L'histoire inédite d'une présidentielle de rue

Par Cécile Cornudet
Depuis le début du conflit lycéen, Emmanuel Macron s'interroge tout haut. Pourquoi la colère ne se traduit-elle pas en débat présidentiel, comme cela s'est toujours fait à six mois d'une élection ? Pourquoi la colère se tourne-t-elle vers un pouvoir finissant dont on ne peut pas attendre de mesures structurantes ? Depuis sa rencontre avec des lycéens vendredi dernier, il a une partie de la réponse : parce qu'ils attendent encore moins du prochain pouvoir. La gauche a pris acte de sa défaite face à Marine Le Pen, en déduit-il : elle tente donc d'obtenir le plus possible avant. Le désabusement ambiant fait le reste. « Beaucoup de Français pensent que l'élection ne rebattra pas les cartes et que les choses n'iront pas forcément mieux après », note le sondeur Jérôme Fourquet sur LCI. « Les citoyens n'ont plus confiance dans le fait que les élections peuvent changer positivement leur vie », constate aussi le politologue Antoine Bristielle dans « Les Echos ». L'état de tension inédit de la société fait le reste : la colère déborde.
Les troubles perdurent
Si l'explication est juste, elle a un pendant qui ne rassurera pas : il n'y a aucune chance pour que le calme revienne de sitôt. Pour la première fois sous la Ve République, la présidentielle pourrait se mener dans la rue. Avec une attente excessive vis-à-vis du pouvoir, et une incapacité des candidats à élaborer des réponses et à susciter un élan. Les deux commencent à en prendre acte. Le président a mis la pression sur le gouvernement pour qu'il réponde autant que possible aux lycéens cette semaine, aux agriculteurs dont il craint la mobilisation et aux classes moyennes percutées par la hausse des prix. Les crises s'enchaînent, voilà aussi le problème. Les candidats à la présidentielle se laissent porter comme Le Pen, soufflent sur les braises comme Mélenchon ou cherchent à redresser la tête dans un moment qui les invisibilise. Gabriel Attal et Edouard Philippe répètent le mot « rupture »…, au macronisme on l'aura compris. Il y a un cercle vicieux à l'oeuvre : plus l'exécutif est en difficulté face aux colères, plus les candidats ayant gouverné semblent contaminés. Qu'ils s'entendent !, espère sans le dire Emmanuel Macron, persuadé que les électeurs cherchent toujours à déjouer les histoires écrites en octobre. L'idée d'une primaire refait surface. L'option caressée d'un candidat hors affiche, Sébastien Lecornu ou Jean Castex, s'éloigne. Edouard Philippe réadapte son programme. Davantage de présence, mais sur les sujets du moment. L'événement prévu sur la santé est décalé, tandis qu'il pourrait finalement participer au débat organisé par LCI avec Les Restos du coeur. Il se montre très dur dans « Le Point » vis-à-vis de Gabriel Attal et d'Emmanuel Macron ? Il faut cibler Mélenchon, a décidé mardi son comité stratégique. Il a même proposé au leader Insoumis de débattre avec lui. Sans réponse.