Revue de presse

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Présidentielle 2027 : coincé entre Le Pen et Philippe, Retailleau cherche la bonne formule pour desserrer l'étau

Les Échos · 13/09/2026 · ← revue

L'étau se resserre autour de Bruno Retailleau, mais le président du parti Les Républicains (LR) ne désarme pas. Coincé entre Edouard Philippe qui occupe le terrain à droite et Marine Le Pen au plus haut dans les sondages, le candidat à l'Elysée cherche la bonne recette pour relancer sa campagne. Lors de son meeting de rentrée, samedi, à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), il a autant taclé le Rassemblement national (RN) qu'il a moqué la main tendue du maire du Havre, dans un discours tourné vers la jeunesse, sans esquisser de nouvelles propositions. « Trouvez-moi un sujet, un seul sujet sur lequel ces bonimenteurs-là n'aient pas changé d'avis », a lancé Bruno Retailleau au sujet du camp de Marine Le Pen, qualifié de « parti de la girouette ». Face à un millier de jeunes LR et quelques figures de sa famille politique (Gérard Larcher, Michel Barnier, Valérie Pécresse), il a cité comme exemples les « grands cafouillages » du RN sur les retraites et l'Ukraine, et a accusé Jordan Bardella de « s'être vendu aux Anglais » après son accord avec Nigel Farage.

La « solution imbuvable » de Philippe

L'appel d'Edouard Philippe à rassembler la droite et le centre à la Toussaint a quant à lui été qualifié avec ironie « d'idée de génie », de « solution imbuvable » au goût d'« huile de foie de morue ». « Moi, je ne suis pas centriste », a déclaré l'ancien ministre de l'Intérieur qui cherche à se faire entendre ces derniers jours en multipliant les propositions radicales, dont la suppression du droit du sol. Sur la scène du Pavillon Baltard, Bruno Retailleau a encore musclé son discours de droite, appelant la jeunesse à mener « un combat de civilisation ». Le patron de LR a aussi rendu hommage à Quentin Deranque, militant d'extrême droite radicale décédé en février à Lyon dans une rixe avec des militants d'ultragauche. S'il n'a jamais cité nommément Edouard Philippe, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron a été rangé dans la case des « rafistoleurs ». Soit « ceux qui vous promettent de réparer demain ce qu'hier, ils ont déconstruit », a piqué Bruno Retailleau, évoquant la dette, les retraites et le nucléaire, tandis que lui s'est posé dans « le camp des reconstructeurs ». De quoi irriter un peu plus les phillipistes, déjà agacés par le procès en « macronisme » que le patron de LR ne cesse de leur intenter, rendant improbable tout rapprochement des deux candidats à court terme. « Quand vous sentez que vous perdez un match de foot, vous commencez à mettre des semelles », soupire un proche d'Edouard Philippe, en tête des sondages à droite et au centre.

« Prêt » à débattre avec Philippe

« Il va continuer de durcir le ton pour marquer sa différence avec Edouard Philippe », assure l'une des têtes de sa campagne présente au meeting. « Nous sommes prêts à un débat projet contre projet », a même déclaré cette semaine dans les colonnes du « Point » Othman Nasrou, secrétaire général de LR, alors que le maire du Havre s'est dit opposé à la révision constitutionnelle proposée par Bruno Retailleau. A la tribune, le Vendéen est longuement revenu sur cette proposition choc, dont son entourage se félicite qu'elle lui a permis de « passer le mur du son » en cette rentrée. « La démocratie française a été confisquée », a renchéri Bruno Retailleau, qui souhaite, à l'instar de Marine Le Pen, élargir le champ du référendum à des sujets comme l'immigration et donner la possibilité aux Français de « censurer la censure » du Conseil constitutionnel. Pour Bruno Retailleau, confronté tous les jours à la question de son ralliement à Edouard Philippe, ce meeting se voulait aussi la démonstration d'une candidature inscrite dans la durée. « Une détermination, ça se démontre. Quand on aura répété 100 fois qu'on ne se retirera pas, les gens vont finir par comprendre », avance l'un de ses lieutenants en aparté. « Si on est toujours en dessous de 10 % en décembre, ça sera compliqué de se maintenir », concède cependant un autre haut gradé du parti.

Nouvelle équipe de campagne

Pour matérialiser cette détermination, Bruno Retailleau a désormais structuré son équipe de campagne. Cette semaine, le patron de LR s'est entouré de huit porte-parole, parmi lesquels la sénatrice Agnès Evren, l'élu de Normandie Jonas Haddad ou le député Antoine Vermorel-Marques, tous rompus aux exercices médiatiques. Ce collectif est dirigé par le préfet Franck Robine, son ancien directeur de cabinet place Beauvau, qui confie garder sur lui comme « totem » la mémorable remontada de Jacques Chirac face au favori Edouard Balladur en 1995. C'est d'ailleurs sur une archive sonore du chiraquien Philippe Séguin, moquant à l'époque ceux qui annonçaient le match plié d'avance, que le challenger Bruno Retailleau a fait son entrée sur scène, les bras levés.

Ulysse Legavre-Jérôme