Le RN fait bloc après les accusations d'écrits antisémites de Jordan Bardella

Par Anne Feitz
Circulez, il n'y a rien à voir. Le Rassemblement national tente, tant bien que mal, de reprendre le cours de la campagne présidentielle après les accusations d'écrits antisémites attribués à son président, Jordan Bardella, publiées par Mediapart lundi. « C'est la campagne, on ne s'attendait pas à ce qu'elle soit lisse… », balaie un proche de Marine le Pen. « Ce n'est sans doute pas fini… Mais ça ne marche plus, les gens s'en foutent de toutes ces polémiques », abonde un autre. Au lendemain de la publication de l'article de Mediapart, le parti d'extrême droite n'en a pas moins dû réagir tous azimuts face à un soupçon d'antisémitisme qu'il croyait enterré après quinze ans de dédiabolisation.
Contre-attaquer en parlant fort
Ne serait-ce que parce que l'ensemble de la classe politique a saisi l'occasion pour attaquer un parti « fondé par des antisémites fanatiques et des racistes revendiqués » (Raphaël Glusckmann), pour qui « l'antisémitisme n'est pas un accident de parcours » (Jean-Noël Barrot) et même réclamer la démission de Jordan Bardella (Marine Tondelier). De quoi susciter une riposte. « Cette affaire n'aura pas d'impact pour le premier tour, mais elle peut instiller le doute et en avoir pour le second », reconnaît de son côté un autre lieutenant du parti. « Il ne faut pas attendre que ça passe, mais contre-attaquer en parlant fort ». Après les vives dénégations de Jordan Bardella, qui avait répété, dès lundi soir sur CNews, n'avoir jamais ni tenu ni même pensé les propos qui lui sont prêtés, et l'annonce du dépôt d'une plainte contre le site d'investigation, les cadres du RN sont montés au créneau en bloc ce mardi. « Un coup monté », « une manipulation », « un faux grossier », ont ainsi assuré les députés Thomas Ménagé, Sébastien Chenu, Sébastien Chenu ou Jean-Philippe Tanguy sur les plateaux, reprenant l'accusation de « barbouzerie » montée pour déstabiliser la campagne, formulée par Jordan Bardella dès lundi. Ce mardi, il a encore dénoncé une « tentative d'assassinat politique pour tuer sa carrière ».
Mode combat
A l'Assemblée nationale, la réunion de groupe du mardi, qui devait cette semaine célébrer l'arrivée d'un nouveau groupe RN au Sénat, a elle aussi été bousculée, s'ouvrant exceptionnellement aux caméras pendant quelques minutes. Histoire d'afficher l'unité des dirigeants du parti face à l'adversité. Histoire, aussi de déclarer une guerre ouverte à Mediapart. Réaffirmant sa « confiance absolue » en celui qu'elle a désigné comme son futur Premier ministre, Marine Le Pen est apparue en mode combat. « Nous avons enfilé nos costumes en Kevlar, parce que là, c'est du lourd qui tombe », a-t-elle démarré, promettant de « contre-attaquer » et de démontrer la « véritable nature de Mediapart », un média « militant, d'extrême gauche », a-t-elle accusé, qui va devoir lui aussi « enfiler son costard en Kevlar ». Certes en mode combat ce mardi, Marine Le Pen était pourtant parue prise de court et très agacée lundi, interrogée en plein salon Bâtimat sur les informations tout juste publiées par Médiapart. « Elle savait que quelque chose allait sortir, mais pas le contenu précis », assure un député. Bref, de quoi laisser entendre que Jordan Bardella, interrogé par Mediapart dimanche après-midi, ne lui avait pas informé de la nature du sujet.
Mediapart prêt à publier des preuves
En coulisses, les cadres et élus interrogés jurent ne pas pouvoir imaginer que Jordan Bardella ait tenu les propos cités. Et ce même si, comme l'a rappelé l'historienne Valérie Igounet ce mardi sur France Inter, il y avait dans les fédérations du FN fréquentées par Jordan Bardella en 2012 ou 2013, « des personnes très attirées par la complosphère et notamment par [l'essayiste antisémite] Alain Soral ». Les journalistes de Mediapart, qui fustigent « la violence sidérante de l'extrême droite », se disent, eux, prêts à publier des preuves. « Evidemment que si on continue d'être mis en cause sur le sérieux de notre travail, on authentifiera et on publiera les documents », a promis l'un d'eux, Antton Rouget, sur RMC ce mardi. La sortie de crise n'est pas pour tout de suite au RN.