Hervé Morin au Figaro : «La primaire est notre dernière chance, et c’est maintenant ou jamais !»

Hervé Morin au Figaro : «La primaire est notre dernière chance, et c’est maintenant ou jamais !» ENTRETIEN - Le président de la région Normandie estime qu’aucun des candidats de la droite et du centre «n’a le droit de se proclamer candidat naturel en justifiant son assise dans l’opinion publique».
Président «Les Centristes» de la région Normandie, l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, soutient le candidat «Nouvelle Énergie», David Lisnard (ex-LR), pour la présidentielle de 2027. LE FIGARO. - L’organisation d’une primaire ouverte de la droite et du centre, pour laquelle vous militiez en août dernier dans Le Figaro , n’a toujours pas eu lieu. Est-il trop tard ? Hervé MORIN. - La primaire est notre dernière chance, et c’est maintenant ou jamais ! Car il est évidemment impossible que cela puisse s’organiser à deux mois et demi de l’élection présidentielle. Aujourd’hui, personne n’a le droit de se proclamer candidat naturel en justifiant son assise dans l’opinion publique. Ni au premier tour, ni au second, où toutes les hypothèses donnent la candidate du RN gagnante. On peut toujours trouver des défauts à une primaire. Mais dès lors qu’elle est ouverte et qu’elle repose sur un niveau de parrainages suffisamment élevé pour éviter les candidatures fantaisistes, elle est un puissant moyen de s’adresser à des millions de Français dans ce tour de chauffe préalable et d’engager une dynamique puissante. On l’avait constaté en 2017. La formule qu’on entend tous les jours dans la rue c’est : «Est-ce qu’ils sont suffisamment intelligents pour s’entendre pour que nous ayons un seul candidat ?» Ceux qui refusent la primaire seront lourdement sanctionnés par les Français, que je crois encore majoritaires, qui veulent une politique nouvelle s’appuyant sur une économie de marché régulée, un État fort, et une Europe puissance. C’est encore plus vrai depuis les émeutes urbaines que nous avons connues qui conduisent à un niveau d’inquiétude que je n’avais jamais connu. On ne peut pas à la fois se porter candidat à l’élection présidentielle au nom d’un don de soi pour sauver la nation en danger, tout en refusant de se soumettre à l’épreuve de la primaire. Un tel refus ne sera interprété par nos compatriotes que par la peur de perdre ou une vanité mal placée. Qui, parmi les candidats, pourrait se rendre coupable de cela selon vous ? J’ai parlé de la primaire à l’ensemble des candidats. David Lisnard y a toujours été favorable. Gabriel Attal y est désormais lui aussi favorable, et Bruno Retailleau le conditionnait à la participation de tous. Un seul pour l’instant la refuse : Édouard Philippe, jugeant les débats contre-productifs et de peu d’intérêt à la lumière de la primaire socialiste. Dont acte. Mais je rappelle que la primaire de 2016 avait rassemblé plus de 4 millions d’électeurs. Gabriel Attal, en peine dans les sondages, propose désormais une «grande primaire des démocrates» : ce périmètre vous paraît-il pertinent ou est-ce une autre forme de «en même temps» ? Si nous ne voulons pas que la primaire se fasse, on la complexifie encore… Je ne vois pas comment il serait possible que Raphaël Glucksmann, soutenu par le Parti socialiste, y participe. Tant pour lui que pour nous. Une primaire, ce n’est pas une salade niçoise ! Lorsque vous êtes à fond en campagne depuis des mois et que la dynamique est baissière, il n’y a pas de retour possible
Hervé Morin, président de la région Normandie et ancien ministre de la Défense
