Lula et Bolsonaro au coude-à-coude : le Brésil retient son souffle à la veille du second tour de la présidentielle

Par Thierry Ogier
L'espoir renaît dans le camp de Lula à la veille du scrutin décisif de dimanche. Quelque peu sonnée par les résultats frustrants du premier tour, la gauche brésilienne estime que l'ancien président est en mesure de refaire son handicap de 1,8 point enregistré au premier tour et de l'emporter dans la dernière ligne droite face à Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro. Les sondages placent de nouveau les deux candidats au coude-à-coude, alors que les quatre « petits » candidats de droite éliminés au premier tour ont officiellement appelé à voter Bolsonaro dimanche. Cela montre que le report des voix ne sera pas automatique. Jeudi, une enquête d'opinion Datafolha attribuait 50 % d'intentions de vote à chacun des deux candidats, avant le dernier débat télévisé houleux qui s'est déroulé vendredi soir.
Stratégie musclée sur les réseaux sociaux
Entre les deux tours, la campagne de Lula, quelque peu maladroite au départ, a repris de la vigueur. Au-delà des meetings traditionnels aux quatre coins du Brésil, la stratégie orchestrée sur le terrain des réseaux sociaux a été considérablement musclée. Un député activiste allié au président sortant a ainsi mobilisé sur WhatsApp l'« armée de Lula », forte d'une dizaine de millions d'abonnés, pour faire face à la « troupe de Flavio » dont les effectifs seraient bien inférieurs. « Ça ne sera pas évident, ça ne sera pas facile, mais il y a une chance potentielle qui est considérable », affirme un militant à São Paulo. Lula a également fait le forcing en matière de politique sociale. Il est parvenu à faire approuver in extremis la semaine des 40 heures par le Congrès entre les deux tours. La mesure est si populaire que même Flavio Bolsonaro, qui détient un mandat de sénateur, a finalement voté en faveur de cette mesure, en dépit de ses critiques initiales. Lula a également promis la gratuité des transports en commun le week-end.
Promesses difficilement tenables
Pris à contre-pied par les nombreuses mesures au caractère électoral annoncées par Lula pendant la campagne, comme l'augmentation des allocations pour les 19 millions de familles les plus pauvres ou un programme de désendettement des ménages, le candidat de l'opposition a pratiqué la surenchère en promettant des mesures encore plus généreuses, en apparente contradiction avec son programme de rigueur et sa volonté affichée de s'attaquer au problème de la dette. « Dans ce cas, il lui sera plus difficile d'atteindre ses objectifs économiques, à moins qu'il y ait tromperie sur la marchandise et qu'il affirme durant la campagne électorale le contraire de ce qu'il va faire dans la pratique », estime Nelson Marconi, professeur d'économie à la Fondation Getulio Vargas, une école de commerce à Sao Paulo. Flavio Bolsonaro a promis au passage de créer un « ministère de la prospérité » tout en réduisant les dépenses publiques de quelque 40 milliards d'euros en s'attaquant à la corruption, sans trop détailler ces mesures. « On nage en pleine démagogie, affirme de son côté Monica de Bolle, chercheuse brésilienne à l'Institut Peterson d'économie internationale. C'est typique du pire populisme en Amérique latine. » Avantage Flavio ? De son côté, le quadragénaire Flavio Bolsonaro entend profiter de son avance du premier tour et d'une campagne vigoureuse. Alors que les accusations de corruption fusent de part et d'autre, il insiste sur les thèmes de la vie quotidienne qui font mouche au sein de la classe moyenne, comme la lutte contre l'insécurité ou la baisse du pouvoir d'achat. Il promet d'appliquer la manière forte contre les narcoterroristes qui se sont emparés du contrôle de nombreuses favelas, éventuellement avec l'aide de Donald Trump, et fustige le « laxisme » de Lula envers les criminels. Le président sortant a par ailleurs commis de nombreuses maladresses durant la campagne électorale, comme lorsqu'il a comparé son adversaire à un « vaurien typique de Rio ». Reste à savoir si la population de la ville, qui penche traditionnellement à droite, lui en voudra. Agé de 81 ans et au terme de son troisième mandat, il est aussi victime de l'usure du pouvoir. Mais d'autres tendances lui paraissent plus favorables. Un sondage de l'Institut Quaest a ainsi détecté que « la peur du retour de la famille Bolsonaro au pouvoir » (44 %) était plus forte que celle de la réélection de Lula (42 %). Le taux de rejet du candidat de l'opposition (52 %) est également plus élevé que celui du président sortant (47 %, en baisse de six points en une semaine). Le suspense devrait ainsi continuer jusqu'au bout, alors que les deux candidats sont dans un mouchoir de poche.