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IA, année présidentielle, passage à l'échelle… les défis de la rentrée de la French Tech

Les Échos · 31/08/2026 · ← revue

Par Charlie Perreau, Sarah Dumeau

La French Tech s'en est plutôt bien sortie au premier semestre. Le montant total levé par l'écosystème a bondi par rapport à l'année précédente, plusieurs grosses acquisitions ont eu lieu… Mais rien ne dit que le second semestre sera aussi clément. Tour d'horizon des défis qui attendent les start-up françaises à la rentrée.

· Se transformer en profondeur avec l'IA

Difficile d'échapper à la vague de l'intelligence artificielle. Si les start-up nouvellement créées intègrent dès le premier jour l'IA dans leurs process internes et leurs produits, ce n'est pas le cas pour les « vieilles » start-up. Elles doivent revoir leurs organisations en profondeur et leur stratégie. Soit en faisant tout elle-même, soit en rachetant d'autres acteurs. « Quel est le chapitre 2 de la boîte post-ChatGPT ? Comment intégrer l'IA dans un produit qui avait peu évolué ? », expose Alexandre Dewez, associé au sein du fonds britannique 20VC. « Les boîtes qui font mieux ce type de transitions sont souvent celles qui sont radicales », ajoute-t-il. Pour effectuer cette transformation, le PDG doit changer de disque. « Il faut que les fondateurs repassent du temps sur le produit. C'est un peu une renaissance, une sorte de deuxième vie », estime Alexandre Dewez.

· Passer à l'échelle

Le terme de « scale » est sûrement un des préférés des startupers. En bon français, il s'agit du passage à l'échelle, une étape cruciale pour la vie d'une start-up. Pour Franck Sebag, associé chez EY, l'écosystème français doit en faire sa priorité. « Il faut se mettre à l'échelle sur six piliers : l'IA, le quantique, l'énergie, la robotique, le spatial et la santé », estime-t-il, pointant le retard de la France en termes d'investissement dans ces segments par rapport à l'Allemagne et au Royaume-Uni. « On a beaucoup présenté Paris comme la capitale européenne de l'IA. A part Mistral, qui fait une année extraordinaire, on trouve que l'écosystème sous délivre par rapport à d'autres villes. Beaucoup de boîtes mettent trop de temps à se projeter à l'international », renchérit Alexandre Dewez.

· Chercher la sortie

Si l'écosystème est devenu plus mature et qu'il arrive à attirer de plus en plus d'investisseurs étrangers, il fait face à un gros point noir : le manque de sorties (fusions-acquisitions, LBO, IPO). L'introduction en Bourse étant de moins en moins privilégiée par les start-up, il faut donc penser à envisager une cession à un grand groupe ou à un fonds de growth ou private equity (et faire ainsi un LBO, rachat par effet de levier). C'est une voie de plus en plus prise par les start-up françaises du logiciel comme l'a rapporté une récente étude de la banque d'affaires Clipperton.

· Se préparer à l'après Macron

La présidentielle à venir nourrit bien sûr des inquiétudes chez les start-up alors qu'elle a vécu deux mandats sous la bienveillance d'Emmanuel Macron. « On sort de dix ans très pro innovation… France 2030 va arriver à terme. Tout le monde se demande à quoi va ressembler la suite ? », résume Alexandre Labarriere, directeur des opérations et du marketing chez France Digitale. Les entrepreneurs cherchent à rencontrer les candidats. Ces derniers, qui ont davantage intégré la place des start-up dans le monde économique, se montrent plus réceptifs à ces rencontres qu'en 2022. « L'arrivée de la présidentielle fait craindre une période de flottement, alors que le marché est déjà un peu à l'arrêt », s'inquiète Romain Dehaussy, associé de la banque d'affaires Cambon Partners. Au-delà des échéances électorales, l'incertitude réglementaire et le gel de certains budgets publics plombent aussi le moral des entrepreneurs, notamment dans le secteur de la greentech. « Beaucoup de boîtes ont une partie de leur chiffre qui est basé sur la commande publique », rappelle Antoine Michel, associé du fonds à impact Impactivist.

· Miser ou pas sur la souveraineté

Se saisir, ou pas, de l'enjeu de souveraineté. La question fait cogiter les fondateurs de certaines start-up à impact dont la solution peut à la fois répondre à des problématiques de transition écologique et à des enjeux de souveraineté, notamment dans le secteur de l'énergie comme Mantle8, la jeune pousse grenobloise qui traque l'hydrogène naturel. « Cela peut être une opportunité de se positionner sur cet angle-là, mais il ne faut pas faire du 'souveraineté washing'. » Parce que, revendiquer la souveraineté, je ne suis pas sûr que ça change fondamentalement leur produit ou leur business model, même si ça pourrait les aider à lever des fonds », observe Antoine Michel, du fonds Impactivist. Nicolas Celier, fondateur du fonds à impact Ring Capital, confirme : « Souveraineté et résilience, c'est dans la bouche de tous les investisseurs et les start-up, là où avant c'était l'impact. » De son côté, Alexandre Dewez estime qu'il « faut recréer un écosystème souverain autour de l'IA : l'énergie, les puces, la partie applicative. »

· Trouver des fonds quand on ne fait pas de l'IA

L'industrie du capital-risque est moutonnière. Et en ce moment, c'est tout droit sur l'IA. Quand une start-up ne rentre pas dans cette case, difficile de lever des fonds. C'est le cas notamment des greentechs, start-up qui oeuvrent pour la transition écologique. « C'est l'une des préoccupations principales. J'échange régulièrement avec des dirigeants qui ont du mal à sortir la tête de l'eau », relate Louise Picard, responsable start-up chez Impact France. Pour multiplier ses chances, il faut aller voir les fonds qui ne suivent pas forcément les modes, les business angels ou encore les family offices, plus adeptes du temps long.

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