Revue de presse

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Présidentielle 2027 : chez les candidats, un kaléidoscope de positions face au mouvement lycéen

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

Par Grégoire Poussielgue, Anne Feitz, Hadrien Valat, Ulysse Legavre-Jérôme

La soirée n'a pas été de tout repos pour Gabriel Attal. Invité sur LCI mardi soir face à des lycéens, l'ex-ministre de l'Education, qui se pose aujourd'hui en candidat de la jeunesse, s'est fait chahuter. « Pourquoi vous appelez toujours au changement, alors que vous n'êtes pas tellement un changement ? », lui a lancé dès le début de l'émission Philémon, lycéen parisien et responsable fédéral de l'Union syndicale lycéenne. La brusque montée de fièvre dans les lycées est venue percuter la campagne de presque tous les candidats à la présidentielle.

« Négocier plutôt que réprimer »

Du côté du bloc central, Edouard Philippe et Gabriel Attal, la partition est plus délicate : il leur faut trouver une ligne d'équilibre entre écouter les revendications des lycéens et assumer le bilan d'Emmanuel Macron. « Leur parole est difficilement audible car il leur est compliqué de se distinguer de celle du gouvernement », constate un ancien ministre. Ces derniers jours, les députés et les maires insoumis se sont démultipliés devant les lycées, s'improvisant forces d'interpositions entre les étudiants et les policiers, dont les violences sont dénoncées par LFI. En tête des intentions de vote chez les 18-24 ans, Jean-Luc Mélenchon a tout intérêt à mobiliser le plus fortement possible cet électorat qui vote traditionnellement moins que ses aînés. Le septuagénaire se fait ainsi le relais des demandes des jeunes mobilisés : « Il serait temps pour Macron et Lecornu de négocier plutôt que de réprimer, mutiler […] La discussion budgétaire permet de concrétiser immédiatement les concessions qui s'imposent », a écrit ce mercredi sur X le candidat LFI. Mais dire que LFI manipule le mouvement, comme l'a fait le gouvernement, est une « comédie », a réfuté Jean-Luc Mélenchon, lors d'une conférence à HEC. « Quand il y a 250.000 jeunes dans la rue, même si LFI a soufflé sur les braises, cela montre que cela rencontre quelque chose sur le terrain », glisse un conseiller de l'exécutif.

« Une génération qui se lève »

Prudents et le nez dans leur primaire, les socialistes ont, eux, affirmé plus tardivement leur soutien aux revendications des lycéens. Mardi sur BFMTV, Olivier Faure a salué « une génération qui se lève et qui prend conscience de sa propre force », réclamant « l'arrêt immédiat de l'usage des grenades de désencerclement, des tirs de LBD et des tasers » contre « nos enfants ». Sans surprise, Bruno Retailleau aborde, lui, cette crise par le seul prisme sécuritaire. Après avoir suggéré l'interdiction de LFI, puis proposé l'abaissement de la majorité pénale à 15 ans, l'ancien ministre de l'Intérieur fustige désormais la suspension des cours en fin de semaine pour recueillir les doléances des lycéens. « On ne répond pas au désordre par de la câlinothérapie mais par plus d'autorité », a déclaré le candidat Les Républicains (LR) sur X, alors que le gouvernement espère calmer les tensions avec ce temps d'échange. « Ce n'est pas un mouvement lycéen, c'est un mouvement d'excitation généralisée avec des casseurs », enfonce l'eurodéputé François-Xavier Bellamy, numéro deux de LR.

Des propos jugés méprisants

De son côté, Edouard Philippe a fait marche arrière après avoir dans un premier temps ironisé sur les revendications des jeunes. « J'ai vu : « 8 heures 30 - 17 heures, c'est trop. » Bah je ne crois pas. J'ai lu : « La cantine c'est pas bon. » Je ne suis pas sûr que des revendications de cette nature justifient que l'on brûle un lycée », avait déclaré l'ancien Premier ministre en marge d'un déplacement en Haute-Savoie. Attaqué par la gauche pour ces propos, jugés méprisants, Edouard Philippe a depuis modéré son discours. Sur Instagram, le maire du Havre a reconnu qu'il fallait « prendre en compte ce qui est légitime et formulé par les lycéens », tout en dénonçant les violences. Son porte-parole Maël de Calan tient d'ailleurs à rappeler que le Havrais a tissé son programme présidentiel autour de la thématique « de nos enfants ». Quant à Marine Le Pen, elle s'est positionnée d'emblée sur le thème de la sécurité, cher au Rassemblement national, condamnant les violences et prenant la défense des forces de l'ordre. « Il y a urgence à remettre un peu tout ça en ordre », a-t-elle encore insisté ce mercredi, accusant Emmanuel Macron d'être « toujours du côté qui consiste à taper sur la police ». Elle a aussi fortement ciblé La France insoumise qu'elle accuse d'attiser les violences, pointant directement la « lourde responsabilité » de Jean-Luc Mélenchon. Il a fallu attendre sa prise de parole sur le budget, mardi, pour que la candidate s'exprime sur le fond des revendications des lycéens. Renvoyant à une future « conférence de presse spécifique », elle a évoqué la « dégradation des conditions de travail » des enseignants et précisé que, si elle était élue, elle sacraliserait le budget de l'Education, un « sujet que nous avons identifié depuis de nombreuses années comme étant au coeur des problématiques de notre pays ».

Anne Feitz, Ulysse Legavre-Jérôme, Grégoire Poussielgue et Hadrien Valat