Match Lula-Bolsonaro : les trois Etats à suivre pour l'élection présidentielle au Brésil

Par Virginie Jacoberger-Lavoué
C'est un scrutin sur le fil qui se profile au Brésil. Dans ce pays de 213 millions d'habitants (158 millions d'électeurs), il paraît encore plus serré qu'en 2022. Ce fut alors un écart de moins de 50.000 voix qui permit à Lula da Silva d'être victorieux dans l'Etat du Minais Gerais, un des « swing states » brésiliens. Depuis que le Brésil est une démocratie, chaque candidat victorieux dans le Minas Gerais a remporté la présidentielle. Cet Etat, historiquement la terre des chercheurs d'or, est ainsi clé. Le rôle du Minas Gerais sera déterminant dimanche alors que les deux candidats, le président sortant Lula, figure de la gauche, et Flavio Bolsonaro, fils aîné de Jair, ex-président d'extrême droite, sont au coude-à-coude dans les sondages après un premier tour qui a placé le candidat de la droite en tête. Le Minas Gerais « est le meilleur indicateur du pays », indique l'expert Thiago de Aragao, PDG d'Arko International. Il s'agit du second collège électoral, un Etat qui cumule production (sidérurgie, agriculture…) et richesse du sol (terres rares), mais où l'on observe de fortes inégalités. A l'échelle du pays, les sondages se sont resserrés entre les deux candidats, avec encore un léger avantage pour Bolsonaro (46,5 % contre 45,9 % pour Lula selon un sondage Nexus). « Le Minas » penche à droite (52,7 % en faveur de Flavio Bolsonaro). Votera-t-il dimanche en faveur du fils de l'ex-président condamné à 27 ans de prison après avoir été reconnu coupable d'avoir planifié un complot pour se maintenir au pouvoir malgré sa défaite électorale ? Dans un pays fortement polarisé, fracturé, la présidentielle relève aussi du concours d'impopularité. « Les deux candidats sont rejetés à des niveaux jamais atteints », souligne un politologue de la Fondation Getulio Vargas (FGV). La victoire se jouera « dans un mouchoir de poche », reconnaît un conseiller du gouvernement. Et il faudra ramener aux urnes les abstentionnistes du premier tour.
Le basculement des Etats clés
Trois Etats sont particulièrement observés par les analystes, parmi les plus peuplés et les plus riches : Minas Gerais, Rio de Janeiro et Sao Paulo, souvent considérés comme des « swing states » à l'américaine. L'Etat de Rio de Janeiro (8,2 % de l'électorat) illustre les fractures brésiliennes : la ville la plus touristique du Brésil est localisée dans un Etat marqué par les inégalités, la violence des gangs et des milices. Flavio Bolsonaro y est favori, avec environ 57,1 % des intentions de vote. Le vote des évangéliques, environ 26,9 % de la population à l'échelle nationale, pourrait faire basculer un scrutin serré en faveur des ultraconservateurs, notamment à Rio. L'Etat de Sao Paulo représente quant à lui 21,48 % des électeurs. La mégalopole et sa périphérie assurent 22 % du PIB. Flavio Bolsonaro y est en tête, avec 57,5 % des intentions de vote contre 42,5 % en faveur de Lula, selon la projection de l'organisme Millénaire. « La droite y est vraiment forte », souligne Thiago de Aragao (ArkoAdvice). « S'il tient Sao Paulo, Rio et le Minas Gerais, Flavio Bolsonaro gagne », complète William Thay, président du think tank du Millénaire. « Lula ne peut l'emporter qu'en renversant le Minas Gerais et en triomphant dans le Nordeste », poursuit-il. Le Nordeste représente plus d'un quart de l'électorat (27,42 %). Cette région pauvre et bastion de la gauche compte l'Etat de Bahia (7,1 % des électeurs) et celui de Pernambuco (4,55 %), dont est originaire Lula. Datafolha y place Lula largement en tête (61 % des intentions de vote). Selon Thiago de Aragao, c'est dans le Nord-Est que Flavio Bolsonaro aura le plus de mal à progresser. Lula y mène largement auprès de l'électorat féminin et parmi les électeurs à faibles revenus. La réserve de voix des autres candidats (7,8 % au premier tour) est favorable à Flavio Bolsonaro alors que celle des abstentionnistes et des votes blancs devrait profiter à Lula, observe le politologue Thomas Trautmann.