« Elle est la fougue, le courage » : à Lyon, Attal se pose en candidat de la jeunesse pour contrer Mélenchon à la présidentielle 2027

Gabriel Attal sait saisir les opportunités. En pleine fièvre lycéenne que le gouvernement peine à contenir, le candidat Renaissance à l'élection présidentielle s'est posé samedi lors d'un meeting à Lyon en « candidat de la jeunesse ». « La jeunesse est notre avenir, mais bien plus que cela. Elle est notre énergie, qui nous pousse à avancer, elle est la fougue, le courage », a-t-il lancé dès le début de ce premier « meeting régional » de sa campagne. Dans une salle de 3.000 places - l'amphithéâtre 3.000 - le candidat a réuni 2.000 personnes, ce qui était prévu par la direction de Renaissance. Sur le pupitre du candidat, on pouvait lire « discours à la jeunesse », un clin d'oeil à la gauche et au discours prononcé par Jean Jaurès en 1903 à Albi et auquel Emmanuel Macron avait aussi fait référence en mai 2017, juste avant le second tour. Le candidat a aussi cité une autre figure de la gauche, Pierre Mendès-France.
Cibler LFI
Parler de la jeunesse a permis à Gabriel Attal de prendre pour cible La France Insoumise (LFI) et son candidat Jean-Luc Mélenchon. Une façon de se poser, plus qu'Edouard Philippe, en principal adversaire du leader des Insoumis, qui tiendra un important meeting ce dimanche à Clermont-Ferrand. Pour l'ex-Premier ministre, 2027 n'est pas une élection « pour choisir un président de la République, mais pour donner un avenir à la jeunesse ». Face à un public plutôt âgé - habituel pour les meetings politiques - et plutôt sage, Gabriel Attal tente une OPA sur la jeunesse en évoquant tous les sujets qui la préoccupent, de l'éducation au dérèglement climatique en passant par l'IA. « Je veux être le président qui parle à la jeunesse parce qu'il la comprend », a-t-il martelé. L'opération est loin d'être gagnée car les 18-24 ans votent très majoritairement Jean-Luc Mélenchon, qui récolte plus de 50 % des intentions de vote. Le candidat Renaissance a taclé à plusieurs reprises son concurrent de LFI. « Son projet pour la jeunesse, c'est la sélection par l'échec », a-t-il lancé sous les applaudissements.
Pacte générationnel
Rapidement, il a embrayé sur la colère des lycéens. Il a accusé LFI « d'appeler à l'émeute » ou de faire de la jeunesse « de la chair à canon », mais dénoncé aussi la position du RN. « Vous méritez l'écoute, le respect, des réponses, de ne plus jamais avoir à ressentir qu'on n'est jamais pris au sérieux quand on a 17 ans », a-t-il déclaré à l'attention de ceux qui manifestent. Gabriel Attal a présenté un « nouveau pacte générationnel ». Il a répété sa promesse d'augmenter les moyens de l'école, malgré une baisse du nombre d'élèves dans les années à venir. « Moins d'élèves avec nous, ce ne sera pas moins de classes mais moins d'élèves par classe et plus de professeurs », a-t-il dit. Il a aussi répété ses propositions sur la rénovation du bâti scolaire - une importante revendication des lycéens - les augmentations de salaires des professeurs ou encore le temps scolaire. Au passage, il a taclé le projet de budget pour l'année prochaine et la proposition du gouvernement de supprimer 1.600 postes de professeurs l'année. Il s'est aussi engagé dans la lutte contre les discriminations et pour favoriser les transmissions entre les générations. Gabriel Attal n'en a pas moins oublié la droite. A l'occasion de ce meeting, le maire de Montélimar, Julien Cornillet, a annoncé soutenir le candidat Renaissance. Elu de droite, l'édile de la capitale du nougat a avoué n'avoir jamais voté pour Emmanuel Macron au premier tour en 2017 et 2022. De quoi récolter les sifflets de la salle, mais ce qui permet aussi au candidat de se poser en rupture avec celui qui l'a nommé ministre et Premier ministre.
Primaire de la social-démocratie jusqu'à droite
Le moment est important pour le candidat Renaissance. Quatre mois et demi après s'être lancé dans le bain de la présidentielle, il est toujours derrière Edouard Philippe dans les études d'opinion. Le doute s'installe dans son camp. « Beaucoup constatent que sa campagne ne prend pas », souffle un cadre de Renaissance. La semaine dernière, dans les colonnes du « Parisien », il a plaidé pour une « grande coalition » allant de la social-démocratie à la droite républicaine, ajoutant qu'une primaire pouvait « être la solution » pour les départager. Mais cet appel, identique à celui qu'avait fait François Bayrou deux semaines auparavant lors de sa rentrée à L'Isle-sur-la-Sorgue, fait chou blanc. « De la pure tactique », souligne un élu de droite. Cela n'a pas empêché Gabriel Attal de plaider à nouveau pour une « coalition large des démocrates » en France. Le résultat de la primaire à gauche, dont le premier tour a lieu ce week-end, sera aussi déterminant pour Gabriel Attal, qui lorgne sur l'électorat social-démocrate. « Le pari d'Attal est de récupérer l'électorat social-démocrate car il pense que soit Raphaël Glucksmann perdra la primaire, soit il en sortira essoré. Si Glucksmann affiche une belle victoire et réussit à la transformer, ce sera dur pour Attal. En quelque sorte, Gabriel Attal est indexé sur le cours de Raphaël Glucksmann », sourit un ancien ministre. Pour le candidat Renaissance, le match continue au sein du bloc central et n'est pas plié. Si Edouard Philippe alterne le salé (retraites) et le sucré (impôts sur le revenu) pour sa campagne, Gabriel Attal insiste sur le sucré. « Edouard Philippe a pris l'avantage sur Gabriel Attal mais il n'a pas tué le match. Les électeurs du bloc central peuvent encore changer d'avis. Gabriel Attal a du mal à se situer sur l'échiquier politique. Pour espérer renverser la tendance, il doit être mieux identifié, ses propositions doivent plus marquer l'opinion », note un sondeur.