Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Déficit, dette, impôts : le rapporteur du Budget demande aux candidats à la présidentielle de sortir du bois

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

La question de fond est simple : face à la situation budgétaire préoccupante de la France, avez-vous un plan ? Le rapporteur général de la commission des Finances de l'Assemblée nationale la pose sans détour dans un courrier adressé ce mardi à la trentaine de candidats déjà déclarés à l'élection présidentielle - de gauche comme de droite, poids lourds ou parfaits inconnus. « Cette démarche est au service d'une seule cause, la clarté du débat démocratique », assure Philippe Juvin (LR) dans cette missive consultée par « Les Echos ».

Cinq questions déterminantes

Le député y demande aux prétendants à l'Elysée de préciser leur position sur cinq questions « déterminantes » pour le prochain quinquennat. Premièrement, quelle trajectoire d'évolution du déficit et de la dette publique prévoient-ils ? Deuxièmement, sur quelles réformes structurelles misent-ils pour y parvenir ? Troisièmement, quelle serait leur stratégie fiscale (à la fois sur les impôts et cotisations sociales et sur les niches fiscales) ? Quatrièmement, que seraient leurs priorités budgétaires pour la première année de mandat ? Et enfin, quels « instruments de gouvernance budgétaire » mettraient-ils en place « pour garantir le respect de la trajectoire annoncée et renforcer la transparence de nos finances publiques » ? Dit autrement, Philippe Juvin veut savoir quels objectifs, quels moyens et quelle méthode seraient employés par les candidats pour contenir l'envolée de la dette. Les réponses apportées seront transmises, telles quelles, aux membres de la commission des Finances, promet le rapporteur général. Elles viendront alimenter le débat public « en toute impartialité », assure Philippe Juvin - pourtant soutien affiché du candidat LR Bruno Retailleau dans la course à l'Elysée. « Je n'oblige personne à dire qu'il faut baisser la dépense publique par exemple - ce que je crois, moi », explique-t-il aux « Echos ». « Simplement, je demande aux candidats d'exprimer clairement leurs intentions. Ensuite, ce sera aux Français de distribuer les bons et les mauvais points. »

Des constats préoccupants

Dans son courrier, le rapporteur général ne peut toutefois pas s'empêcher de dramatiser l'enjeu, en rappelant les constats « préoccupants » dressés par la Cour des comptes en juin dernier, puis en juillet par un quatuor d'économistes mandatés par le gouvernement. Il rappelle que la dette publique devrait dépasser 3.600 milliards d'euros cette année et que la seule charge des intérêts versés aux créanciers de l'Hexagone devrait atteindre 78 milliards d'euros, puis devrait franchir la barre des 100 milliards « avant la fin de la décennie ». « Une part croissante de nos ressources est appelée à financer le coût de l'endettement plutôt que l'école, la santé, la sécurité ou la transition écologique. Aucun projet politique, quel qu'il soit, ne peut prospérer sur ce terrain-là », avertit Philippe Juvin. Soucieux de ne pas tendre un piège aux prétendants à l'Elysée, le rapporteur ne mentionne pas dans sa lettre le projet de budget pour 2027. Celui-ci doit être présenté à la fin du mois de septembre par le gouvernement, avant d'être débattu dans l'hémicycle. Mais la possibilité d'obtenir une majorité avant la fin de l'année sur un projet de loi de finances semble bien mince, alors que l'approche de l'élection suprême avive les divisions politiques. Il ne faut pas que le débat sur la dette soit escamoté […]. Il faut dire les choses clairement.

Philippe Juvin, rapporteur du Budget

Le rapporteur espère toutefois que les explications qu'il recueillera auprès des candidats alimenteront les débats, sous forme d'amendements. Et il rappelle tout de même dans son courrier, à toutes fins utiles, que le rapport des économistes de juillet dernier prévoyait que le déficit atteindrait 5,9 % du PIB l'an prochain à politique inchangée et soulignait la nécessité d'engager l'effort budgétaire dès 2027. « Il ne faut pas que le débat sur la dette soit escamoté, comme cela a souvent été le cas par le passé », plaide Philippe Juvin. « Cette question va devenir absolument critique dans les cinq ans à venir. Il faut dire les choses clairement. C'est à cette condition que les Français comprendront l'importance du sujet et les efforts qui seront à faire. Si vous n'en parlez pas, les Français continueront à penser qu'on peut procrastiner. »

Sébastien Dumoulin