À vos yeux, il est donc définitivement impossible qu’un candidat de la droite et du centre émerge naturellement, sans passer par l’organisation d’un mode de départage ? Lorsque vous êtes à fond en campagne depuis des mois et que la dynamique est baissière, il n’y a pas de retour possible car les Français vous rangent dans le tiroir des candidats qui ne constituent pas une alternative crédible. On ne connaît pas les courbes sinusoïdales à l’élection présidentielle. Dans une campagne comme celle-là, on peut être tout en bas et finir tout en haut : c’est Jacques Chirac. On peut être tout en haut et être un phénomène qui s’arrête brusquement : c’est Éric Zemmour. Mais dans l’histoire politique de la Ve République, je ne connais pas de cas où un candidat a commencé plutôt haut et dont les intentions de vote ont baissé semaine après semaine et qui a connu une remontada dans les dernières semaines. Cela n’existe pas. Paradoxalement, le seul qui pourrait légitimement refuser la primaire est celui qui connaît la plus forte dynamique : c’est David Lisnard avec «Nouvelle Énergie», qui a atteint plus de 90.000 adhérents, soit nettement plus que Les Républicains. Vous aviez clairement établi les règles pour encadrer une primaire ouverte. Ont-elles changé ? À défaut d’apporter leur soutien clair, les perdants seraient-ils autorisés à ne simplement pas «gêner» la campagne du vainqueur ? Participer à une primaire, c’est aussi s’engager à ne plus être candidat en cas de défaite. Chacun peut être libre, ensuite, de déterminer l’étendue de son soutien. D’autant que je ne suis pas certain qu’aujourd’hui, les soutiens fassent gagner des voix. Le temps où il y avait des références morales qui pouvaient entraîner une partie de l’opinion est révolu. C’est un faux débat. Par ailleurs, j’avais proposé que chaque candidat s’engage à signer une charte des valeurs qui serait le référentiel politique permettant de participer à la primaire. Dans cette charte on y retrouve des lignes fondamentales qu’ils partagent. Ils ont chacun des propositions différentes mais sont tous attachés à la liberté économique, à la restauration de l’autorité de l’État, à la lutte contre l’immigration clandestine, à la réforme de l’action publique par une décentralisation massive et enfin à la construction européenne. La colère sociale qui s’est exprimée cet automne semble clairement viser la politique du président de la République. Cela disqualifie-t-il définitivement les héritiers du «macronisme» confrontés au risque du dégagisme ? C’est aux Français de se prononcer. Mais je continue de penser que le chef de l’État est un fardeau pour Édouard Philippe et Gabriel Attal. J’étais récemment dans l’Orne, quelque temps après l’allocution d’Emmanuel Macron. Celle-là même qui avait fait dire au maire du Havre qu’il fallait quelqu’un pour «commander» le pays. Un maire m’a interpellé : «Dis donc, il est bien gentil Édouard mais il a oublié Notre-Dame-des-Landes !» Et dans une région qui bénéficie massivement de la relance du programme électronucléaire, les acteurs industriels n’ont pas oublié qui avait décidé l’abandon de 14 réacteurs nucléaires... Après la présidentielle vient le temps des élections législatives. Les députés n’accepteront pas d’être la chair à canon d’une concurrence qui n’aurait pas de sens et ils finiront par imposer leurs choix
Hervé Morin, président de la région Normandie et ancien ministre de la Défense
Jusqu’à quand la candidature de David Lisnard, qui connaît une soudaine dynamique , peut-elle cohabiter avec celle de Bruno Retailleau ? Il va se passer quelque chose que j’ai bien connu : à défaut d’une primaire, ce sont les parlementaires qui régleront l’affaire. Après la présidentielle vient le temps des élections législatives. Les députés n’accepteront pas d’être la chair à canon d’une concurrence qui n’aurait pas de sens et ils finiront par imposer leurs choix. Pour toutes ces raisons, la primaire est une bonne solution pour tout le monde. David Lisnard a récemment tendu la main à Éric Ciotti, lui suggérant de rompre son alliance avec le Rassemblement national. Une alliance qu’il avait nouée lors des dernières élections législatives sans consulter Les Républicains, parti qu’il présidait. Tout est pardonné ? À travers Éric Ciotti, c’est aux électeurs que David Lisnard s’adresse. En tant que libéral, comment Éric Ciotti peut-il accepter de soutenir le programme budgétaire infaisable et socialiste de Marine Le Pen ?