Revue de presse

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« Le maître mot de la campagne présidentielle est le déni total de réalité » : l'inquiétant silence des candidats sur le désendettement

Les Échos · 29/09/2026 · ← revue

Par Sébastien Dumoulin, Stéphane Loignon

L'élection présidentielle de 2027 ressemble jusqu'à présent… à une course d'autruches. Sur le sujet des finances publiques, tous les candidats ont la tête dans le sable. Certes, le redressement des comptes est sur toutes lèvres, alors que le déficit public va une nouvelle fois déraper en 2026et que la flambée des taux d'intérêt menace de rendre la dette tricolore insoutenable. Mais « aucun programme ne présente aujourd'hui de trajectoire intégralement chiffrée jusqu'au retour sous les 3 % de déficit prévus par les traités européens », souligne une note de synthèse publiée par France Positive, un laboratoire d'idées fondé par l'écrivain et essayiste Jacques Attali (chroniqueur aux « Echos »).

« Déni de réalité »

Cette note revient, pour chaque parti, sur les principales mesures déjà mises dans le débat et l'objectif affiché ou non en matière de trajectoire financière. Et le constat est brutal. « Tous les partis confondus n'ont que des orientations vagues et floues, qui ne vont pas au-delà d'un an ou deux. Aucun ne détaille d'économies significatives », regrette Jacques Attali. « Le maître mot de la campagne est le déni total de réalité », tranche l'ancien conseiller de François Mitterrand. A gauche, le redressement repose surtout sur des hausses d'impôts. Mais le rendement incertain de certaines mesures, comme la taxe Zucman (entre 5 et 25 milliards d'euros selon les économistes), rend ces programmes fragiles en plus d'être insuffisants au regard de l'effort à consentir, estime la note. Au centre et à droite, la volonté de couper dans les dépenses est au contraire affichée, mais l'imprécision des mesures nuit à la crédibilité des objectifs - et les baisses d'impôts promises en parallèle pour relancer la croissance ne sont pas financées.

Un consensus transpartisan

Ce peu d'empressement des candidats à documenter leur trajectoire de redressement des comptes contraste avec le consensus qui semble se dégager dans la classe politique sur l'ampleur de la consolidation à venir. « La nécessité d'un ajustement budgétaire de 126 milliards en cinq ans est une donnée qui s'impose à tout le monde », a par exemple avalisé le président (LFI) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel, à l'occasion de l'audition jeudi dernier de deux des auteurs du rapport sur la transparence des finances publiques remis au gouvernement en juillet dernier, les économistes Xavier Ragot et Jean-Luc Tavernier. Ce dernier, ex-patron de l'Insee, a d'ailleurs précisé que l'ampleur de la dégradation du déficit en 2026 ferait sans doute remonter l'addition autour de 140 milliards d'euros - sans qu'aucun des élus de la commission ne conteste ce montant. Les seules remarques ont concerné les moyens de comprimer le déficit - certains voulant tailler dans les dépenses publiques et d'autres jugeant que la question était essentiellement celle des recettes.

L'inconnue du budget 2027

Mais dans les équipes de campagne, ces 140 milliards ne sont encore nulle part. Le rapporteur général (LR) de la commission des Finances, Philippe Juvin, n'a pour l'heure reçu aucune réponse à son courrier demandant à l'ensemble des candidats déclarés des précisions chiffrées sur leurs ambitions budgétaires pour le quinquennat. « Je ne perçois pas de prise en compte de la gravité de la situation », s'inquiète le député. « Certains la sous-estiment, mais plus souvent ils craignent d'effrayer les électeurs avec le mur de mesures qu'il faudrait prendre », poursuit-il. La situation pourrait toutefois se décanter dans les prochaines semaines. Chez Horizons par exemple, la mesure clé concernant la réforme des retraites doit être détaillée très prochainement. Et au Rassemblement national, on promet d'ici au 6 octobre un contre-budget pour 2027 et une stratégie pluriannuelle sur cinq ans. « Peut-être faut-il attendre l'examen du budget 2027 pour que les candidats se positionnent précisément. Ce n'est pas illégitime, car l'ampleur de l'effort à fournir sur le quinquennat dépendra en partie de celui que nous voterons pour l'an prochain », reconnaît Philippe Juvin, tout en prévenant : « Celui qui ne mettra pas de plan sur la table ne pourra pas réussir. Quand vous allez voir votre banquier et que vous êtes fauché, il faut un plan, c'est-à-dire un objectif et une méthode. » De son côté, Jacques Attali appelle les candidats à sortir du bois sans attendre. « Si on ne mène pas une politique très sérieuse, on va aller directement au Fonds monétaire international. Il faut sonner le tocsin, en sachant que ceux qui le feront seront impopulaires dans un premier temps. Mais les Français sont des adultes et remercieront ceux qui leur auront dit la vérité », considère l'essayiste.

Stéphane Loignon et Sébastien Dumoulin