« La taxation des plus riches est vitale » : ce collectif signe un manifeste pour atteindre le plein emploi en 2040
Ils n’ont pas attendu les candidats à la présidentielle 2027 pour présenter leur programme. Forts de leur expérience de terrain auprès des publics vulnérables en quête d’insertion professionnelle, une douzaine de membres actifs de l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) ont collaboré pendant près de deux ans avec Thomas Gaudin, économiste au sein de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), pour dessiner un futur désirable répondant aux enjeux de justice sociale, fiscale et écologique à l’horizon 2040. Un Manifeste engagé et illustré, à présent entre vos mains 💚 👉 Après 2 ans de travail collectif, nous sommes heureux de publier aujourd’hui « Le Manifeste pour l’avènement d’une société du plein #emploi durable », avec l’appui méthodologique de l’ADEME : lnkd.in/ex2GKcSJ #PleinEmploi #ImpactSocial — SNC - Solidarités nouvelles face au chômage (@associationsnc.bsky.social) 5 juin 2026 à 10:38
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Illustré par les coups de crayon de Camille Ulrich déroulant une histoire dans un village fictif des Deux-Sèvres, le Manifeste pour l’avènement d’une société du plein emploi durable brille par ses propositions ancrées dans le réel au service de l’intérêt commun et du vivant. Le Niortais François Quintreau en est une des plumes et un des porte-voix. Particulièrement investi, il revient sur ce travail prospectif et citoyen destiné à nourrir le débat avant l’échéance du printemps prochain.
« Notre modèle actuel nous amène au point de rupture »
Le calendrier électoral a-t-il motivé l’écriture de ce document de 70 pages ? François Quintreau. « Cette perspective a pesé évidemment car nous sommes à un moment clef. Elle offre l’opportunité de lui donner une résonance supplémentaire mais cela ne dépendra pas que de nous. Ce projet de société, qui s’étend bien au-delà d’un mandat présidentiel, a surtout vu le jour parce que nous avons des réflexions à partager au regard de notre vécu et des formes d’accompagnement mises en œuvre à l’échelle de nos territoires respectifs. Nous sommes légitimes à apporter notre contribution compte tenu des personnes que nous épaulons et des solutions concrètes que nous avançons pour les sortir du chômage aux côtés d’autres acteurs. C’est cette boussole de l’emploi qui nous a guidés et que l’on a reliée aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux pour définir une utopie réaliste. » Ou comment passer d’une économie prédatrice à une économie réparatrice selon vos mots... « C’est exactement cela. La première est celle qui régit notre société aujourd’hui reposant sur la dérégulation, la privatisation des gains, la concentration des richesses dans les mains d’une minorité, le dérèglement climatique, la précarisation du marché du travail… En nourrissant les inégalités, le mal-être, le repli sur soi, l’éco-anxiété, la destruction du vivant, ce modèle nous amène au point de rupture et à la résurgence du fascisme. Il faut changer les règles du jeu et en finir avec la dictature des indicateurs de course à la croissance qui nous mènent dans le mur. La priorité, c’est un engagement historique et d’ampleur en faveur de la transition écologique portée à la fois par l’État via différents fonds (Barnier, Vert, agences de l’eau…) et le privé à travers des aides publiques conditionnées par exemple. Cette réorientation significative générera des emplois nouveaux et solidaires, des liens sociaux, du sens retrouvé dans nos modes de vie et de consommation, une meilleure adaptation aux catastrophes naturelles, un vrai plan de modernisation des bâtiments publics, une résilience de notre modèle agricole, une diminution des pollutions et donc des dépenses de santé… Nous chiffrons toutes ces incidences positives et vertueuses. C’est robuste, cohérent, éprouvé. »
« La contribution des plus riches est une nécessité »
Vous prônez notamment une réforme fiscale sur les hauts revenus et patrimoines dans l’esprit d’une taxe Zucman ? « Oui. La contribution des plus riches est une nécessité, l’enjeu est vital. Ce qu’on propose, c’est une taxation à partir de 2 millions d’euros de patrimoine. Pour qu’elle soit davantage « acceptée » par les concernés, on y adosse un dispositif d’optimisation fiscale qui bénéficierait au tissu associatif. Ce sont quinze milliards d’euros supplémentaires qui seraient injectés par an dans le système et permettraient de donner de l’air et du gaz à des structures engagées dans le réemploi, l’alimentation durable et solidaire, l’insertion… On a dans le bassin niortais de nombreux exemples comme la ressourcerie Bazar Etc, l’épicerie Le cabas solidaire ou Nature solidaire qui, à leur niveau, font un travail exemplaire dans l’intérêt collectif. Il faut encourager ces initiatives. » Pourquoi votre proposition serait-elle reprise par les candidats alors que les députés ont voté en majorité contre la taxe Zucman en octobre 2025 ? « D’après un sondage Ifop, 86 % des Français de diverses sensibilités politiques sont pour cette réforme [sondage commandé par le PS en septembre 2025, N.D.L.R.]. On est pleinement en phase avec les attentes de la société. Et il ne faudrait pas que la colère et l’incompréhension des citoyens servent l’extrême droite dont les votes au Parlement ne font que préserver les ultra-riches et les injustices qui nous divisent. Nous sommes apartisans mais clairement, le projet que nous portons est à l’inverse de celui défendu par ce camp. »
« Mettre du liant, de l’espoir, de l’humain »
N’y a-t-il pas un décalage entre la connexion des bénévoles de SNC et la déconnexion d’une partie de la classe politique ? « L’épisode des Gilets jaunes, l’échec de la convention citoyenne pour le climat ou encore l’adoption récente de certaines lois régressives comme celle dite d’urgence agricole révèlent un côté hors sol, du déni et des lignes de fracture. Notre rôle à nous est justement de mettre du liant, de l’écoute, de la coopération, de l’humain et de l’espoir dans nos soutiens au quotidien. Ce sont tous ces ingrédients que nous avons mis dans ce Manifeste pour redonner un élan collectif et un horizon à rebours des discours fatalistes. C’est une main tendue aux candidats. On espère qu’ils la saisiront. »
Soumis aux syndicats et aux dirigeants
En attendant que d’éventuelles figures politiques s’en emparent, le Manifeste a déjà été soumis à de nombreuses organisations afin de valider la solidité de son contenu et les zones de consensus. Le monde mutualiste dont est issu François Quintreau (Aema, Macif, Maif), associatif (ATD Quart Monde, Emmaüs…), syndical (CFDT, CFTC), des représentants des Société coopératives, des banques comme le Crédit Mutuel, des entreprises comme La Poste, le Medef, le ministère de la Transition écologique, le Shift Project incarné par Jean-Marc Jancovici, ou encore, le mouvement Impact France qui fédère les entreprises engagées dans la transition écologique ont déjà réagi à ces travaux. Cette confrontation extrêmement large vient appuyer la qualité de notre démarche et valider sa pertinence , se réjouit le Niortais déterminé à élargir le cercle dans les prochaines semaines.