French Tech : les pitchs des candidats à la présidentielle 2027

Par Marion Simon-Rainaud, Sarah Dumeau, Charlie Perreau
Année présidentielle oblige, le France Digitale Day 2026 (qui se tient le 16 septembre), rendez-vous annuel de la French Tech, a invité les principaux partis politiques à rencontrer leurs membres. Sur la grande scène, les règles sont les mêmes pour tous (ce ne sont que des hommes) : douze minutes chrono, et un intervieweur (un membre du board du lobby de start-up). Résumé des principales propositions - par ordre d'apparition tout au long de la journée.
Bruno Retailleau (LR) : « Liberté et dérégulation »
Premier à monter sur scène, Bruno Retailleau pour Les Républicains (LR). Ce n'est pas la première fois que l'élu prend la parole sur les sujets de tech, d'innovation et d'IA. Le candidat de droite a insisté sur l'allégement de la fiscalité, la nécessite de dérégulation et le dégraissage de l'Etat. « Je vais rendre 40 milliards d'euros aux entreprises », a lancé le sénateur. Parmi une série de propositions très microéconomiques, le candidat de droite veut par exemple « supprimer les 30 % de taxes sur les actions gratuites ». Bruno Retailleau a fait savoir qu'il voudrait créer un « compte épargne individuel » comprenant « épargne salariale, intéressement, forfait social », le tout défiscalisé pour qu'ensuite chaque Français puisse « choisir où allouer ses économies » dont « le financement de l'innovation ». Enfin, le candidat a proposé la création d'un nouveau fonds de fonds au sein de Bpifrance spécialisé en IA, avec des tickets « entre 1 et 5 millions d'euros ». Pour financer cette mesure et son plan de 25 milliards pour l'IA déjà annoncé, Bruno Retailleau compte sur les économies faites grâce à l'IA dans le fonctionnement de l'Etat.
Manuel Bompard (LFI) : « Des investissements nationaux ciblés »
Manuel Bompard, directeur de campagne, a rappelé son passé d'ingénieur spécialisé en mathématiques appliquées et de startupeur. Le député de La France insoumise (LFI) s'est voulu rassurant, plaidant pour « une tech » au service des « besoins humains et sociaux » et de la « transition écologique », qualifié de « défi du siècle », dans une discussion macroéconomique. Comment ? Le député LFI a défendu trois axes : d'abord un effort d'investissement public avec un plan - « à venir » - secteur par secteur ; une rationalisation des avantages fiscaux s'ils sont fléchés vers des investissements nationaux (il a pris l'exemple de l'assurance-vie) et la création d'un livret d'épargne spécifique. Interrogé sur les questions de souveraineté, Manuel Bompard a indiqué vouloir un « moratoire sur l'installation des data centers étrangers » sur le sol français, ensuite rapatrier « au moins, au départ » les données de l'Etat, puis, sur les logiciels, il s'est dit favorable au travail sur les « sauts technologiques à venir » tels que le quantique. Il a conclu sur les enjeux de construction de puces, rappelant l'hégémonie de la Corée du Sud sur le sujet.
Gabriel Attal (Renaissance) : « Exister dans la bataille de l'IA »
« On ne peut pas rater la bataille de l'IA », a renchéri, pour sa part, l'ancien Premier ministre Gabriel Attal. « On doit faire le même pari aujourd'hui avec l'IA que celui de De Gaulle avec le nucléaire. Il a été raillé pour s'être battu pour qu'on ait notre programme nucléaire. » Pour le député macroniste, pas besoin « de maîtriser l'intégralité de la chaîne de valeur de l'IA » mais « il faut qu'on maîtrise des éléments qui nous permettent d'exister dans le rapport de force ». Pour financer l'innovation, Gabriel Attal a soutenu, comme Bruno Retailleau, la thèse d'une retraite financée au moins en partie par capitalisation mais aussi l'utilisation de la commande publique. « SpaceX ne serait pas devenu SpaceX sans les contrats de la Nasa. En France, on privilégie trop la subvention par rapport aux contrats », a-t-il regretté. Pour remettre à flot les finances publiques, Gabriel Attal a défendu une baisse des dépenses de retraite, sans entrer dans les détails, ainsi qu'un recours accru à l'IA pour réduire le nombre de fonctionnaires. « Il y a un service public où l'Etat a déjà réussi à réduire à le faire : c'est les impôts. Un contrôle fiscal sur deux est fait par l'IA aujourd'hui », a-t-il défendu, sans mentionner la cyberattaque d'ampleur vécue cet été par les services du fisc qui a provoqué la fuite des données de 678.000 usagers.
François Hollande (PS) : « Passer à l'échelle européenne »
L'ancien président de la République, pas officiellement candidat à l'élection 2027, connaît bien le monde des start-up puisqu'il est à l'origine de la création de la mission French Tech en 2013, avec la ministre des PME et de l'Innovation de l'époque, Fleur Pellerin. Pour François Hollande, l'heure est au passage à l'échelle et à la création de champions européens. Autrement dit, le mantra de France Digitale ! Pour ce faire, l'ancien Président a égrené quelques idées pas vraiment concrètes. Il prône plus de commande publique. « Pas qu'en France mais aussi dans toute l'Europe », a-t-il précisé. Deuxième levier : le financement. « Je ne suis pas sûr que les fonds de pension soient la seule solution », a déclaré François Hollande en appelant à « remobiliser l'épargne ». Enfin, il veut miser sur la formation. « Si on veut investir dans la tech, il faut investir dans la jeunesse », s'est-il contenté de déclarer. Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) : « Aujourd'hui, on ne parle que de la trouille de l'avenir » Le parti de Marine Le Pen était invité pour la première fois à la grande messe de la French Tech. Interrogé sur la place qu'occuperait l'innovation dans une France gouvernée par le parti d'extrême-droite, le député Jean-Philippe Tanguy a défendu des idées générales, sans dévoiler beaucoup de mesures concrètes. « Il faut renouer avec l'idée de progrès, de prendre des risques. Aujourd'hui on ne parle que de la trouille de l'avenir », a-t-il lancé. Comme la majorité des intervenants, il s'est dit favorable au fléchage de l'épargne, tout en précisant : « Ce n'est pas à la petite mamie qui a 20.000 euros sur son livret A de financer les start-up innovantes. Il faut que les banques, dont c'est le métier, soient incitées à prendre des risques », a-t-il plaidé, sans préciser comment il parviendrait à ses fins. Le Rassemblement national, qui défendait déjà en 2022 la création d'un fonds souverain, a déclaré que cela faisait encore partie du programme. Mais que ce fonds, qui a vocation à « protéger les entreprises », n'agira pas comme un fonds de capital-risque : « ce n'est pas le rôle de l'Etat ». Enfin, interrogé sur la volonté de son parti de supprimer un certain nombre d'agences étatiques, Jean-Philippe Tanguy a précisé que la Banque publique d'investissement (BPI) serait épargnée : « C'est une agence qui joue son rôle et ne court-circuite pas la démocratie ». A noter : Les Verts ont été invités comme tous les autres candidats, mais Marine Tondelier ayant fait savoir qu'elle ne se déplacerait plus en raison de sa grossesse, l'échange a eu lieu avec deux députés, loin des caméras.