Revue de presse

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Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau gêne le bloc central avec ses propositions sur la Constitution

Les Échos · 04/09/2026 · ← revue

En panne dans les sondages, décidé à tout jouer en cette rentrée, Bruno Retailleau sort l'artillerie lourde. Dans « Le Figaro », le candidat des Républicains (LR) pour l'élection présidentielle a détaillé son projet de réforme constitutionnelle pour faire en sorte que les Français aient le « dernier mot ». Le sujet est évoqué depuis longtemps par le président des LR, et les textes - loi constitutionnelle et « charte de l'ordre républicain » - sont prêts. Bruno Retailleau souhaite élargir le champ du référendum prévu selon l'article 11 de la Constitution pour intégrer toutes les thématiques, il pense notamment à l'immigration ou la politique pénale. Il souhaite, « dans certains cas », réfuter la primauté du droit européen sur le droit français pour « protéger nos lois contre les interprétations abusives des juridictions européennes et internationales ». L'ancien ministre de l'Intérieur souhaite le placer au-dessus des lois mais en dessous de la Constitution.

« Censurer la censure » du Conseil constitutionnel

Enfin, et c'est la proposition qui suscite le plus de critiques, il veut que les censures du Conseil constitutionnel puissent être annulées par les Français, ce qu'il appelle une « censure de la censure ». Cela prendrait la voie d'un référendum ou d'un Congrès. En cas d'élection, il proposerait un référendum sur toutes ces questions dès la rentrée de 2027 pour changer la Constitution. Bruno Retailleau a obtenu ce qu'il souhaitait : ce train de propositions n'a pas manqué de faire réagir. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est dit en « total désaccord » avec les propositions du candidat. « Je vois depuis des mois et des mois que certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution. Je le dis souvent, notre Constitution est notre bien le plus précieux, prenons garde à cela », a-t-elle déclaré. S'exprimant lors de la conférence annuelle de l'European Law Institute (ELI), Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, s'est inquiété de voir apparaître des « signaux d'alerte » sur le respect de l'Etat de droit, sans citer spécifiquement les propositions du candidat. « Bruno Retailleau cherche à relancer sa campagne en polarisant et en espérant faire le débat sur ses propositions. Et il sait que les Français souhaitent plus de référendums », analyse Bernard Sananès, président d'Elabe.

Un certain embarras

Bruno Retailleau ne fait pas que susciter une vague de réactions hostiles. Il provoque aussi un certain embarras parmi les candidats de la droite et du centre, alors que la pression se fait chaque jour de plus en plus forte pour un candidat unique de cet espace politique. Mais entre Gabriel Attal et Bruno Retailleau, le cratère s'élargit de plus en plus. Au milieu, Edouard Philippe espère être la synthèse. Or l'union devra aussi se faire sur le projet. En prenant de telles positions radicales, Bruno Retailleau s'éloigne du champ traditionnel de la droite et gêne autant Gabriel Attal, le candidat Renaissance, qu'Edouard Philippe, celui d'Horizons. De plus, il n'est pas certain que ces propositions fassent consensus chez LR. « Le référendum ne peut pas être sur tous les sujets », a estimé Jean-François Copé sur BFMTV, tout en se prononçant pour une réforme de la Constitution. Je ne suis pas sûr qu'il faut changer la Constitution pour régler un problème politique.

Arnaud Péricard, porte-parole de la campagne d'Edouard Philippe

Interrogé sur la question jeudi lors de la présentation de son équipe de campagne, Gabriel Attal a préféré botter en touche, déclarant ne pas avoir lu l'interview du candidat LR dans « Le Figaro ». Son entourage précise que le candidat s'exprimera plus tard sur ces sujets. Fuite en avant ? Du côté d'Edouard Philippe, on déplore aussi ce que certains appellent la « fuite en avant » du candidat LR, notamment sur la question de « censurer la censure ». « Il joue à un jeu dangereux en mettant en cause les institutions », déplore un conseiller. « Bruno Retailleau met sur la table des sujets intéressants comme l'élargissement du champ du référendum mais on est aussi dans une phase où chacun met ses propositions sur la table, et cette compétition conduit à une forme de radicalisation. Je ne suis pas sûr qu'il faut changer la Constitution pour régler un problème politique », estime Arnaud Péricard, maire de Saint-Germain-en-Laye et porte-parole de la campagne d'Edouard Philippe. Dans « Le Figaro », Bruno Retailleau tacle ses deux concurrents et rappelle leur héritage macroniste, se posant ainsi en seul candidat de droite. « Edouard Philippe et Gabriel Attal ne tiendront pas leurs promesses sans une révision constitutionnelle courageuse, et ils le savent très bien. C'est typique du en même temps : ils semblent vouloir faire mais ils vont faire semblant », a-t-il estimé. L'ancien ministre de l'Intérieur est distancé par Edouard Philippe, qui fait un début de campagne très marqué à droite. Après avoir égrené plusieurs propositions fin août, comme la limitation de l'assurance-chômage à douze mois pour les moins de 50 ans, le maire du Havre sera en déplacement ce lundi à Alès, pour évoquer la lutte contre le narcotrafic.

Grégoire Poussielgue