Revue de presse

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Présidentielle 2027 : à Blois, le duel Glucksmann-Faure prend forme

Les Échos · 31/08/2026 · ← revue

Par Hadrien Valat

Le moment se devait de marquer les esprits. Devant la Halle aux grains de Blois, où ont lieu les universités d'été du PS, Raphaël Glucksmann est arrivé vendredi en majesté, accueilli par un aréopage de soutiens, au premier rang desquels le président des socialistes à l'Assemblée, Boris Vallaud, qui vient d'annoncer son ralliement au leader de Place publique, la présidente de la région Occitanie Carole Delga, ou encore le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol. Des embrassades, des photos, la mise en scène d'une « équipe » qui pourrait former « l'ossature » d'un futur gouvernement, plastronne Raphaël Glucksmann. Quand un autre cortège vient fendre la foule de militants et de journalistes et interrompre les réjouissances : propulsé par ses troupes, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, s'avance pour saluer l'essayiste, dont le sourire s'est d'un coup figé. « Vous n'aurez pas de sang sur les murs », prévient le député de Seine-et-Marne devant les caméras désormais braquées sur lui. La scène plante le décor du duel attendu entre les deux hommes dans le cadre de la primaire de la famille socialiste. « En terres de Sud-Ouest, les gens se serrent la main et après, y'a match », glisse amusé Sébastien Vincini, le président du département de la Haute-Garonne.

Légitimité

Contrairement à Raphaël Glucksmann, Olivier Faure n'est pas encore officiellement candidat à la primaire coorganisée par son parti et par Place publique. Mais c'est tout comme : le flegmatique Premier secrétaire, dont l'attentisme et le goût du secret ont parfois le don d'agacer ses camarades, semble plus que jamais décidé à se lancer. « Il est légitime qu'il incarne ce qu'il a défendu depuis 8 ans, le réancrage à gauche et l'union de la gauche », soutient un lieutenant. A ce stade, Raphaël Glucksmann, qui bénéficie de sondages à deux chiffres, semble partir avec une longueur d'avance sur un Olivier Faure qui ne décolle pas dans les enquêtes d'opinion. « Entre quelqu'un qui est à 0 % et l'autre à 15 %, y'a pas match. On ne fait pas campagne pour être une candidature de témoignage mais pour gagner la présidentielle », cingle l'eurodéputé François Kalfon. « La question n'est pas de savoir si Raphaël Glucksmann va gagner, car il va gagner, mais est-ce qu'il va gagner assez confortablement pour avoir un effet booster ? », ajoute le même. « N'écoutez pas les ricaneurs, les analyses, les sondages […] Je me souviens que François Hollande a commencé à 3 % et qu'il est devenu président de la République », a contre-attaqué Olivier Faure, samedi, lors de son discours de clôture. « Rien ne se passe jamais comme prévu ! », a-t-il lancé, étrennant pour l'occasion ce qui ressemblait fort à un slogan de campagne - « la loi du plus juste ». « Si Glucksmann est pour l'instant aussi haut, c'est parce que la nature a horreur du vide », postule aussi Dieynaba Diop, députée des Yvelines. Car, comme elle, les proches du Premier secrétaire croient dans les chances de leur chef. « Olivier peut être la surprise !, s'égaie un député. Si c'était perdu d'avance, on n'irait pas ». Dans le camp Faure, on mise aussi sur le fait que la branche « légitimiste » du PS rechigne à introniser un candidat hors les murs - depuis sa création, le parti à la rose a toujours présenté une candidature maison à l'élection présidentielle. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?

« Union sacrée des démocrates »

Fidèle à sa position de « recours », en surplomb des embrouillaminis séculiers de cette primaire à laquelle il refuse de participer, François Hollande a préféré rester à bonne distance de la Halle aux grains. Il a donné rendez-vous à la presse à deux cents mètres de là, devant l'Hôtel de ville, pour distiller ses messages tout en sous-entendus. Les sept candidats interrogés jeudi lors du débat organisé par le Medef ne représentent « pas forcément l'offre finale », a-t-il déclaré. « On est à 8 mois d'une élection et on fait comme si elle allait avoir lieu demain. Mais on ne regarde pas la météo pour savoir le temps qu'il fera dans 8 mois. Et en termes de météo, je suis spécialiste », a averti, dans un sourire, l'ancien chef de l'Etat, qui table sur « un moment de vérité » en décembre, où il s'agira alors de créer une « union sacrée des démocrates » allant « au-delà des formations politiques ». Le député de Corrèze organisait dans la foulée une rencontre à huis clos avec élus et militants, histoire de « mobiliser les troupes », selon son entourage. La primaire compte aussi ses outsiders, qui espèrent bousculer les pronostics. A l'instar de Ségolène Royal, du député Jérôme Guedj ou de l'élu de l'Eure Philippe Brun. Voire de l'ex-insoumis François Ruffin, présent à Blois, et dont l'éventualité d'une candidature à la désignation du pôle socialiste - serait-ce même permis par les règles du scrutin ? - a agité les agapes.

Hadrien Valat