Pourquoi et comment dissoudre l'Assemblée nationale avant la présidentielle

Et si la dissolution était cette fois-ci la solution ? Bien sûr, ce serait pure folie, même si l'idée a circulé à l'Elysée à la fin du printemps dernier. Les dernières fois qu'un président de la République française a dissous l'Assemblée nationale, il s'est pris une veste monumentale - Jacques Chirac en 1997, Emmanuel Macron en 2024. Il faut remonter plus d'un demi-siècle dans le passé pour trouver une dissolution « réussie ». Et pourtant… cette folie serait peut-être la meilleure réplique à une autre folie. Et au-delà, une occasion historique de rééquilibrer les pouvoirs de la Ve République.
Un marché menacé d'embrasement
L'autre folie, c'est l'incapacité des députés à voter le budget. Ce n'est certes pas nouveau. Les deux derniers projets de loi de finances ont été adoptés dans la douleur et en retard. Mais il y a du nouveau ailleurs, sur le marché obligataire mondial, qui semble depuis cet été aussi menacé d'embrasement qu'une forêt landaise. Ce marché, vital pour la France qui y emprunte chaque année des centaines de milliards d'euros, est aujourd'hui sous intense pression. Le coût de l'argent flambe : le Japon doit promettre 3 % d'intérêts pour lever de l'argent à dix ans, du jamais-vu depuis trois décennies. La France doit désormais verser plus de 4 %, taux le plus élevé depuis la crise financière de 2008.
Comptes scrutés de près
Les investisseurs s'inquiètent tout à la fois de l'incurie budgétaire des Etats, des emprunts colossaux des géants du numérique pour financer leurs investissements dans l'intelligence artificielle, et de l'inflation érodant la valeur des intérêts qu'ils perçoivent. Ils scrutent donc de près les comptes de leurs débiteurs. C'est ici que le budget entre en jeu. Car c'est à travers le budget que les créanciers d'un Etat soupèsent sa santé financière. Ne pas voter le budget aujourd'hui, c'est refuser de montrer son carnet de santé lors d'un entretien d'embauche pour devenir pilote de chasse.
Dérive dangereuse du budget
Or c'est exactement ce que s'apprêtent à faire les députés français. Sur la base de calculs politiciens hasardeux relatifs à l'élection présidentielle, ils vont vraisemblablement censurer le projet de loi de finances, méprisant les alertes répétées du Premier ministre. Le budget va donc dériver dangereusement l'an prochain, amenant le déficit au voisinage des 6 % du PIB alors que la France s'est engagée à revenir à 3 % dès 2029. Le président élu en mai va dissoudre l'Assemblée dès son arrivée au pouvoir. Les nouveaux députés ne seront pas en mesure de voter une loi de finances 2027 avant fin août. Ce qui décalera fatalement le vote du budget 2028…
Sous les jupes de Mélenchon
Mais si les Français votent pour leurs députés avant l'élection présidentielle, le nouveau chef de l'Etat devra faire avec la Chambre en place. Le budget de l'année pourrait être voté avant les vacances. Des mois gagnés, précieux sur un marché obligataire en ébullition. Renouveler l'Assemblée nationale avant le scrutin présidentiel (et non les mêmes jours, comme cela avait été discuté dans l'entourage du président) aurait aussi un effet politique majeur. Les partis politiques devraient sortir plus tôt de l'ambiguïté. On verrait par exemple si le patron du PS Olivier Faure va à nouveau se réfugier sous les jupes de Mélenchon pour sauver quelques fauteuils, ou si le candidat LR Bruno Retailleau résiste à la pente de la « ciotisation » qui l'entraîne vers la droite de la droite.
Coalitions moins difficiles
Les élections législatives commanderaient l'élection présidentielle et non l'inverse. Le Palais-Bourbon reprendrait ainsi de l'ascendant sur l'Elysée. Le partage du pouvoir serait rééquilibré, comme le souhaitent de nombreux élus de tous bords. Et il serait moins difficile de former des coalitions entre des députés qui ne se définiraient plus seulement par leur soutien ou leur opposition au président. Juridiquement, rien n'empêche le chef de l'Etat de dissoudre la chambre basse en février pour orchestrer des élections législatives en mars. Politiquement, c'est bien sûr autre chose. Cette inversion du calendrier provoquerait une tempête de protestation… comme l'inversion dans l'autre sens décidée en 2001. Mais Emmanuel Macron a prouvé à maintes reprises qu'il n'aimait rien tant que bousculer le jeu. Il tient ici sa dernière chance de laisser une trace positive dans l'histoire du pays.