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« Il y aura un candidat Maga pour la présidentielle française » : comment les Etats-Unis et la droite trumpiste pèsent sur le débat public en Europe

Les Échos · 06/10/2026 · ← revue

Par Diane Jeantet

L'influence russe en Europe est désormais dans tous les esprits, au risque de faire oublier celle de la droite américaine qui depuis le retour de Donald Trump s'est fixée pour objectif de soutenir les partis populistes en Europe. L'influence de la droite dite Maga (« Make America Great Again »), entre conservatisme radical et illibéralisme, se déploie sous plusieurs formes. Portée par les think tanks conservateurs, amplifiée par les réseaux sociaux, elle s'exerce aussi directement depuis Washington. Entre visites officielles ou officieuses de hauts responsables américains sur le territoire, et soutiens affichés à certains candidats, le populisme américain nourrit celui du Vieux Continent.

Message limpide

La stratégie de sécurité nationale publiée par l'administration Trump prédit un « effacement civilisationnel » de l'Europe face à une immigration « incontrôlée ». Washington entend placer « l'Amérique d'abord », certes, mais elle compte aussi « aider l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle » et « cultiver la résistance… au sein des nations européennes ». Le document se félicite ainsi de « l'influence croissante de partis européens patriotiques ». Pour Melissa Bell, correspondante de CNN à Paris et autrice du livre « Sous influence américaine » paru en septembre, le message Maga est limpide : « C'est écrit noir sur blanc, on nous le hurle à la figure, il y a des clignotants rouges partout. » Pourtant, sur les plateaux télé de l'Hexagone, elle continue à entendre parler de l'amitié franco-américaine. « Le déni collectif a été long et profond », estime la journaliste.

Cas d'école : le soutien à l'AfD

Depuis, Washington avance ses pions : Hongrie, Roumanie, Allemagne, municipales en France… A chaque grand rendez-vous électoral européen, on retrouve la patte du mouvement Maga. Avec quelques ratés, certes, mais aussi de jolis trophées. Comme en Allemagne, où l'extrême droite a remporté début septembre une large victoire lors d'un scrutin historique. Un cas d'école de l'influence américaine, selon la journaliste franco-britannique. La campagne de 2025 est déjà marquée par le soutien affiché du vice-président J. D. Vance à Alice Weidel, candidate de l'AfD à la chancellerie. C'est elle - et non Olaf Scholz, alors chancelier allemand - qu'il rencontre lors d'un déplacement à Munich.

« La tech à l'assaut de l'Europe »

Elon Musk et sa plateforme X représentent désormais une extension de l'influence de la droite Maga, amplifiant ses positions et ses valeurs. Après avoir assuré que seule l'AfD pouvait « sauver l'Allemagne », Elon Musk organise sur X début 2025 un entretien avec Alice Weidel qui la propulse devant des centaines de millions d'utilisateurs. Si personne n'attribue la victoire de l'AfD au soutien américain, les dirigeants du parti d'extrême droite reconnaissent le rôle qu'ont pu jouer l'administration américaine et le patron de X. La première en faisant pression pour que l'AfD ne soit pas interdite en Allemagne, le second en contribuant à imposer le parti dans le débat public, et à le présenter comme un acteur légitime. Pour Melissa Bell, « l'Europe n'est absolument pas équipée pour gérer ça ». Son règlement européen qui oblige surtout les plateformes à modérer les contenus et à rendre des comptes sur leurs algorithmes, le Digital Services Act (DSA), n'est pas à la hauteur de l'influence exercée. Quid de l'élection française ? A sept mois du scrutin, les Etats-Unis n'ont pas encore arrêté leur stratégie pour la présidentielle française. « Mais une chose est sûre : il y aura un candidat Maga », parie la journaliste. Et ce soutien sera, à l'image du président américain, franc, assumé et sans détour. Reuters avait révélé l'année dernière la rencontre à Paris entre des cadres du Rassemblement national (RN) et une délégation américaine, menée par un conseiller au département d'Etat, Samuel Samson. A même pas 30 ans, il est, selon le « New York Times », chargé de cultiver les liens de Washington avec des figures européennes d'extrême droite « et à leur donner un coup de pouce ». Mais ni Marine Le Pen, ni Jordan Bardella n'assistent au rendez-vous, selon Reuters. Comme l'ont montré les expériences hongroise et roumaine, le soutien Maga n'est pas forcément un atout. Et pourrait même se révéler contre-productif.

Limites de l'influence Maga

En Hongrie, « berceau spirituel » du mouvement Maga, l'appui américain n'a pas suffi à faire réélire l'ancien Premier ministre ultraconservateur Viktor Orban. La visite-campagne de J. D. Vance à Budapest, à quelques jours du scrutin, n'y aura rien fait. « Maga n'est pas notre truc ! » s'était d'ailleurs exclamé Péter Magyar, après avoir remporté les élections. Aux Etats-Unis, le mouvement Maga connaît lui aussi une période de turbulences, dont la sévérité sera connue lors des midterms du mois de novembre. L'enlisement de la guerre en Iran et l'augmentation du coût de la vie ont provoqué une crise existentielle dans le camp trumpiste.

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Mais pour Melissa Bell, l'adhésion croissante aux partis populistes en Europe serait surtout le fruit de questions internes et des manquements des partis modérés face à une colère « réelle et profonde ». « Il ne faut pas non plus laisser les questions d'ingérence occulter cette réalité. »

Diane Jeantet