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Neuf propositions pour sortir du déclin : comment l'industrie veut se faire entendre des candidats à la présidentielle

Les Échos · 15/09/2026 · ← revue

Par Nathalie Silbert

Se focaliser sur la réindustrialisation. « Est-ce que c'est une bonne chose ? Je ne suis pas totalement sûr. » Les récents propos du prix Nobel d'économie Jean Tirole sur France Inter ont fait bondir Olivier Lluansi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). L'ancien conseiller industrie de François Hollande à l'Elysée et chroniqueur aux « Echos » plaide en faveur de la renaissance industrielle de la France depuis des années. Ce mardi, il présentait un manifeste pour « dessiner un chemin vers une France qui innove et produit ». Un document réalisé avec un collectif constitué de fédérations professionnelles, d'économistes, de syndicalistes - de la CFE-CGC notamment - et d'étudiants qui ont planché pendant un an sur le sujet.

Lancer une série de débats

L'objectif : mobiliser la société civile et s'assurer que l'industrie ne sera pas oubliée dans l'action publique après l'élection présidentielle de 2027. Au-delà, l'idée est de convaincre les Français de la nécessité pour le pays de passer « d'une économie fondée sur la consommation à une économie tournée vers la production » en lançant une série de débats sur des thèmes comme le rôle des territoires ou l'articulation entre planification écologique et production. « L'industrie n'est pas seulement un secteur économique, c'est un instrument indispensable à notre prospérité collective, à notre souveraineté et à notre objectif de cohésion territoriale », souligne Olivier Lluansi, rappelant au passage que c'est « un sujet consensuel » chez les candidats à l'Elysée. De fait, sur ce plan, la France est dans une « position singulière » : elle s'est davantage désindustrialisée que les autres pays. Malgré l'ambition affichée par Emmanuel Macron de réindustrialiser le territoire, la part de l'industrie dans le PIB français stagne autour de 10 %, contre 15 % en moyenne chez nos voisins européens. « Des choses ont été faites mais elles sont insuffisantes », estime l'expert. « Il y a bien eu un début de réindustrialisation mais le mouvement s'est inversé : depuis l'été 2024, le secteur manufacturier détruit des emplois », explique-t-il.

Neuf propositions concrètes

Le collectif avance donc neuf propositions concrètes pour encourager la production et sortir du déclin. Au coeur de ce programme, figure ainsi l'augmentation de la part du « made in France » de 40 à 60 % dans la commande publique, ce qui assurerait un surcroît de chiffre d'affaires de 15 milliards d'euros aux entreprises tricolores. Ou encore la création d'un livret Industrie pour attirer l'épargne des Français. Le collectif propose aussi de sanctuariser du foncier pour l'industrie, de garantir un prix compétitif de l'électricité, et de développer la formation pour pallier les 60.000 emplois vacants dans cette branche. A cela s'ajoute l'objectif d'atteindre l'objectif de 3 % du PIB consacré à la R&D. Le pilotage de cette politique industrielle pourrait être confié à une délégation interministérielle placée sous l'autorité du Premier ministre, indique le manifeste. « Ces mesures ne rencontrent pas d'opposition politique », souligne Olivier Lluansi tout en reconnaissant qu'« elles ne sont pas pour autant faciles à mettre en oeuvre ». Régulièrement évoquées, la hausse de la part du « made in France » dans la commande publique et la création du Livret industrie sont ainsi restées des voeux pieux pour le moment. « Sur la commande publique, Bercy est en train d'évoluer », assure néanmoins l'expert. Selon lui, l'absence de marge de manoeuvre budgétaire ne peut pas justifier de ne rien faire car « deux tiers des mesures proposées peuvent être mises en oeuvre sans budget supplémentaire ». Mais, convient-il, l'Europe a aussi un rôle clé à jouer notamment pour protéger les consommateurs face au rouleau compresseur chinois.

Nathalie Silbert