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Loyers encadrés, réquisitions, subventions : Jean-Luc Mélenchon dévoile à son tour ses propositions pour le logement

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Par Elsa Dicharry

« Il y a eu, pendant plus de dix ans, l'idée que le logement était un marché et seulement un marché […]. Le résultat a été une maltraitance sociale généralisée », a estimé ce lundi Jean-Luc Mélenchon, invité à s'exprimer sur la crise du logement à l'occasion du salon Batimat réunissant, à Paris, les professionnels du bâtiment. A l'appui de ses propos, le candidat La France insoumise à l'élection présidentielle de 2027 a cité les 2,9 millions de ménages en attente d'un HLM, les 350.000 personnes à la rue et les « millions de personnes qui aimeraient accéder à la propriété mais ne le peuvent plus ».

Encadrer le coût du foncier

Quelles solutions pour sortir de l'ornière ? Jean-Luc Mélenchon a dressé de grands axes. Ceci en évitant toute référence aux propositions de Marine Le Pen, la candidate Rassemblement national, qui a choisi de placer d'emblée le logement au coeur de sa campagne et était appelée à s'exprimer avant lui, suivie de l'ex-Premier ministre Gabriel Attal. Sur la question du financement, il a assuré que « de l'argent, il y en a en tas, en piles, en montagnes, en icebergs ». Sachant que ses propositions induisent une dépense annuelle supplémentaire de 12 milliards d'euros pour l'Etat dans l'immobilier et le bâtiment, complétés par plus de 35 milliards provenant principalement d'un « pôle public bancaire », sur le modèle de la Caisse des dépôts. Le candidat LFI souhaite tout d'abord relancer la production et vise 400.000 nouveaux logements abordables par an pendant cinq ans, grâce à « une planification pluriannuelle et territorialisée ». Un objectif identique à celui fixé - sans succès - par le gouvernement actuel, qui se heurte aux difficultés des promoteurs immobiliers, aux réticences de certains maires à accorder des permis de construire, à la hausse des taux d'intérêt d'emprunt immobilier et à celle du coût des matières premières et à la cherté des terrains. Sur ce total, LFI vise 200.000 logements sociaux, sachant que la production actuelle est moitié moindre. « Il faut encadrer le coût du foncier, mettre en place une aide aux maires bâtisseurs et octroyer de nouvelles subventions aux bailleurs sociaux », énumère François Piquemal, député LFI et conseiller de Jean-Luc Mélenchon. Une hausse de la PEEC, la participation des employeurs à l'effort de construction, est également envisagée.

« Accession à la propriété non spéculative »

Au passage, le parti de gauche radicale estime qu'abroger, comme le propose Marine Le Pen, la loi SRU, qui impose à quelque 2.000 communes de disposer de 20 % à 25 % de logements sociaux au sein de leur parc de résidences principales, serait « irresponsable ». Il propose même de passer à un quota de 30 %. Outre la construction de logements neufs, l'objectif des 400.000 unités par an serait tenu grâce à la transformation de bureaux vides en logements et à la réquisition - après inventaire - d'une partie des logements vacants. Conscient du désir profond d'un certain nombre de ménages à devenir propriétaires, LFI entend par ailleurs encourager une « accession à la propriété non spéculative ». Son candidat veut développer le mécanisme du « bail réel solidaire », qui permet de proposer des appartements à moindre prix grâce à une dissociation de la propriété du bâti et de celle du foncier. Un mécanisme largement plébiscité, mais qui reste encore marginal dans la production de logements en France. Du côté des locataires, les Insoumis promeuvent « un encadrement des loyers à la baisse, minorés de 20 % dans les zones tendues », explique François Piquemal. De quoi, aussi, convaincre certains propriétaires de remettre des biens sur le marché et « déconcentrer la propriété des logements ». Aujourd'hui, rappelle LFI, 3,5 % des ménages sont propriétaires d'au moins cinq logements et détiennent 50 % des logements en location.

Zéro reste à charge pour les ménages modestes

Jean-Luc Mélenchon se fixe un autre objectif très ambitieux : la rénovation énergétique de 700.000 logements par an. Cela nécessitera, admet-il, de former en masse des professionnels qualifiés. L'aide MaPrimeRénov' serait conservée mais révisée et verrait la subvention de l'Etat passer de 3,5 à 4,7 milliards d'euros par an. Ensuite, a déclaré le leader de LFI devant les professionnels du BTP, « nous sommes d'accord, il ne faudra pas changer les règles tous les trois ans. Il faut de la lisibilité, de la visibilité et de la stabilité ». L'idée est d'arriver à un zéro reste à charge sur le coût des travaux de rénovation pour les ménages modestes, les aides octroyées étant ensuite dégressives en fonction des revenus. Mais les fameux ménages multipropriétaires seraient exclus du dispositif d'aides : « Il ne s'agit pas qu'ils accroissent leur patrimoine avec de l'argent public, mais ils pourraient bénéficier de prêts bancaires », poursuit le conseiller. LFI prévoit aussi un plan d'urgence pour préparer le prochain été et adapter les logements aux fortes chaleurs. Les bailleurs sociaux et privés seront invités à identifier les habitats les plus à risque et à y installer stores, volets ou autres brasseurs d'air avant une nouvelle canicule.

Elsa Dicharry