Présidentielle 2027. « Après avoir payé son loyer, un étudiant n’a plus que 200 € pour finir le mois »
Sa vie d’étudiante n’est pas un long fleuve tranquille. L’été, Jelena Gervais travaille pour financer ses études. Le reste de l’année, elle apprend son futur métier de professeur des écoles en Master 2. Mais malgré cet emploi du temps bien chargé, elle a fait le choix d’ajouter une corde à son arc. À 23 ans, elle est présidente d’Interasso Nantes, une fédération qui rassemble une vingtaine d’associations dans le but de défendre les droits des étudiants et de les accompagner pendant leur scolarité. Elle est également élue au conseil académique de Nantes université.
« J’aimerais que les étudiants et les étudiantes ne soient plus à l’euro près »
Presse Océan : De quelle France rêvez-vous en 2032, à la fin du mandat du prochain chef de l’État ?
Jelena Gervais : « J’aimerais que les étudiants et étudiantes ne soient plus à l’euro près pour qu’ils puissent s’émanciper, vivre correctement et dignement pendant leurs études, parce qu’actuellement ce n’est pas le cas. »
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L’appauvrissement des étudiants, c’est une de vos réalités ?
« Dans notre indicateur de la rentrée, que l’on publie tous les ans début septembre, on note qu’après avoir payé son loyer, un étudiant n’a plus que 200 € pour finir le mois. Ils se nourrissent grâce à des dons. Nous bénéficions tous du repas à 1 €, c’est super, mais nous aimerions que cela se pérennise car nous nous demandons si cette mesure va être maintenue dans le projet financier de 2027. Cela revient à 46 € par mois d’économie pour un boursier. On voit la queue qui va très très loin au restaurant universitaire tous les jours. »
« Ils sont obligés d’avoir deux ou trois jobs étudiants, ils travaillent tout l’été »
Que redoutez-vous que la France soit devenue en 2032 ?
« On redoute de perdre nos droits. Tous les mois, il y a une mauvaise nouvelle qui est annoncée. Des personnes qui sont en échec scolaire à cause de raisons financières nous contactent tous les jours. Ils sont obligés d’avoir deux ou trois jobs étudiants, ils travaillent tout l’été. Pour certains concours, ce n’est pas évident de réviser, la fatigue s’accumule. On nous demande comment faire pour lutter contre ça. On a aussi peur de la montée de l’extrême droite. On voit dans beaucoup de communes des associations qui n’ont plus de subventions publiques et on a peur que cela nous arrive. »
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Quelles seraient les mesures à adopter immédiatement ?
« En 2022, Emmanuel Macron promettait la réforme des bourses, on attend toujours. Nous voudrions qu’elles ne soient plus calculées sur le foyer fiscal des parents, ce qui pénalise les étudiants. Nous souhaitons aussi stopper la privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, avec un tri en fonction du portefeuille des étudiants et de leurs familles. Les étudiants en Erasmus devraient être accompagnés dans leurs démarches pour vraiment profiter de leur expérience car nous partons du principe que s’ils comptent leurs sous et que c’est trop compliqué, cela ne sert à rien de partir ailleurs. »
« On veut essayer de conseiller les étudiants dans les démarches pour voter »
Le cas des étudiants extracommunautaires semble aussi vous toucher…
« Depuis un décret du mois de juin, ils ne peuvent plus toucher leurs APL et doivent payer des frais d’inscription seize fois plus importants que les élèves boursiers. Les universités font ce qu’elles peuvent pour exonérer, mais à un moment donné elles ne pourront plus le faire. Nous avons de la chance à Nantes université, tous les étudiants extracommunautaires ont été exonérés avant le décret. Les quelques personnes manquantes rentraient dans les quotas, mais l’année prochaine ce ne sera pas du tout le cas. Comment vont-ils faire ? Vont-ils mourir de faim ? Vivre dans un logement insalubre ? Arrêter leurs études ? »
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Le scrutin est-il un sujet de discussion dans les salles de cours ?
« À l’échelle de la faculté, c’est encore trop tôt même si cela dépend des filières. On veut donc conseiller les étudiants pour qu’ils s’occupent des démarches à faire pour voter, pour faire une procuration, se renseigner sur les listes et sur les programmes. C’est aussi notre rôle. On veut lutter contre l’abstention, car si nous ne prenons pas les décisions qui nous concernent, quelqu’un d’autre qui n’a pas vraiment la même vision que la nôtre, les prendra. Il faut faire valoir sa voix, quelle qu’elle soit. »
« On ne défend pas un parti politique mais les droits des étudiants »
Pour qui voterez-vous le 18 avril 2027 ?
« Nous n’avons pas de personne fixe et nous ne dirons jamais un nom en particulier. On ne fait pas partie d’un parti politique, mais nous ne sommes pas apolitiques car tout ce que l’on fait est lié à de la politique. Ce que l’on souhaite à Interasso Nantes, c’est un ou une candidate qui se positionne sur les sujets des étudiants, pas simplement pour faire joli sur un papier, mais parce qu’il s’engage pour l’émancipation de la jeunesse et contre le sous-financement de l’université. »