« Fais-moi péter les 35 heures » : Pierre Danon, grand patron et tête pensante de Bruno Retailleau pour la présidentielle

C'est un art, écrire un programme présidentiel. Pierre Danon en est à son troisième. Responsable du projet économique de François Fillon en 2017, l'ancien patron de Numericable et de Capgemini, qui a contribué à celui de Valérie Pécresse en 2022, accompagne aujourd'hui Bruno Retailleau dans sa course à l'Elysée. « Gourou » pour les uns, « indispensable » pour les autres, le chef d'entreprise de 70 ans a d'abord connu une riche expérience dans le privé avant de s'engager chez Les Républicains (LR). Passé par les bancs de HEC et des Ponts et Chaussées, Pierre Danon a notamment dirigé Xerox Europe puis une branche de British Telecom. En 2005, il s'imaginait même président d'Accor, un rêve brisé sur le fil à cause d'une fuite dans la presse qui avait fait du bruit dans le Tout-Paris des affaires de l'époque.
«Donner de mon temps à mon pays »
« J'avais gagné plein d'argent, fait des choses intéressantes, mais je n'avais jamais vraiment donné de mon temps à mon pays », confie Pierre Danon sur les raisons qui l'ont conduit à rejoindre le monde politique avec François Fillon. Sa rencontre avec Bruno Retailleau remonte à la campagne malheureuse de l'ancien Premier ministre pour la présidentielle de 2017. Le Vendéen en est le numéro deux. Malgré le maelström des affaires et les départs en trombe, les deux hommes se lient d'amitié en restant fidèles à leur champion jusqu'au bout. Quand Bruno Retailleau prend les rênes de LR en 2025, il nomme Pierre Danon trésorier du parti. A lui de faire revenir dans le vert les comptes de la droite, à sec après plus d'une décennie de défaites électorales. Accompagné du banquier Arnaud de Montlaur, un autre ancien de la campagne de 2017, le septuagénaire au teint bronzé par le soleil de l'île Maurice, où il possède un centre d'appels, se met à lever des fonds. Puis, après avoir écarté Jean-François Copé qui louchait sur le projet présidentiel de 2027 - un épisode qui pourrait expliquer en partie son rapprochement avec Edouard Philippe, selon plusieurs cadres LR -, Bruno Retailleau confie à Pierre Danon la rédaction du volet économique de son programme. « Fais-moi péter les 35 heures », lui demande le candidat à l'Elysée. Flanqué du nouveau directeur des études du parti, Julien Chartier, un énarque passé par l'Inspection des finances et Morgan Stanley, Pierre Danon imagine un nouveau système adopté par Bruno Retailleau. Alors que les 35 heures en vigueur correspondent à une durée de travail légale de 1.607 heures par an, il propose d'augmenter ce seuil à 1.623 heures, soit deux jours supplémentaires. Au-delà, le salarié comme l'employeur ne paieront aucune cotisation sociale. De quoi gagner, pour un salarié à 2.115 euros net mensuel avant impôt, 230 euros de plus par mois, soit près de 2.800 euros par an selon LR. Une forme de « treizième mois », assure Pierre Danon. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?
« Une tonalité un peu moins 'du sang et des larmes' »
« Avec François Fillon, on voulait sortir des 35 heures d'une manière trop étatique et dirigiste, en revenant d'office à 39 heures », reconnaît le trésorier de LR, qui travaille aussi avec François Asselin, l'ex-patron de la CPME, devenu conseiller de Bruno Retailleau. Ce n'est pas très compliqué de redresser la France, il suffit juste d'un peu de courage.
Pierre Danon
« Aujourd'hui, on cherche à être dans une tonalité un peu moins 'du sang et des larmes', un peu moins churchillienne », ajoute-t-il. Ainsi, quand François Fillon promettait la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires sur cinq ans, Bruno Retailleau ne vise « que » 300.000 postes en moins. S'il appelle le président de LR, connu pour ses positions conservatrices, à ne pas trop s'aventurer sur le terrain des sujets sociétaux - « ça clive trop les Français » -, Pierre Danon n'hésite cependant pas à mettre sur la table des propositions controversées. Comme celle visant à mettre fin aux subventions publiques aux énergies renouvelables, qui a fait grincer des dents jusque dans son propre camp.
« En mai 2027, je ne fais plus de politique »
Après le « choc fiscal » de 40 milliards d'euros de cotisations et de charges en moins pour les entreprises, le projet de « déréglementer » par ordonnance pour « libérer la production des règles qui l'étouffent », et les 25 milliards d'euros d'investissements pour « gagner la bataille de l'IA », la tête pensante de la droite peaufine cet été les derniers chapitres du programme. A la rentrée, l'ancien ministre de l'Intérieur présentera son projet de repousser l'âge de la retraite à 65 ans. Il expliquera aussi comment il compte économiser 120 milliards d'euros sur cinq ans. « Ce n'est pas très compliqué de redresser la France, il suffit juste d'un peu de courage pour prendre les bonnes mesures », ose Pierre Danon, qui n'hésite pas à faire un parallèle audacieux avec les entreprises qu'il affirme avoir lui-même redressées, tel l'opérateur télécoms irlandais Eircom. Reste que la campagne ne décolle pas. Bruno Retailleau a beau dévoiler de nouvelles mesures dessinées par Pierre Danon tous les mois, le candidat de la droite stagne dans les sondages. « C'est loin d'être gagné, mais les sondages n'étaient pas non plus favorables à François Fillon lors de la primaire en 2016 et il a quand même fini par l'emporter face à Alain Juppé. A un moment, les Français rentreront dans la campagne et ils verront qu'on a travaillé », persiste à croire le chef d'entreprise. Et ensuite ? « J'ai prévenu Bruno Retailleau qu'en mai 2027, je ne fais plus de politique », ajoute celui qui souhaite ensuite, enfin, pouvoir profiter de ses petits-enfants.