ENTRETIEN. « Vincent Bolloré veut sauver la France en la rechristianisant », selon les auteurs d’un livre-enquête
La droite de Dieu. C’est le nom du livre de Camille Vigogne Le Coat et Clément Lacombe. En 275 pages, les deux journalistes dressent le portrait du très discret milliardaire finistérien Vincent Bolloré. Un homme qui s’est retiré du monde… tout en continuant de diriger ses entreprises d’une main de fer, notamment ses médias. Il entend d’ailleurs jouer un rôle dans la prochaine présidentielle.
Camille Vigogne Le Coat, avez-vous, désormais, le sentiment de mieux connaître Vincent Bolloré ?
Après dix-huit mois d’enquête et cent cinquante entretiens, nous mettons de la lumière sur cet homme d’affaires breton de 74 ans, sa trajectoire, son projet civilisationnel et politique.
C’est pourtant quelqu’un d’extrêmement discret…
Oui et c’est un paradoxe. Alors que son nom circule tout le temps, avec le poids qu’ont ses médias (CNews, Europe 1, le Journal du dimanche) et ses sociétés (Hachette, Canal+, UGC…), Vincent Bolloré parle et se montre peu. Il s’est retiré dans son hôtel particulier du XVIe arrondissement de Paris. Il fuit les mondanités. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à diriger ses entreprises d’une main de fer, et de recevoir des responsables politiques de droite, d’extrême droite, mais aussi certains ministres d’Emmanuel Macron. On vient chez lui chercher un adoubement, du soutien ou, au minimum, une forme de neutralité de la part de ses médias, notamment à l’approche de la présidentielle.
Parmi ces personnalités, il y a notamment Gabriel Attal.
Le candidat Renaissance considère que les médias de Vincent Bolloré sont une donnée avec laquelle il faut composer. Il a été le chouchou du Finistérien, notamment quand il est passé au ministère de l’Éducation nationale et a interdit l’abaya à l’école. Il a, ensuite, été très critiqué lorsqu’il a appelé au barrage contre le RN lors des législatives anticipées. Partisan de l’union des droites, Vincent Bolloré a jugé sévèrement cette position.
Vincent Bolloré est nostalgique de la France de son enfance, catholique, plutôt blanche — Camille Vigogne Le Coat
Quelles sont ses obsessions ? Faire revivre la France d’avant ?
Vincent Bolloré est nostalgique de la France sépia de son enfance, catholique, plutôt blanche, avec le sens du respect, de l’autorité. Il est aussi habité du sentiment que le pays est au bord du délitement. Il convient donc, pour lui, de le sauver en le rechristianisant, en luttant contre l’Islam et l’immigration. Une sorte de croisade pour lui. Éric Zemmour et Philippe de Villiers ont pris une place non négligeable à ses côtés.
Il prône l’union des droites. Mais est-il pour autant d’extrême droite ?
Vincent Bolloré cherche l’union de la droite et de l’extrême droite. Si le Rassemblement national n’est pas son ADN, il se dit proche de Reconquête d’Éric Zemmour et Sarah Knafo. Il apprécie aussi les positions libérales de David Lisnard. Mais comme c’est un homme de chiffres, il sait que Marine Le Pen est incontournable.
Mais il a moins d’affinités avec elle qu’avec Jordan Bardella.
Vincent Bolloré s’est attaché ces derniers mois, avec ses médias, à bâtir une stature présidentielle à Jordan Bardella. Il considère Marine Le Pen comme moins libérale. Ce n’est pas, pour autant, que CNews, Europe 1 et le JDD ne font pas campagne pour elle. C’est Vincent Bolloré qui décide tout, relit tout. Il participe aux conférences de rédaction, impose les personnalités qu’il aime, les thèmes…
Il veut peser sur le scrutin présidentiel, qu’il considère comme vital — Camille Vigogne Le Coat
D’où vient sa détestation envers Emmanuel Macron ?
Les deux hommes épousent une vision du monde différente. Ils ne parlent pas le même langage. Vincent Bolloré a également un conflit personnel avec le chef de l’État, le tenant pour responsable de ses déconvenues économiques et de ses ennuis judiciaires.
Quel rôle pourrait jouer Vincent Bolloré dans la campagne présidentielle ?
Avec son club de réflexion, l’Institut de l’espérance, il veut peser sur ce scrutin qu’il considère comme vital. Ses idées sont très libérales sur le plan économique et très ancrées à droite sur l’Europe, l’immigration… Il défend la préférence nationale, une vision conservatrice des mœurs, de l’éducation…
La droite de Dieu, aux éditions Les Arènes. 275 pages. 20 €.