Présidentielle 2027 : « Après on aura perdu et il sera trop tard »... les appels pour une primaire de la droite et du centre se font plus pressants

Les partisans d'une primaire de la droite et du centre donnent de la voix en cette rentrée. Inquiets de la perspective d'un duel au second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, ces derniers tentent de mettre la pression sur Edouard Philippe, favori des sondages dans la compétition qui l'oppose à Gabriel Attal et Bruno Retailleau, afin qu'un tel mode de départage soit mis sur pied au plus vite. Le centriste Hervé Morin est l'un d'eux. Initiateur d'une tribune signée par plus de 200 élus et publiée la semaine dernière dans « Le Figaro », le président de la région Normandie a lancé un avertissement à l'ex-Premier ministre qui est opposé à ce scrutin dont les contours demeurent flous. « Celui qui va refuser cette primaire, il va porter une lourde responsabilité face aux électeurs de sa famille politique », a-t-il prévenu, lundi, sur CNews.
Bayrou pour un vote par Internet
En l'espace de quelques jours, plusieurs autres personnalités, qui cherchent aussi à gagner en visibilité, ont défendu une telle compétition. « Sans une grande primaire ouverte à tous, la droite et le centre ne seront pas en mesure de l'emporter », a déclaré le libéral David Lisnard, maire de Cannes (Alpes-Maritimes) et candidat à l'Elysée, dans une tribune au « Monde ». « La primaire est la moins mauvaise des solutions pour rassembler la droite », a renchéri Laurent Wauquiez, patron des députés Les Républicains (LR), lors de sa rentrée politique au mont Mezenc (Haute-Loire). VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ? François Bayrou, qui s'était pourtant jusqu'ici toujours opposé à ce mode de départage, pousse de son côté pour une primaire plus large, allant de LR jusqu'aux socialistes. Dans « La Tribune dimanche », l'ex-Premier ministre a défendu « une compétition loyale » qui aboutirait à « un vote par Internet » à la fin janvier. « Ça s'appelle un premier tour de l'élection présidentielle », raille en privé Edouard Philippe. Sans appeler à une primaire dans l'immédiat, Gérard Larcher a également ouvert la porte à l'organisation d'un scrutin pour départager les différents prétendants. « Je sens que les positions bougent sur ce sujet. Nous verrons au début de l'année, ça sera mûr à ce moment. Nous avons les moyens de l'organiser en très peu de temps », a affirmé, mercredi, le président LR du Sénat dans un entretien au « Parisien ».
Primaire « sauvage »
Si certaines enquêtes d'opinion sont moins flatteuses, le passage à vide de ses concurrents à droite et au centre dans le dernier sondage Elabe conforte le candidat Horizons dans son idée de refuser toute primaire. Quand ils sont tous les trois sur la ligne de départ, Edouard Philippe est crédité de 14,5 % des voix au premier tour, soit autant que Jean-Luc Mélenchon mais loin derrière les 34 % de Marine Le Pen. Tandis que Gabriel Attal et Bruno Retailleau ne dépassent pas 6,5 % et 7 %. On voit bien que le mode de sélection par les sondages ne fonctionne pas et que chacun veut montrer ses biceps.
Franck Louvrier, maire LR de la Baule
Pour gagner du temps et tenter d'inverser la vapeur, les deux challengers se sont empressés de faire savoir qu'ils n'avaient jamais définitivement rejeté l'idée d'une primaire, se disant prêts à y participer si elle voyait le jour. « Il n'y a pas de candidat naturel ou favori », a déclaré Gabriel Attal la semaine dernière sur BFMTV, glissant au passage « qu'on ne peut pas avoir peur d'une primaire, sinon il ne faut pas se présenter à l'élection présidentielle ». « Tout le monde évoque une primaire, mais personne n'évoque la même. Une primaire, ça sert à quoi ? A accentuer les différences. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'accentuer ce qui nous rassemble », a rétorqué Edouard Philippe, lundi, en marge d'un déplacement à la foire de Châlons-en-Champagne (Marne). L'ex-Premier ministre espère qu'un rassemblement des candidats de la droite et du centre se fasse naturellement derrière lui « entre novembre et février ». Une primaire dite « sauvage », fondée sur les sondages et les ralliements pour écraser les concurrences.
« Créer une dynamique collective »
Alors que Jean-Luc Mélenchon continue sa poussée dans les enquêtes d'opinion, les promoteurs de la primaire craignent au contraire qu'aucun candidat ne se démarque assez nettement d'ici à la fin de l'année pour que les autres acceptent de se retirer. « On voit bien que le mode de sélection par les sondages ne fonctionne pas et que chacun veut montrer ses biceps. L'élection présidentielle est dans huit mois, nous avons encore le temps d'organiser une primaire pour nous rassembler. Après on aura perdu et il sera trop tard », alerte Franck Louvrier, maire LR de la Baule (Loire-Atlantique) et signataire de la tribune d'Hervé Morin. Selon l'ex-communicant de Nicolas Sarkozy, cette compétition pour désigner un candidat unique aurait en prime le mérite de « créer une dynamique collective », comme lors de la primaire de la droite en 2016. Une séquence qui avait propulsé François Fillon en tête des sondages, avant que ses déboires judiciaires ne viennent le rattraper. Reste que le périmètre d'une telle primaire est encore trop flou pour qu'elle puisse avoir une chance d'exister. Il semble en effet difficile d'imaginer Gabriel Attal accepter une primaire avec Bruno Retailleau et Sarah Knafo ou Eric Zemmour, et inversement. Quant à François Hollande, qui refuse déjà la primaire socialiste, il ne risque pas non plus de concourir avec eux.