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« La France doit arrêter de vivre à crédit » : la lettre de Gabriel Attal pour alerter les Français

Les Échos · 14/10/2026 · ← revue

Difficile de se faire entendre dans la période budgétaire, et sans doute encore plus difficile de faire passer une lueur d'espoir quand tous les indicateurs sont au rouge. Alors que le gouvernement a entamé à l'Assemblée nationale une discussion budgétaire en forme de marathon à l'issue incertaine, alors que la dégradation des comptes publics place la France au pied du mur, les candidats à la présidentielle essaient de s'emparer du sujet avec la double contrainte de n'effrayer ni leurs électeurs ni les créanciers de la France. Une gageure. Tous font le constat qu'il faudra redresser les finances publiques. Ce mercredi, Jean-Luc Mélenchon a fait ses propositions. Lundi dernier, c'était le tour de Bruno Retailleau avec près de 200 milliards d'euros d'économies à la clé et encore avant c'était Marine Le Pen avec ses 140 milliards d'euros d'économies d'ici 2032 qui ont guère convaincu les économistes et les chefs d'entreprise.

Une « fracture générationnelle »

Gabriel Attal a choisi le format d'une lettre aux Français - qui sera distribuée à 600.000 exemplaires - pour rappeler ses propositions en matière budgétaire et en faire de nouvelles. Elle sera diffusée ce jeudi. « Je mets le sujet au coeur de ma campagne présidentielle car il est vital. Il faut qu'on arrête de vivre à crédit et de dilapider l'argent de nos enfants et petits-enfants », précise aux « Echos » le candidat Renaissance qui craint une « fracture générationnelle ». Dans cette lettre, Gabriel Attal dresse un constat sans fard de la situation actuelle : 300 milliards de dette publique en plus depuis la dissolution, une charge de la dette qui va atteindre 91 milliards l'année prochaine… Une critique sans concession du bilan d'Emmanuel Macron de la part de celui qui veut incarner le sérieux et n'oublie jamais de rappeler que pendant son bref séjour à Matignon (entre janvier et août 2024), il a freiné les dépenses de l'Etat.

« Frein d'urgence » de 20 milliards

Le débat budgétaire qui s'ouvre ne rassure en rien le candidat. « Je suis inquiet car la dégradation des finances publiques est très forte. Il y a une perte de confiance dans la signature de la France », estime-t-il. Comme Edouard Philippe, la faiblesse de Gabriel Attal, ministre entre 2018 et 2024 puis Premier ministre - est qu'il doit aussi porter sa part d'héritage d'Emmanuel Macron. Tous les candidats hors bloc central tirent à boulets rouges sur le bilan du président sortant en la matière. Pour reprendre le contrôle des finances publiques, le candidat Renaissance propose un « frein d'urgence » de 20 milliards d'euros dès l'année prochaine et un plan d'économie de 150 milliards - dont deux tiers sur la sphère sociale - sur la durée du quinquennat. Les objectifs sont ambitieux. « Des comptes de la Sécurité sociale à l'équilibre en trois ans, un déficit public sous les 3 % de notre richesse nationale avant 2032, puis l'équilibre budgétaire d'ici 2037. D'autres pays y sont arrivés. Nous pouvons le faire », écrit-il aux Français.

« Double règle d'or »

Gabriel Attal propose aussi une « double règle d'or » : la première stipule que, d'ici à dix ans, tout budget devra être voté à l'équilibre. La seconde veut que pour chaque euro dépensé pour le fonctionnement de l'Etat, un autre euro devra l'être « pour l'avenir », c'est-à-dire l'éducation ou d'autres investissements. Une façon pour le candidat, en difficulté dans les sondages, de se poser en candidat du sérieux des finances publiques tout en donnant, espère-t-il, une perspective. Je veux mettre en place de vraies réformes structurelles, pas uniquement des coups de rabot, sinon on ne pourra pas embarquer les Français

Gabriel ATTAL, candidat à la présidentielle

« J'ai une stratégie différente par rapport aux autres candidats. Je veux mettre en place de vraies réformes structurelles, pas uniquement des coups de rabot, sinon on ne pourra pas embarquer les Français », plaide auprès des « Echos » Gabriel Attal. Il propose ainsi un nouveau système de retraites, avec la disparition de l'âge légal. Entre Edouard Philippe et Gabriel Attal, la question des retraites constitue un vrai sujet de divergences. Il n'empêche, l'élu des Hauts-de-Seine y va aussi de ses coups de rabot, proposant notamment la suppression de 100.000 postes de fonctionnaires. La réorganisation de l'Etat et des collectivités locales doit permettre d'économiser 7 milliards d'euros, estime-t-il. Samedi dernier, Gabriel Attal a organisé à Lyon un meeting devant 2.000 personnes avec un discours consacré à la jeunesse. Mais c'est Jean-Luc Mélenchon, qui a réuni 10.000 de ses partisans le lendemain à Clermont-Ferrand, qui, pour l'instant, est le candidat favori des jeunes. Derrière ses propositions l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron tente de tirer le fil rouge de ses propositions à la jeunesse.

Grégoire Poussielgue