Présidentielle 2027 : coincé entre Le Pen et Philippe, Retailleau cherche la bonne formule pour desserrer l'étau

L'étau se resserre autour de Bruno Retailleau, mais le président du parti Les Républicains (LR) ne désarme pas. Coincé entre Edouard Philippe qui occupe le terrain à droite et Marine Le Pen au plus haut dans les sondages, le candidat à l'Elysée cherche la bonne recette pour relancer sa campagne. Lors de son meeting de rentrée, samedi, à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), il a autant taclé le Rassemblement national (RN) qu'il a moqué la main tendue du maire du Havre, dans un discours tourné vers la jeunesse, sans esquisser de nouvelles propositions. « Trouvez-moi un sujet, un seul sujet sur lequel ces bonimenteurs-là n'aient pas changé d'avis », a lancé Bruno Retailleau au sujet du camp de Marine Le Pen, qualifié de « parti de la girouette ». Face à un millier de jeunes LR et quelques figures de sa famille politique (Gérard Larcher, Michel Barnier, Valérie Pécresse), il a cité comme exemples les « grands cafouillages » du RN sur les retraites et l'Ukraine, et a accusé Jordan Bardella de « s'être vendu aux Anglais » après son accord avec Nigel Farage.
La « solution imbuvable » de Philippe
L'appel d'Edouard Philippe à rassembler la droite et le centre à la Toussaint a quant à lui été qualifié avec ironie « d'idée de génie », de « solution imbuvable » au goût d'« huile de foie de morue ». « Moi, je ne suis pas centriste », a déclaré l'ancien ministre de l'Intérieur qui cherche à se faire entendre ces derniers jours en multipliant les propositions radicales, dont la suppression du droit du sol. Sur la scène du Pavillon Baltard, Bruno Retailleau a encore musclé son discours de droite, appelant la jeunesse à mener « un combat de civilisation ». Le patron de LR a aussi rendu hommage à Quentin Deranque, militant d'extrême droite radicale décédé en février à Lyon dans une rixe avec des militants d'ultragauche. S'il n'a jamais cité nommément Edouard Philippe, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron a été rangé dans la case des « rafistoleurs ». Soit « ceux qui vous promettent de réparer demain ce qu'hier, ils ont déconstruit », a piqué Bruno Retailleau, évoquant la dette, les retraites et le nucléaire, tandis que lui s'est posé dans « le camp des reconstructeurs ». De quoi irriter un peu plus les phillipistes, déjà agacés par le procès en « macronisme » que le patron de LR ne cesse de leur intenter, rendant improbable tout rapprochement des deux candidats à court terme. « Quand vous sentez que vous perdez un match de foot, vous commencez à mettre des semelles », soupire un proche d'Edouard Philippe, en tête des sondages à droite et au centre.
« Prêt » à débattre avec Philippe
« Il va continuer de durcir le ton pour marquer sa différence avec Edouard Philippe », assure l'une des têtes de sa campagne présente au meeting. « Nous sommes prêts à un débat projet contre projet », a même déclaré cette semaine dans les colonnes du « Point » Othman Nasrou, secrétaire général de LR, alors que le maire du Havre s'est dit opposé à la révision constitutionnelle proposée par Bruno Retailleau. A la tribune, le Vendéen est longuement revenu sur cette proposition choc, dont son entourage se félicite qu'elle lui a permis de « passer le mur du son » en cette rentrée. « La démocratie française a été confisquée », a renchéri Bruno Retailleau, qui souhaite, à l'instar de Marine Le Pen, élargir le champ du référendum à des sujets comme l'immigration et donner la possibilité aux Français de « censurer la censure » du Conseil constitutionnel. Pour Bruno Retailleau, confronté tous les jours à la question de son ralliement à Edouard Philippe, ce meeting se voulait aussi la démonstration d'une candidature inscrite dans la durée. « Une détermination, ça se démontre. Quand on aura répété 100 fois qu'on ne se retirera pas, les gens vont finir par comprendre », avance l'un de ses lieutenants en aparté. « Si on est toujours en dessous de 10 % en décembre, ça sera compliqué de se maintenir », concède cependant un autre haut gradé du parti.
Nouvelle équipe de campagne
Pour matérialiser cette détermination, Bruno Retailleau a désormais structuré son équipe de campagne. Cette semaine, le patron de LR s'est entouré de huit porte-parole, parmi lesquels la sénatrice Agnès Evren, l'élu de Normandie Jonas Haddad ou le député Antoine Vermorel-Marques, tous rompus aux exercices médiatiques. Ce collectif est dirigé par le préfet Franck Robine, son ancien directeur de cabinet place Beauvau, qui confie garder sur lui comme « totem » la mémorable remontada de Jacques Chirac face au favori Edouard Balladur en 1995. C'est d'ailleurs sur une archive sonore du chiraquien Philippe Séguin, moquant à l'époque ceux qui annonçaient le match plié d'avance, que le challenger Bruno Retailleau a fait son entrée sur scène, les bras levés.