peuvent être faites sur « l’immigration, l’Union européenne ». « Ma première préoccupation est d’augmenter le taux d’emploi des jeunes », a-t-elle poursuivi. Elle a annoncé que son parti présentera un projet pour réaliser « 125 milliards d’euros d’économie, juste avant le débat budgétaire ». Avant de répondre à la question, Raphaël Glucksmann a directement attaqué les propositions de la leader du Rassemblement national : elles feront « couler l’économie définitivement française et aggraver grandement la dette », estimant qu’« il y a d’autres problèmes en France que les immigrés et l’Europe. » Il souhaite abroger la réforme des retraites, qu’il qualifie d’injuste, pour en créer une basée « sur la pénibilité ». Gabriel Attal a quant à lui affirmé qu’il fallait « changer profondément notre système social », proposant un « système universel, libre, avec un vrai pilier de capitalisation ». Le candidat a présenté son calendrier, s’il arrivait au pouvoir, c’est-à-dire celui de revenir sous les 3 % de déficit en 2032 et à l’équilibre en 2037. Il a, au passage, regretté l’abandon de la réforme des retraites. « Faire des économies sur l’écologie, c’est une mauvaise décision, a tonné Marine Tondelier, qui alerte sur une rupture du pacte social qui « n’a jamais été aussi proche ». Elle a assuré qu’elle abrogerait, elle aussi, la réforme des retraites « passée de manière illégitime ». Bruno Retailleau a martelé vouloir « lier l’âge de la retraite et l’espérance de vie » : « On a jamais autant dépensé et on n’a jamais eu autant de fragilités à l’hôpital, à l’école, la justice », a-t-il lancé. Le leader des Républicains souhaite réduire le nombre de fonctionnaires.
La réindustrialisation
La seconde question est posée par Julie Neuville, présidente de Marterrup, une jeune pousse qui a mis au point un procédé permettant de produire du ciment à base d’argile : « Quelles démarches, projets, réformes concrètes, pouvez-vous proposer pour construire des usines, vertes, qui permettront de réindustrialiser nos territoires ? » Marine Le Pen veut réduire les coûts et considérera que toute implantation industrielle comme « un projet d’intérêt national majeur ». Elle propose de supprimer les impôts de production, notamment. Ce que Jean-Luc Mélenchon ne laisse pas passer : « Qui va payer votre projet si vous supprimez les impôts de production » ? Le leader insoumis évoque l’industrie textile, celle de la mer et la filière du bois pour réindustrialiser. « C’est un débat présidentiel, Hollande n’est pas là, et pourtant il pleut », lance Édouard Philippe, avant de répondre à la question posée : « Nous devons proposer un moratoire normatif dans tous les domaines. La formation et les infrastructures sont aussi une condition pour notre compétitivité. » Au niveau européen, il estime qu’il faut en finir avec le marché commun et « parler la langue de la puissance » pour faire face à la Chine, notamment. « Il y a une méthode chinoise qui consiste à produire, parfois des esclaves, dans l’objectif de briser nos filières », a rebondi Raphaël Glucksmann, qui fustige lui aussi la concurrence de la Chine, mais regrette l’absence de soutien du gouvernement français sur les questions de souveraineté et de défense commerciale. Il a appelé à être « extrêmement ferme » pour mettre fin « aux accords aux rabais » et aux achats chinois « avec l’argent des citoyens européens ». Gabriel Attal souhaite, lui, fixer une règle : « Quand vous avez une friche industrielle sur votre terrain, je vous exempterai d’études [préalables à tout projet de construction/rénovation] et limiterai les recours, au bout de 18 mois ». Il a assumé vouloir modifier la Constitution afin d’encadrer ces recours, et a suggéré de généraliser à l’ensemble du territoire la méthode dérogatoire mise en place pour accélérer la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Un parallèle que Marine Tondelier a qualifié d’ironique : « Votre politique c’est d’attendre que ça brûle », a-t-elle répondu, déplorant le bilan du macronisme et la baisse du tissu industriel français : « On doit débattre du niveau d’aides aux entreprises », a-t-elle poursuivi. Pour Bruno Retailleau, l’écologie défendue par sa collègue est « une décroissance ». Le chef des Républicains a dit « en avoir marre du “en même temps” », suggérant une déréglementation et « la suppression d’une centaine de normes les plus stupides ». Quid du coût du travail ? « Quelle réduction financière garantissez-vous ? » a ensuite demandé Vincent Furlan, fondateur du cabinet de recrutement toulousain Feelinks. Gabriel Attal propose de revenir sur toutes les hausses votées dernièrement, et veut miser sur « l’innovation et la productivité » notamment la robotisation et l’IA, pour « permettre une hausse des salaires. » À cela, Jean-Luc Mélenchon, qui souhaite aussi une hausse des salaires, demande : comment compte-t-il payer les mesures proposées ? « Il faut des revenus pour la retraite par capitalisation » et une augmentation du Smic, suggère l’insoumis, alors que « la consommation populaire représente 55 % du PIB français. » Sur cette question, Édouard Philippe dénonce l’absence de « perspective de réelle ascension économique et sociale » dans le pays, un « problème démocratique énorme. » Il demande une meilleure répartition du coût de la protection sociale, qui ne doit pas être « exclusivement prélevée sur le travail ». Pour Raphaël Glucksmann, qui défend un « nouveau pacte social », il y a bel et bien une « menace pour la démocratie » lié au fait que « le travail ne paie plus assez », mais il ne souhaite pas le résoudre « par la casse du modèle social ni par l’aggravation de la dette. » Il propose plutôt de baisser la CSG et de trouver l’argent « chez les méga-héritiers. » « Notre système encourage l’assistanat », fustige Bruno Retailleau, qui suggère d’alléger les charges sociales : « J’assume de plafonner à 70 % le total des aides sociales accordées aux Français. Je ne veux pas qu’il y ait aussi peu de différence entre ceux qui se lèvent tôt et ceux qui ne travaillent pas ». Des propos dénoncés par Marine Tondelier, « extrêmement choquée » par un discours « stigmatisant » à l’égard des personnes en situation de précarité. « Les Écologistes mettront en place un Smic à 2 000 € brut », affirme la candidate, jugeant que « le coût du travail, c’est un coût pour les entreprises, mais c’est aussi le revenu des Français, c’est leur pouvoir d’achat ». Pour Marine Le Pen, impossible de faire baisser le coût du travail « au-delà de ce qui a été fait », dans la situation budgétaire actuelle. Elle veut notamment « diminuer les coûts de l’énergie par la TVA en la passant de 20 à 5,5 %, et retrouver un coût français, hors du marché de l’énergie. » Comment faciliter les démarches administratives et les normes du travail ? La question de Colombe Lecoufle, dirigeante d’une entreprise familiale spécialisée dans les orchidées : « Allez-vous nous permettre à lisibiliser les bulletins de paie, et faciliter les normes nous permettant de faciliter notre travail ? » Pour Marine Tondelier, il faut « tracer une ligne entre la simplification administrative et la dérégulation environnementale », rappelant que l’État est en « surendettement écologique ». Elle propose une règle selon laquelle « l’État ne devrait pas vous demander une information qu’il a déjà ». Ce à quoi Gabriel Attal a répondu : « Il y a une ligne très claire entre ceux pour qui l’écologie est une fin en soi, et ceux pour qui l’objectif est d’aller vers une société décroissante ». Il insiste sur une problématique qu’il juge majeure : l’impossibilité pour la jeunesse d’accéder à la propriété. De son côté Jean-Luc Mélenchon défend justement l’existence de normes dans une société qui souhaite garder les gens en bonne santé. « Nous sommes le pays où il y a le plus d’accidents du travail en Europe, c’est que quelque chose ne va pas », souligne-t-il, proposant que la France devienne un « pôle médical mondial ». En contrepied, Marine Le Pen estime qu’il y a « des milliers de sur-normes qu’il faut supprimer », certaines de façon « absolument urgente ». Si Édouard Philippe plaide pour supprimer les normes « au cas par cas », Raphaël Glucksmann les compare au cholestérol : « Il y a les bonnes et les mauvaises normes ». Le candidat social-démocrate a ensuite pris à partie son adversaire Gabriel Attal, pointant du doigt son « culot » et son « arrogance » après un été marqué par les canicules et les incendies.
La question de la fiscalité
La dernière thématique de ce débat, qui a largement débordé sur le temps prévu, est abordée par Joris Brajon, directeur général du prestataire logistique francilien Joker Log. « Comment pouvez-vous garantir une fiscalité raisonnable pour qu’on puisse continuer à accompagner nos clients ? », demande-t-il. Édouard Philippe répond qu’il ne faut « pas toucher un cheveu du pacte Dutreil », car les entreprises familiales « ont un rôle important dans le capitalisme français », proposant la fin de la surtaxe sur les grandes entreprises. Ni Bruno Retailleau, ni Gabriel Attal ne toucheront à ce pacte, un dispositif fiscal qui permet de réduire de 75 % la valeur d’une entreprise lors de sa transmission par donation ou succession au sein d’une famille. Marine Le Pen, elle, veut conditionner le pacte Dutreil à une « pérennisation sur le territoire national ». Marine Tondelier souhaite, à l’inverse, modifier l’objectif initial du pacte, soit la « transmission familiale, mais pas optimisation fiscale. » « Tout le monde doit payer sa part » d’impôt, a lancé Jean-Luc Mélenchon, évoquant le cas du géant de l’acier ArcelorMittal, visé par plusieurs redressements fiscaux après des contrôles. « Il y a un problème quand on taxe plus le travail que l’héritage. J’assumerai de revenir là-dessus », affirme de son côté Raphaël Glucksmann, qui craint « une instabilité totale » liée à « une société de privilèges ».